Tribune de Frédérique Welmant : Suppression de l’Agence BIO : un coup de massue pour la filière biologique

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C’est un véritable séisme pour la filière bio en France. Le Sénat a décidé de supprimer la subvention annuelle de 2,9 millions d’euros allouée à l’Agence BIO dans la loi de finances 2025 principalement pour des raisons budgétaires.
Ainsi en Métropole cette décision menace plus de 61.000 agriculteurs, 215 000 emplois et 2,77 millions d’hectares.
Depuis sa création en 2001, cette structure est le pilier du développement et de la promotion de l’agriculture biologique.
En effet, l’Agence BIO ne se contente pas d’accompagner les agriculteurs : elle fédère toute une filière, coordonne les acteurs, gère des fonds cruciaux comme le « Fonds Avenir Bio» et garantit aux consommateurs une certification rigoureuse.
En soutenant des dispositifs comme les Mesures Agro-Environnementales et Climatiques (MAEC), elle encourage des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement.
Les garanties bio sacrifiées ?
L’Agence BIO est bien plus qu’un simple organisme administratif : elle est le garant de la confiance des consommateurs. Grâce à elle, les produits bio portent des labels fiables (AB et Eurofeuille), synonymes d’aliments sans OGM, cultivés sans pesticides chimiques et respectueux du bien-être animal. En supprimant cette structure, c’est une porte ouverte à la confusion pour les consommateurs et à une perte de crédibilité pour toute la filière.
Une menace pour La Réunion
À La Réunion, où l’agriculture biologique reste fragile mais prometteuse, cette décision pourrait être dévastatrice. Avec seulement 506 exploitations bio couvrant environ 2.200 hectares (soit 5 % de la surface agricole utile), chaque soutien est vital.
L’Agence BIO, via ses relais locaux comme la Direction de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt (DAAF) ou le Groupement des Agriculteurs Biologiques (GAB), joue un rôle clé dans la structuration du secteur et dans la sensibilisation des consommateurs réunionnais. Sans elle, les petits producteurs risquent d’être laissés sur le carreau.
Des conséquences lourdes pour l’île
La suppression de l’Agence BIO pourrait ralentir considérablement l’essor du bio à La Réunion. Les aides nationales et européennes deviendraient plus difficiles à obtenir, mettant en péril les initiatives locales comme les circuits courts ou les paniers bio de produits locaux en pleine expansion.
Il est important de rappeler que 80 % des aides agricoles à La Réunion proviennent des fonds européens, notamment les 260 millions d'euros du FEADER pour 2023-2027, essentiels pour moderniser les exploitations et soutenir le développement rural tout en maintenant des prix compétitifs face aux importations.
Sans ces financements, l'agriculture réunionnaise, déjà confrontée à des défis spécifiques liés à l'insularité, ne pourrait maintenir sa compétitivité ni atteindre ses objectifs de souveraineté alimentaire.
Cela compromettrait également les efforts visant à introduire davantage de produits biologiques dans les cantines scolaires et à encourager une alimentation locale saine.
Une décision incohérente et dangereuse
Alors que 75 % des Français consomment bio régulièrement, et que ce chiffre atteint environ 40 % à La Réunion, cette suppression est ressentie comme une trahison des engagements pris par l’État en faveur d’une alimentation durable.
Bernard Hoareau, maraîcher réunionnais engagé dans le bio, tire la sonnette d’alarme et partage son inquiétude : « C’est un coup dur pour nous tous. On nous parle de plus de bio dans les cantines, mais on nous enlève nos outils pour y arriver ! C’est un mauvais signal envoyé aux consommateurs qui veulent manger sainement et soutenir des produits locaux ». Cette décision met en péril non seulement une filière entière mais aussi la confiance des citoyens dans les engagements environnementaux affichés par nos dirigeants.
Comment encourager la consommation de produits bio lorsque des discours incitent à mieux manger tout en supprimant les structures essentielles à cette garantie, comme l'Agence Bio ?
Cette contradiction soulève une problématique majeure : comment restaurer la confiance des consommateurs et soutenir une filière déjà fragilisée par la crise économique et climatique, sans les outils institutionnels nécessaires à sa promotion et à son encadrement ?
Le dossier de la suppression de l’Agence BIO sera tranché en commission paritaire avant d’être soumis au vote final du Budget à l’Assemblée nationale avant le 15 février prochain.


