Violences conjugales : fracture du visage et 21 jours d'ITT pour une victime toujours en état de choc

Si le tribunal judiciaire de Saint-Denis est souvent occupé à juger des faits en lien avec les stupéfiants, les violences conjugales ne sont pas en reste. En atteste ce dossier jugé en comparution immédiate ce lundi 30 juin où les faits sont d'une violence insoutenable. Un jeune homme de 24 ans a "défoncé" sa compagne à coups de poing, lui occasionnant une fracture du visage et, par là même, une ITT (Incapacité totale de travail) de 21 jours.
Il est des audiences que l'on aimerait ne jamais voir. Des audiences durant lesquelles certains dossiers sortent malheureusement du lot. C'est le cas de celui de Lionel M. qui, suite à une dispute conjugale, a violemment agressé sa compagne à coups de poing. Tout part d'une dispute à propos du linge, alors que la victime est en train de sortir des vêtements de la machine à laver. Elle en pose malencontreusement à terre, ce qui a pour but d'énerver fortement son compagnon. Il se dirige vers elle et tape violemment le hublot de la machine à laver qui touche la main de la victime et la fait tomber au sol. Pour se défendre, elle tente de le repousser avec son pied, mais, dans la confusion, touche la jeune fille de son conjoint âgée de 3 ans.
21 jours d'ITT et une fracture de l'orbite droit
Lionel M. devient alors hystérique, vociférant : "Tu as frappé ma fille". Des menaces de mort précèdent ensuite les coups de poing qu'il porte à sa compagne. Plusieurs coups de poing au visage sont avérés par le certificat médical avec 21 jours d'ITT et une fracture de l'orbite droit. Elle présente également des ecchymoses sur le cou, les bras et les jambes, laissant supposer des coups de pied lorsqu'elle était au sol et une strangulation. La jeune fille finit par réussir à fuir et à s'enfermer dans la chambre. Le mis en cause se saisit d'un couteau de cuisine pour forcer l'entrée alors qu'elle supplie sa famille de venir la chercher. Appelés au moment des faits, les gendarmes interviennent et trouvent l'agresseur calmé, assis sur son canapé.
À la barre, Lionel M. ne reconnait que partiellement les faits. Il reconnait les coups de poing mais réfute toute menace ou avoir porté le moindre coup de pied. Fait assez rare pour le souligner, le jeune homme ne boit pas et ne se drogue pas, ce qui n'est pas de nature à rassurer le tribunal. En effet, la victime a fourni aux gendarmes des vidéos le montrant tout sourire en train de brûler les rideaux de l'appartement ou encore, en pleine action, hâche en main, à détruire ses propres habits. Même cela ne lui est pas reproché, ce comportement laisse les magistrats songeurs. Il dira en audition, "je brûle les rideaux si je veux, je décore l'appartement". Selon lui, "c'est pour lui montrer que je fais ce que je veux avec mes affaires".
"Toujours en état de choc", elle doit aussi voir un chirurgien
Il n'explique sa colère que par une chose, le coup de pied à sa fille. "Ça m'a mis en colère", se justifie-t-il. Il reconnait qu'ils sont en instance de séparation car "ça se passe mal". Elle n'a pas la même version. Elle indique être partie chez ses parents parce qu'il s'est mal comporté. Interrogé par la présidente, il répond benoitement : "je suis allé voir ailleurs". Présente à l'audience, la victime ne peut retenir ses larmes à chaque dénégation de son bourreau. Invitée à s'exprimer, elle ne peut que répondre en pleurs : "Je n'y arrive pas". Son avocate prend le relais et fustige "l'absence d'empathie pour la victime", qui, selon elle, "est toujours en état de choc et doit voir un chirurgien pour savoir si elle doit subir une intervention au niveau du visage".
Le ministère public relève, pour sa part, "un état d'esprit extrêmement inquiétant". La magistrate fait référence à la vidéo dans le dossier. Elle dénote des "violences extrêmement graves aux conséquences physiques importantes", ajoutant : "Elle est traumatisée et de plus, la scène se passe en présence de mineurs qui voient madame se faire défoncer dans la salle de bain". Malgré l'absence d'antécédents pour violences, la procureure requiert à l'encontre du prévenu une peine de 18 mois de prison dont 6 mois de sursis probatoire ainsi qu'un mandat de dépôt. Elle requiert également des obligations de soins et des interdictions de contact et de paraître au domicile de la victime.
"Un dossier incontestablement grave"
La défense ne peut que reconnaitre "un dossier incontestablement grave" mais souligne "des réquisitions extrêmement lourdes au regard du casier de son client". Elle met en avant que le prévenu est "inséré", insistant sur le fait qu'il doit "pouvoir continuer à travailler pour payer les dommages qu'il a causés à la victime". Selon elle, "il a surtout besoin d'aide pour gérer sa colère". La robe noire estime que "le tribunal doit donner un sens à cette peine, c'est l'enjeu de ce dossier", et de conclure : "La détention n'est pas la solution". Elle est entendue par le tribunal qui prononce une peine de 18 mois de prison dont 10 de sursis probatoire. La présidente prononce un mandat de dépôt, mais aménage la partie ferme d'une surveillance électronique.


