Saint-Leu : jugée pour avoir soutiré 9000 € à son ex, une Mauricienne est relaxée après un incroyable coup de théâtre

Une trentenaire était jugée pour escroquerie, accusée d'avoir utilisé la carte bleue de son ex qui venait de la mettre dehors. Alors que les magistrats considéraient avoir affaire à une affaire “relativement simple”, les arguments apportés par la défense allaient faire basculer le procès.
L'affaire de ce jeudi 19 février comportait un scénario qu'il est plus fréquent de voir dans les séries Netflix qu'au tribunal de Saint-Pierre. Tout commence lorsque Guillaume* se rend à la gendarmerie de Saint-Leu pour déposer plainte contre son ex qui lui a volé 9.225 euros.
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Il explique qu'il s'est séparé de Maria* le 16 mars 2025. Il l'avait fait venir de l'île Maurice avec ses enfants un mois plus tôt, mais il avait fini par les mettre dehors. Maria avait encore en sa possession sa carte bleue et aurait dépensé l'argent en deux jours avant de repartir à Maurice.
Maria revient à La Réunion quelques mois plus tard pour récupérer ses affaires. Après un premier contrôle à l'aller, la police aux frontières l'arrête avec 3.600 euros en espèces avant son départ vers l'île Maurice. Une somme alors confisquée en raison de la plainte. Elle peut tout de même retourner dans son île. Alors qu'on aurait pu penser qu'elle ne revienne jamais à La Réunion pour éviter d'avoir affaire à la justice, elle effectue bien le déplacement à l'audience, contrairement au plaignant.
Il ne l'a pas fait venir pour être en couple avec elle
À la barre, elle avoue avoir utilisé “4.000 euros pour me venger après notre engueulade. J'ai acheté les billets pour Maurice, à manger et des vêtements pour les enfants. Mais pas dépensé tout ça”. Elle dit qu'il lui avait donné sa carte bleue et qu'elle pouvait l'utiliser comme elle le souhaitait. “Moi j'étais arrivée à La Réunion pour apprendre à se connaître, mais il a changé quand je suis arrivée.”
C'est alors que Me Marie-Gaëlle Mauzé va révéler les vraies raisons qui ont poussé le plaignant à faire venir sa cliente à La Réunion. “C'est lui qui l'a contactée pour monter un réseau de prostitution à La Réunion. Il avait besoin d'une Mauricienne. Comme elle s'était prostituée dans le passé, il voulait l'installer ici. Même si elle a changé de vie depuis. Alors, il l'a mise dans son garage avec les enfants.”
Une information dont n'étaient pas au courant les magistrats, comme le parquet. En attendant la plaidoirie avec ces nouveaux éléments, la procureure requiert tout de même une peine de 6 mois de prison avec sursis, l'interdiction de revenir à La Réunion pendant deux ans et la confiscation des 3.600 euros saisis à l'aéroport.
“C'est un homme très informé des réseaux de prostitution”
Me Mauzé va alors longuement expliquer cet incroyable retournement de situation. “Quand j'ai eu l'affaire en main, elle m'a directement contactée pour me demander comment me transmettre le dossier pour prouver qu'elle est innocente. C'est là qu'elle m'a remis toutes les conversations. C'est un homme très informé des réseaux de prostitution. Il connaît les tarifs avec les Malgaches ou les Mauriciennes.”
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La robe noire ajoute qu'“il l'a contactée par les réseaux sociaux. Lui a dit qu'il voulait être en couple. Qu'il veut apprendre à la connaître. Il lui donne sa carte bleue comme un grand prince. Finalement, ce sont ses colocataires qui ne supportaient pas sa présence et celle des enfants, alors il l'a mise dehors. Elle est revenue le lendemain récupérer les passeports, mais il n'a pas voulu les lui donner. Alors elle a dépensé pour se venger.”
Concernant les 9.225 euros, Me Mauzé souligne que “ce n'est que du déclaratif, on n'a aucun justificatif.” À l'inverse, elle parvient à démontrer à l'aide de relevés bancaires que les 3.600 euros proviennent bien de son compte à elle, alimenté par son emploi à Maurice. C'est pourquoi elle demande une relaxe pure et simple pour sa cliente et qu'on lui rende l'argent.
Le tribunal est convaincu et la relaxe totalement avec restitution de l'argent. Le plaignant, par contre, risque de ne pas en avoir fini avec la justice.
* Prénoms d'emprunt


