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L'ennemi intérieur

Ecrit par zinfos974 – le mardi 12 février 2013 à 09H43

Madagascar Résistance
Lettre numéro 94 – février 2013

Les militaires maliens nous donnent, depuis le putsch qu’ils ont perpétré voici un an, un spectacle dont on ne sait plus trop bien s’il faut en rire ou en pleurer. En fait, il est impossible d’en rire car le malheur est trop grand pour les Maliens, et le déshonneur trop grand pour l’Afrique.
Face aux civils désarmés, ils ont été assez forts pour détruire en quelques jours les avancées démocratiques reconnues internationalement réalisées par leur pays.
Mais face à des ennemis extérieurs bien armés et entraînés à la guerre, ils ont été lamentables et incapables de s’opposer à l’occupation d’une grande partie de leur territoire national. D’où la nécessité de faire appel à « Papa François Hollande ».

PARCE QUE LEURS PROPRES MILITAIRES ONT FRAGILISE LEUR ETAT, LES MALIENS SONT AUJOURD’HUI DE NOUVEAU
SOUS LA DEPENDANCE COMPLETE DE L’ANCIENNE PUISSANCE COLONIALE.
Comme la Côte d’Ivoire, après l’immixtion musclée des troupes françaises dans les opérations d’arrestation de Laurent Gbagbo et de soutien à Ouattara en 2011, le Mali devra se soumettre à « d’inévitables relations de vassalité » avec la France. (Voir notre Lettre n°65, juin 2011).
Que peut-on en effet refuser aujourd’hui, et que pourrait-on refuser dans l’avenir à la France dont l’armée vous soustrait à la domination d’autres envahisseurs, quand votre propre armée n’est bonne qu’à opprimer les civils ? Le mal ainsi causé par cette armée autorise à les désigner comme l’ennemi intérieur dont les Maliens devront désormais se garder, en plus des ennemis extérieurs pourtant déjà nombreux dans cette
partie de l’Afrique, rendue instable par l’intervention des Occidentaux en Lybie.
Nous avions déjà évoqué cette menace constituée par les militaires dans les Etats d’Afrique francophone dans notre Lettre n°3 de mars 2010. Nous écrivions alors :

« REMILITARISATION DES GOUVERNEMENTS: QUI REACTIVE LE VIRUS DU COUP D’ETAT EN AFRIQUE FRANCOPHONE?
Une maladie que l’on croyait en régression connaît depuis quelques années une recrudescence inquiétante en Afrique francophone : celle des coups d’Etats.
Centrafrique, Mauritanie, Guinée, Madagascar, à qui le prochain tour ?
Les impacts socioéconomiques de la mondialisation à marche forcée et de la crise actuelle - dont les pays pauvres sont victimes sans en être responsables - ont fragilisé les avancées démocratiques en Afrique. La recrudescence des coups d’Etat que l’on croyait appartenir à un passé bien révolu, illustre ce recul de la démocratie.
Toutefois, cette nouvelle épidémie de putschs militaires frappe davantage les pays francophones. Ce qui amène à penser que d’autres raisons, outre les difficultés économiques issues de la mondialisation et de la présente crise, peuvent encourager les militaires africains à transgresser de nouveau l’interdit du coup d’Etat. »
On pouvait en effet parler d’ « un retour du prétorianisme » ces dernières années, avec les coups d’Etat successifs en Mauritanie (août 2008), en Guinée (décembre 2008), au Niger (février 2010) et dernièrement au Mali (2012).

EN MARS 2009, MADAGASCAR A MALHEUREUSEMENT REJOINT LE CLUB DE CES PAYS OU LES MATAMORES GALONNES
ONT DE NOUVEAU PRIS LE POUVOIR PAR LES ARMES ET PERSECUTENT LEURS COMPATRIOTES AU LIEU DE LES
PROTEGER.
Comme par hasard, cette nouvelle épidémie de putsch touche des pays dont les ressources, notamment minières et pétrolières, deviennent stratégiques pour le combat économique sans merci que s’apprêtent à se livrer les grandes puissances en ce début de 21ème siècle. Et comme par hasard, ces pays sont aussi ceux qui bénéficient d’une coopération militaire active de la part de la puissance intéressée par les ressources minières et pétrolières. Le nombre de militaires, et plus particulièrement d’officiers étoilés, connaît ainsi dans
ces pays une grosse inflation, le passage de grade n’ayant toutefois rien à voir avec des services réels rendus à la Patrie. Il en va de même des avantages divers qui leurs sont offerts, au détriment des autres priorités du pays.

