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Le combat quotidien des personnes handicapées : Entre obstacles et résilience

« Je ressens souvent une profonde solitude lorsque je croise le regard de pitié des autres, même de ceux que j'aime. Ce regard, bien qu'empli de bonnes intentions, me rappelle constamment ma différence et me fait sentir comme un fardeau... » C’est en ces mots que Patrick S., handicapé moteur depuis 10 ans suite à un accident de voiture dans le centre-ville de Saint-Denis, exprime son ressenti sur sa situation de personne porteuse de handicap. 
Ecrit par Frédérique Welmant – le samedi 20 juillet 2024 à 15H19

À La Réunion, environ 7 % de la population est touchée par un handicap. En 2022, cela représentait un peu plus de 64 000 personnes. Elles représentent environ 12 millions en Métropole soit 18 % de la population. Ces chiffres incluent divers types de handicaps, qu'ils soient physiques, mentaux ou sensoriels. La prise en charge et l'accompagnement de ces personnes restent des enjeux cruciaux pour les autorités nationales, locales et les structures médico-sociales de l'île.

 

Peut-on parler de droit à la différence pour les personnes handicapées ? Une question de dignité et d'humanité

 

La question du droit à la différence pour les personnes handicapées est une question de justice fondamentale et d'humanité. En France, la loi du 11 février 2005 a été une lueur d'espoir, reconnaissant enfin le droit à l'égalité des chances et à la participation citoyenne des personnes handicapées. 

Cette législation est une promesse que chaque individu, peu importe son handicap, puisse vivre avec dignité et jouir des mêmes droits que les autres citoyens. 

Ainsi, les aides publiques pour les personnes porteuses de handicap sont variées et visent à améliorer leur qualité de vie. 

L'État et le Conseil général jouent un rôle crucial en tant que chefs de file dans le domaine social, notamment en ce qui concerne l'attribution des aides publiques pour les personnes handicapées. 

L'État garantit l'égalité de traitement et définit des objectifs pluriannuels pour l'action en faveur des personnes handicapées. 

Le Conseil général, par le biais des Maisons Départementales des Personnes Handicapées (MDPH), accueille, informe, guide et accompagne les personnes handicapées dans leurs démarches. Ces institutions travaillent ensemble pour assurer des aides financières, telles que :

- l'Allocation aux Adultes Handicapés (AAH) est une prestation majeure, permettant de garantir un revenu minimum aux personnes en situation de handicap. 

- la Prestation de Compensation du Handicap (PCH) couvre les besoins spécifiques liés au handicap, comme l'aide humaine, les aménagements du domicile ou les aides techniques. 

- Pour les enfants, l'Allocation d'Éducation de l'Enfant Handicapé (AEEH) et ses compléments soutiennent les familles dans la prise en charge des besoins éducatifs et de soins. 

Enfin, en matière d'emploi, l'Association de Gestion du Fonds pour l'Insertion Professionnelle des Personnes Handicapées (Agefiph) et le Fonds pour l’Insertion des Personnes Handicapées dans la Fonction Publique (FIPHFP) offrent des aides pour l'adaptation des postes de travail et le maintien dans l'emploi. 

Pourtant, malgré ces avancées législatives, les personnes handicapées continuent de rencontrer des obstacles qui les empêchent de mener une vie pleinement épanouie. En effet, cette intégration véritable nécessite plus que des lois.

Elle demande un changement profond des mentalités et une adaptation de notre société pour embrasser la diversité humaine. 

 

Le regard de pitié et le jugement : une double peine pour les personnes handicapées

 

Le handicap, qu'il soit physique ou mental, est encore trop souvent perçu à travers un prisme de pitié et de jugement. Ces regards et ces jugements, bien que souvent involontaires, peuvent avoir des conséquences profondes sur les personnes concernées. 

« Je souhaite ardemment que l'on me voie avant tout comme une personne à part entière, avec mes rêves et mes capacités, plutôt que de se focaliser sur mon handicap. J'aspire à être traité avec le même respect et la même dignité que tout le monde, sans préjugés ni condescendance » témoigne Sophie K., cadre dans une entreprise réunionnaise de transport public.

En effet, pour une personne en situation de handicap visible, sentir des regards de pitié et de commisération est un malaise quotidien. Ces regards, bien qu'ils puissent être empreints de bonnes intentions, rappellent à la personne ce qu'elle a souvent mis des années à accepter et à dépasser : sa situation de handicap. 

Le jugement des autres peut être encore plus insidieux. Il se manifeste par des commentaires maladroits, des attitudes condescendantes ou des comportements discriminatoires dans le milieu professionnel par exemple, où malgré l’évolution des mentalités et du cadre juridique, une personne porteuse de handicap peut se voir refuser un emploi ou une promotion simplement à cause de son invalidité. 

