Revenir à la rubrique : Société

Réarmement démographique : le coût de la vie pèse-t-il sur le choix de donner la vie ?

“Une France plus forte par la relance de sa natalité”, a appelé le président Emmanuel Macron en début d'année, allant jusqu'à parler de “réarmement démographique”. Même s'il reste élevé dans notre ile, comme dans l'Hexagone et de nombreux pays européens, le nombre de naissances baisse à La Réunion. Le coût de la vie (encore plus marqué avec l'inflation) pèse-t-il sur le choix de donner la vie ? Deuxième volet de notre nouveau dossier consacré à la natalité à lire sur Zinfos974.
Ecrit par P.B. – le mardi 5 novembre 2024 à 15H25
(photo d'illustration)

Élever un enfant ne se ramène pas à l'argent, mais cela a évidemment un coût non négligeable. En annonçant quelques mesures pour permettre “un réarmement démographique” en début d'année, le Président Emmanuel Macron a reconnu que sur “ces sujets financiers, il appartient au gouvernement de poursuivre ce travail”. 

Lire aussi : Quand la politique garde un œil sur notre utérus

Une politique nataliste passe par un soutien financier des familles. Une étude du ministère des Solidarités et de la Santé a été réalisée en 2015 pour justement mesurer le coût d'élever un enfant. Des chiffres que l'on peut étayer avec différents instituts et qui éclairent sur les parties immergées de l'iceberg quand on se fait une joie d'attendre un enfant.

Les frais commencent dès la préparation à la naissance. Il faut que tout soit déjà prêt pour l'arrivée de bébé : transat, lit, table à langer, nécessaire de toilette, armoire, cosy, poussette...soit plus de 1.500 euros. Ensuite, une fois ti baba à la maison, le budget pour le nourrir et le soigner peut osciller en fonction des choix (allaitement, types de laits, de couches, changes....) entre 270 euros et 500 euros par mois de ses premiers mois à ses 3 ans. Il se réduit au fur et à mesure que l'enfant grandit mais le budget couche coute environ 100 euros par mois. Selon les données de l'enquête Budget de famille 2017, le poste frais de garde de bébé pèse le plus sur le budget des couples avec enfant en bas âge.

Dépense de 800 euros par an pour l'habillement

Une fois entré à l'école, les dépenses concernant l'enfant changent. La rentrée est toujours synonyme de dépenses. Le budget des effets scolaires augmente avec le niveau d'étude de 162 euros au CP à plus de 700 euros au lycée selon une étude de 2019 de la Confédération syndicale des familles. Pour vêtir l'enfant, compter environ 800 euros par an, l'enquête Budget de famille 2017 estime. Ajouter les activités extra-scolaires de 150 euros à 500 euros par an mais aussi le matériel hi-fi comme l'ordinateur ou encore un smartphone...

L'Insee a estimé qu'entre 7 et 11 ans, un enfant coûte 5.340 euros par an. Entre 12 ans et 17 ans, il faut prévoir 6.552 euros par an, relève le magazine Ça m'intéresse.

L'Union Nationale des Associations Familiales (UNAf) estime qu'en 2015, un couple avec un adolescent doit détenir un budget mensuel de 2.626 euros pour vivre dans des conditions décentes et sans se priver.

Au final, pour le ministère des Solidarités et de la santé, la douloureuse s'élève à 180.000 euros que doivent débourser des parents pour élever un enfant de sa naissance à ses 18 ans.

Une somme moyenne qui ne prend ainsi pas en compte l'inflation galopante. Ainsi sur un an, l'indice des prix à la consommation augmente davantage à La Réunion (+2,1 %) qu'au niveau national 1,1 %, notait l'Insee en septembre dernier.

Baisse du niveau de vie

Après la naissance d’un enfant, le niveau de vie, et cela, malgré les prestations sociales, diminue, confirme l'Insee. "La naissance provoque en moyenne un 'décrochage' du niveau de vie par rapport à celui du reste de la population. Les ménages concernés perdent 2 à 11 % de leur niveau de vie entre l’année précédant la naissance et celle lui succédant immédiatement". En revanche, cette baisse du niveau de vie "est davantage liée à la modification des comportements d’activité, en particulier une réduction, voire un arrêt de l’activité professionnelle dans le ménage, qu’à la charge financière supplémentaire induite par cette naissance".

Le congé de naissance voulu par le président Macron prévoirait notamment une revalorisation du niveau d'indemnisation. À La Réunion, selon l'Insee, la fécondité des femmes se maintient à un haut niveau depuis les années 1990 et tourne autour de 2,5 enfants par femme. Après une hausse en 2021, le nombre de naissances diminue de nouveau en 2022, avec 270 naissances de moins par rapport à 2021. Le nombre de couples sans enfant a aussi augmenté de 2009 à 2020, tandis que le nombre de couples avec enfant(s) baisse. Le modèle d'une famille avec enfants(s) représentait 37,7% des ménages en 2009 et ne représente en 2020 que 28,6% des ménages. Pour autant, la courbe de natalité ne va pas infléchir de la même manière qu'en Hexagone, indique l'Insee. Les scénarios de projection démographique tendent vers une stabilité de la fécondité des femmes réunionnaises. Dans notre département, la maternité procure encore une relative autonomie financière ainsi qu’un statut social. Mais dans le même temps, les évolutions sociétales marquent le statut et la condition de la femme. Indépendance, liberté, valeurs écologiques, ambitions professionnelles, absence de désir de parentalité... le coût de donner la vie se mesure en réalité à plusieurs niveaux.

 

Dans la même rubrique

0💬
Tri :