LE RESUME DE L’EVOLUTION DE L’ARMEE MALGACHE PRESENTE DANS L’ ENCADRE CI-DESSOUS MONTRE BIEN LE LIEN
ENTRE L’INFLATION DES EFFECTIFS ET DES ETOILES ET LA POLITISATION D’UNE ARMEE
(Sources : « Forces armées malgaches face à la crise de 2002 », Général Rakotomanga Mijoro, l’Harmattan
« Forces armées garantes de la stabilité politique et démocratique ? », Ramasy Fulgence )

Avant la colonisation de la Grande Ile par la France, Madagascar disposait d’une armée voulue par Radama 1er qui lui donna forme avec l’aide des Anglais. Plus tard, Rainilaiarivony, Premier ministre, procéda à sa modernisation et à l’élaboration d’un concept de défense nationale lors des guerres franco-malgaches de 1883 et 1885. La réorganisation de l’armée se poursuivit sous le règne de Ranavalona II.
Au retour de l’indépendance, l’armée malgache s’est définie comme légaliste, au service de l’Etat et garante de l’unité nationale. Toutefois, il est à noter que Madagascar a été dirigée par un militaire pendant plus de 20 ans :
-Gabriel Ramanantsoa 3 ans de 1972 à 1975
-Richard Ratsimandrava 6 jours en février 1975 (Il fut assassiné)
-Gilles Andriamahazo 5 mois en 1975 après l’assassinat de Ratsimandrava
-Didier Ratsiraka 21 ans de 1975 à 1991 et de 1996 à 2001.

Dans l’histoire post coloniale de Madagascar, deux évènements s’apparentent à un coup d’Etat militaire :
L’assassinat de Richard Ratsimandrava en 1975 qui conduit à la mise en place d’un Directoire militaire,
La démission de Marc Ravalomanana sous la menace des armes qui remet les pleins pouvoirs à un Directoire militaire qui le transmet aussitôt à Andry Rajoelina.

L’armée malgache compte aujourd’hui le plus grand nombre de généraux, ce qui loin d’être un compliment ou un avantage, alors qu’au retour de l’indépendance en 1960, elle comptait 1 général (Gabriel Ramanantsoa) et 3 colonels (Roland Rabetafika, Richard Ratsimandrava et Bréchard Rajaonarison). Les effectifs avaient évolué comme suit :
-1960 : 2700 militaires et 3600 gendarmes
-1967 : 3070 militaires (Terre : 2800, Air :70, Mer :200) et 4000 gendarmes
-1970 : 4600 militaires (Terre : 4000, Air :400, Mer :200) et 6000 gendarmes.
L’armée malgache est conseillée et encadrée par des officiers supérieurs de l’armée française.
Le chef d’Etat Major particulier du Président de la République Philibert Tsiranana est le Colonel Bocchino de la Gendarmerie française. Le chef d’Etat Major Général de l’Armée est le Général Gabriel Ramanantsoa.

-1966 :création des Forces Républicaines de Sécurité (Police paramilitaire chargée de la sécurité présidentielle et affectée aux tâches délicates).
-1967 :création de l’Académie Militaire où statutairement 1/3 des effectifs doit être d’origine côtière.
-1972 :4100 militaires (Terre :3700, Air :200, Mer :200) et 6000 gendarmes, avec 3 généraux (Ramanantsoa, Andriamahazo, Ramarolahy).