Quelques chiffres prouvent une réalité préoccupante très fracturée de la société. En France, seulement 36 % des personnes ayant une reconnaissance officielle de leur handicap occupent un emploi, contre 73 % pour la population générale. Le taux de chômage des personnes handicapées est deux fois plus élevé que la moyenne nationale, atteignant environ 14 %. Bien que les entreprises soient légalement tenues d'employer au moins 6 % de travailleurs handicapés, en 2016, seulement 19 % respectaient cette obligation. 

 

 Le regard différent sur le handicap visible et invisible : une injustice silencieuse

 

Une autre différence, moins connue peut-être car plus complexe à prouver, est celle de la discrimination de traitement marquée entre handicap visible et invisible.

En effet, les personnes avec un handicap visible, comme celles utilisant des fauteuils roulants, reçoivent souvent plus, ce qui peut conduire à une aide plus immédiate mais aussi à des stéréotypes limitants. 

En revanche, celles avec un handicap invisible, comme les troubles mentaux ou les maladies chroniques, doivent souvent prouver la légitimité de leur condition, faisant face à l'incrédulité et au scepticisme. 

« Je vis un véritable calvaire avec mes acouphènes sévères, des sons incessants qui bourdonnent dans ma tête jour et nuit. Malgré cette souffrance constante, je ne suis pas reconnu comme une personne handicapée, ce qui me prive de l'aide et du soutien dont j'ai désespérément besoin. Chaque jour est une lutte pour me concentrer, travailler et même dormir, mais mon handicap invisible est souvent ignoré ou minimisé. Je souhaite simplement que ma condition soit prise au sérieux et que l'on reconnaisse la réalité de ma souffrance, afin que je puisse accéder aux aides nécessaires pour améliorer ma qualité de vie » témoigne Marie-Lou D., victime d’une chute ayant entraîné un traumatisme crânien. 

De fait, cette invisibilité peut entraîner une marginalisation silencieuse, où les besoins spécifiques ne sont pas reconnus ni satisfaits, exacerbant leur isolement.

 

Le rôle invisible et essentiel des familles de personnes handicapées : Un dévouement quotidien souvent méconnu

 

« En tant que maman, chaque regard de jugement porté sur mon enfant me transperce le cœur car il ne voit pas l'amour et la force qui nous unissent. Je souhaite que le monde puisse voir au-delà de son handicap et reconnaître la personne merveilleuse qu'il est », explique Pascale G., mère d'Hugo, 24 ans.

Le rôle des aidants familiaux des personnes handicapées est à la fois difficile et peu reconnu dans notre société. 

Ces aidants consacrent souvent une grande partie de leur temps et de leur énergie à soutenir leurs proches, au détriment de leur propre santé et de leur bien-être. 

Malgré leur dévouement, ils font face à un manque de reconnaissance sociale et de soutien institutionnel. 

Les défis financiers, émotionnels et physiques qu'ils rencontrent sont nombreux et souvent sous-estimés.

Il est crucial de valoriser leur contribution et de leur offrir des ressources adéquates pour alléger leur charge. Une meilleure reconnaissance et un soutien accru pourraient considérablement améliorer leur qualité de vie et celle des personnes qu'ils assistent.

Il est toutefois à signaler que des aides spécifiques existent également pour les aidants, comme le congé de proche aidant et l'Allocation Journalière de Présence Parentale (AJPP). Enfin, des mesures fiscales et des exonérations sont prévues pour alléger les charges des personnes handicapées et de leurs familles.

 

L'importance de l'empathie et de la sensibilisation

 

Pour contrer ces regards et ces jugements, il est essentiel de développer l'empathie et la sensibilisation au sein de la société. 

L'empathie permet de comprendre et de ressentir ce que l'autre vit, transformant ainsi la perception de la disparité. Elle permet de voir la personne avant de voir le handicap, et de reconnaître ses capacités et ses talents plutôt que ses limitations.

Il est temps donc de changer notre regard sur le handicap. Plutôt que de voir une personne handicapée comme une victime ou un objet de pitié, nous devons la voir comme une personne à part entière, avec ses propres forces, ses propres rêves et ses propres défis. 

Avoir une approche qui se fonde davantage sur la réponse aux besoins et à l’adaptation aux capacités de chacun.

Ce changement de perception est essentiel pour construire une société plus juste et humaine.

Pour conclure, méditons sur cette très belle phrase de Kate Bornstein, artiste d’art performance, essayiste et romancière américaine actuelle, connue pour ses prises de position franches : 

"Arrêtons de 'tolérer' ou 'accepter' la différence, comme si nous étions tellement mieux pour ne pas être différents en premier lieu. Célébrons plutôt la différence, car dans ce monde, il faut beaucoup de courage pour être différent."

Etiquettes : Handicap

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