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Mal desservis, mal connectés, trop chers... Les Outre-mer face à la "discontinuité" territoriale

Ecrit par Julien Delarue – le lundi 10 novembre 2025 à 06H30

Dans un contexte budgétaire marqué par la rigueur, un rapport parlementaire dresse un constat sans détour : la continuité territoriale entre la métropole et les Outre-mer demeure une promesse inachevée. À La Réunion comme ailleurs, l’éloignement géographique, les coûts de transport et les inégalités d’accès aux services publics traduisent un recul du principe d’égalité au moment même où l’État serre la vis sur les dépenses ultramarines.

« La continuité territoriale, promesse républicaine, n’existe pas dans les faits. » En une phrase, les députés Olivier Serva et Annie Vidal signent un réquisitoire contre un principe devenu, selon eux, lettre morte. Leur rapport d’information, présenté à l’Assemblée nationale fin octobre, évalue l’application du principe de continuité territoriale — un pilier censé garantir à chaque citoyen, où qu’il vive, le même droit à la mobilité et aux services publics. Mais à l’heure où le gouvernement prêche la rigueur, le texte résonne comme un avertissement : dans les Outre-mer, la République reste à deux vitesses.

« Les pouvoirs publics accordent une attention bien trop faible à cette mission essentielle »

Pensée à l’origine pour la Corse avant d’être étendue à l’ensemble des territoires ultramarins, la politique de continuité territoriale devait compenser les surcoûts liés à l’insularité et à l’éloignement. Vingt ans plus tard, le constat est sévère : « Les pouvoirs publics accordent une attention bien trop faible à cette mission essentielle », écrivent les rapporteurs. L’aide au déplacement gérée par Ladom, les dispositifs de fret ou les subventions régionales ont certes permis d’élargir le nombre de bénéficiaires, mais sans réduire durablement les écarts. « Les collectivités insulaires et ultramarines sont caractérisées par un isolement géographique aux incidences complexes », rappelle le document. Autrement dit : les aides s’empilent, mais la discontinuité demeure bien réelle.

La Réunion en est un exemple frappant. « Région ultrapériphérique de l’Union européenne, l’île se caractérise par un fort taux de chômage (17 %), une part très importante de sa population en dessous du seuil de pauvreté (36,1 %) et une insuffisance tant de l’offre que de la construction de logements neufs », note le rapport. La jeunesse, nombreuse, peine à accéder à la formation : le taux de scolarisation à 19 ans dans l’enseignement supérieur y est « cinq fois inférieur à la moyenne hexagonale ». Pour beaucoup de familles, les mobilités vers la métropole relèvent toujours du luxe.

Politique publique désormais prise en étau entre principe et austérité

Quatre compagnies aériennes — Air France, Corsair, Air Austral et French Bee — relient aujourd’hui La Réunion à Paris. Une offre concurrentielle en apparence, mais dont les effets sur les prix restent limités. Le rapport pointe des billets dépassant les 1 200 euros en haute saison, « un poids considérable pour des foyers dont le revenu médian est inférieur à 1 000 euros ». Et alors que l’indice des prix du transport aérien a flambé de plus de 35 % en deux ans au départ des Outre-mer, l’État n’a pas renforcé les aides, préférant freiner la dépense.

C’est tout le paradoxe d’une politique publique désormais prise en étau entre principe et austérité. La mission Serva-Vidal recommande d’« affermir le droit à la continuité territoriale » en créant un droit opposable, d’« accroître significativement l’éligibilité » aux aides et de « rehausser l’effort budgétaire » en faveur de Ladom. Mais ces ambitions se heurtent à un contexte de rigueur : le budget 2026 réduit la plupart des crédits hors des dépenses régaliennes, tout comme les crédits de la mission Outre-mer.

Lire aussi : Budget 2026 : l’Outre-mer soumis à une cure d’austérité

Dans le détail, le rapport invite aussi à « moderniser les infrastructures portuaires et aéroportuaires », à « étendre significativement l’aide au fret » et à « renforcer la continuité numérique ». Autant de leviers nécessaires, mais coûteux, dans un moment où le gouvernement serre la vis sur les investissements publics. Cette dissonance entre les constats du Parlement et la ligne budgétaire de Bercy traduit le malaise : la continuité territoriale ne peut survivre sans moyens constants, et l’effort de rattrapage social ultramarin se trouve menacé par une logique de maîtrise comptable.

Pour les rapporteurs, la question est désormais politique. Ils appellent à « faire de la continuité territoriale non plus une politique de compensation, mais une politique d’égalité réelle ». En creux, un message adressé à l’exécutif : la République ne peut se dire indivisible tout en tolérant que l’éloignement géographique reste synonyme de relégation.

À La Réunion, où la jeunesse cherche à s’émanciper, la discontinuité n’est plus seulement une question de distance : c’est une fracture budgétaire et sociale que l’État, faute d’un sursaut, semble désormais entretenir.

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