-1975 : arrivée au pouvoir par des élections de Didier Ratsiraka qui augmente de façon conséquente les effectifs de l’armée, rebaptisée « Forces Armées Populaires ». Il augmente de même les soldes et avantages des militaires. Il offre aux militaires des places de choix au sein des institutions : premier ministre, ministres, Conseillers Suprêmes de la Révolution. Tous les officiers de grade supérieur à celui de Ratsiraka sont, soit admis à la retraite (Ramanantsoa, Ramarolahy, Andriamahazo), soit nommés à des postes d’inspection considérés comme des voies de garage (Soja, Rabetafika), ou décèdent dans des accidents d’hélicoptères ou d’avion (Alphonse Rakotonirainy, Joël Rakotomalala, Guy Sibon). La nomination de Ratsiraka au grade d’Amiral par l’Assemblée Nationale Populaire lui confère ensuite le grade le plus élevé dans l’armée malgache.
-1992 : de 10 100 hommes conduits par 3 généraux en 1972, les effectifs passent à 25 000 hommes et 125 généraux, dont 80 en activité. (Dans les pays occidentaux, 125 généraux seraient à la tête de 350 000 hommes, soit un ratio de 1/3000 contre 1/200 à Madagascar).
Ratsiraka a fait ainsi de l’armée un instrument de la politique.
Avec la création du Régiment de Sécurité Présidentielle (RESEP) composé essentiellement de militaires issus de la région dont sa mère est originaire (Betsimisaraka), il enlève à l’armée régulière le monopole de l’usage de la force.
Le tableau d’avancement est politisé à outrance, en faisant un instrument de contrôle efficace de l’armée. Avec 21 ans de présence au pouvoir, pas un seul officier actuel, subalterne, supérieur ou général qui ne lui doive tout ou partie de sa carrière.

-1992 : Après l’élection de Zafy Albert et le premier départ de Ratsiraka du pouvoir en 1992, la démilitarisation de la politique et des institutions avait été initiée. Une réinsertion d’une partie du personnel militaire vers la sécurité civile avait été envisagée avec le Programme d’Action Régionale pour la Sécurité Civile (PARSEC), en liaison avec la COI. Ce programme n’a pas pu être mis en œuvre, Ratsiraka ayant été réélu face à Zafy Albert début 1997.

-2002 : le poids de l’armée dans le budget du pays amena Marc Ravalomanana, élu en 2002, à vouloir réduire les effectifs militaires et le train de vie de l’armée, suivant en cela les recommandations du FMI et de la Banque Mondiale.
Le gel des promotions automatiques des officiers pendant 2 ans, décidé à cette fin, lui vaudra une solide inimitié chez de nombreux officiers supérieurs dont certains seront actifs dans le coup d’Etat de 2009.
Le non respect de la hiérarchie dans les nominations, et le choix en 2008 d’une personnalité civile, femme de surcroît, pour le poste de Ministre de la Défense, achèveront de lui rendre hostile une partie de l’armée.

-2009 : depuis le putsch de mars 2009, les vagues de nominations se sont succédées dans le corps déjà pléthorique des généraux: 29 nominations en décembre 2010, et 31 en décembre 2012, sans compter les nominations sporadiques durant ces quatre années. Aussi, l’armée malgache compte-t-elle près de 200 généraux pour 25 000 hommes (armée et gendarmerie). Son armée de Terre est pléthorique alors que Madagascar n’a pas de frontière terrestre à défendre. Son armée de l’Air est sans aéronefs alors que le territoire est plus vaste que la France. La marine n’est dotée ni de navires garde-côte, ni d’avions de surveillance pour plus de 5000km de côtes à protéger. Malgré les effectifs importants, la gendarmerie dépourvue de moyens ne peut assurer la sécurité dans les zones rurales.

Si, comme le montre ce bref rappel de l’évolution de l’armée depuis le retour de l’indépendance, la politisation de l’armée, initiée dès la première république, s’est poursuivie sous tous les régimes qui se sont succédés, cette politisation a atteint le summum avec le putsch de mars 2009. La raison en est qu’aux causes internes s’es ajoutée l’activisme de l’ex-puissance coloniale déterminée à éliminer coûte que coûte Marc Ravalomanana du pouvoir afin de mieux protéger ses intérêts géostratégiques (contrôle du canal de Mozambique via les Iles Eparses) et économiques (ressources pétrolières de Juan de Nova, ressources pétrolières et minières de Madagascar). Cette politisation sans limite est illustrée par les déclarations publiques de certains officiers.

L’UN DE CES OFFICIERS GENERAUX EST PARTICULIEREMENT PROLIXE QUAND IL S’AGIT DE S’EXPRIMER SUR LA
SITUATION POLITIQUE DANS LA GRANDE ILE.
C’est le général Ranto Rabarisoa, vice-président du Comité Militaire de Défense Nationale, organisme inconstitutionnel créé au lendemain du Coup d’Etat. Cet officier, autoproclamé avocat de la défense du régime issu du putsch de mars 2009, mais aussi avocat général chargé de l’accusation du président élu contraint à l’exil par ce putsch, ne manque pas une occasion de donner son avis ou de prendre position sur
les affaires politiques du pays.
S’il oublie le devoir de réserve qui s’impose aux militaires dans tout pays démocratique, nous espérons qu’il n’en demeure pas moins patriote. C’est pourquoi nous aimerions qu’il justifie son grade en servant réellement son pays. Non pas en émettant des avis politiques qui ne sont pas de son ressort (dans un Etat normal il aurait été sanctionné pour cela), mais en contribuant à la défense de Madagascar contre ses ennemis.
Et comme les Malgaches ne sont pas pour le moment ( merci, Zanahary ), à l’instar des malheureux Maliens, menacés par une attaque armée extérieure, notre grand général devrait s’attaquer à l’ennemi intérieur qui existe bel et bien et qui est très actif. Mais attention, il ne faut pas qu’il se trompe d’ennemi et de cible !
L’ennemi, ce n’est pas Marc Ravalomanana qui lui au moins a réussi quelque chose dans sa vie en créant le plus grand groupe agroalimentaire de cette région de l’Océan Indien, et a fait honneur au « Vita malagasy » (made in Madagascar) si longtemps méprisé par les tenants du néocolonialisme.
L’ennemi ce n’est pas un président de la République qui lui au moins est passé par l’épreuve des urnes pour accéder au pouvoir !
L’ennemi, ce n’est pas le citoyen légaliste désarmé qui a seulement le malheur de ne pas être d’accord avec le putsch de mars 2009 !
L’ennemi, ce ne sont pas les villageois du sud malgache qui essaient de sauver ce qui reste de leurs troupeaux ou de leurs terres face aux dahalos lourdement armés !
L’ennemi intérieur que ce général, si prompt à tenir des propos martiaux sur les affaires politiques qui ne le regardent pas, devrait combattre et vaincre, ce sont les bandes organisées qui sévissent depuis quatre ans dans les villes et les campagnes et organisent l’exportation illicite des ressources de son pays.
Quelle stratégie le comité qu’il préside a-t-il conçu pour mettre fin aux meurtres et vols avec violences perpétrés avec des armes de guerre dans les villes comme dans les campagnes de Madagascar ?
Quelles mesures cet aréopage d’officiers qu’il préside envisage-t-il pour mettre fin au trafic d’armes issues des casernes qui équipe les criminels ?
On brûle de voir ce général combattre « pour de vrai », sur le terrain, avec la même fougue que lorsqu’il parle, non pas des compatriotes désarmés, mais les bandits équipés de fusils d’assaut qui terrorisent citadins et paysans à travers toute la Grande Ile.
On brûle de le voir accuser - avec la même intransigeance dont il fait preuve envers les légalistes -, les militaires, gendarmes ou policiers impliqués de notoriété publique dans les actes criminels.
S’il n’est pas capable de le faire, alors qu’il se taise à jamais et qu’à l’infamie de laisser son pays à la voracité des rapaces étrangers et des hyènes nationales, il n’ajoute pas le grotesque des déclarations creuses.

Parce que l’armée malgache n’est plus aujourd’hui pour le pays ces « cornes qui protègent le cou du taureau », mais est devenue, depuis 2009, l’un de ses ennemis intérieurs, bien des questions taraudent l’esprit de tous ceux qui se soucient du futur de Madagascar.

Maintenant qu’un précédent a été créé, comment empêcherons-nous qu’un autre putsch soit perpétré dans l’avenir ?

Comment démilitariser durablement le politique ?

Existe-t-il encore parmi nos jeunes officiers de vrais patriotes, dignes héritiers du Lieutenant Andriamaromanana, du Général Gilles Andriamahazo ou du Général Gabriel Ramanantsoa ?

Si la réponse est oui, alors tout n’est pas perdu !

Les Inconditionnels de Madagascar,
À l’Ile de la Réunion

 

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