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Erotomanie : “Elle est devenue son objet, sa proie »

Dans un trouble délirant, l'homme a la conviction d'être aimé par sa victime alors qu'elle a un compagnon et vient d'avoir un enfant.

Ecrit par P.B. – le samedi 17 février 2024 à 06H23

Le tribunal correctionnel de Saint-Pierre a eu à juger jeudi un prévenu au profil particulier. Avant même son procès, Jérôme* s’agite, tremble sur son banc, incapable de contrôler son stress. L’homme d’une trentaine d’années est poursuivi des faits de harcèlement et d’agression sexuelle. La victime est une jeune femme de son quartier. Lila* a commencé par recevoir via Messenger des messages d’un homme qu’elle ne connait pas, lui exposant ses fantasmes. Lila le bloque.

Plus tard, alors qu’elle se trouve dans la supérette, pourtant accompagnée de son petit ami et de son bébé, elle se fait agresser. Jérôme va à sa rencontre, dit qu’elle est à lui, et lui touche les fesses. Une agression qui s’est produite à deux reprises et qui est captée par les caméras de surveillance.

Jérôme est interpellé. Deux expertises psychiatriques sont réalisées, la dernière conclut à une abolition du discernement. Jérôme est atteint de trouble du spectre de l’autisme et plus particulièrement du syndrome d’Asperger. À cela, il faut ajouter l’érotomanie. Ce trouble psychiatrique s’est traduit chez Jérôme par la conviction d’être aimé et désiré par la jeune Lila qu’il croise régulièrement dans le quartier.

Sous pression, mais avec l’aide de son avocat, Jérôme parvient à donner quelques explications sur sa maladie. Il est atteint d’autisme et cela ne se soigne pas avec des médicaments, il doit juste “être bien entouré”. Le trentenaire livre que sa famille habite en Australie et qu’il est malheureux depuis qu’il est à La Réunion. Pour ce qui est des faits, il nie, montrant pour preuve la photo, derrière son téléphone portable, d’une femme et d’un enfant qui s’occupent de lui. Et ce n’est pas la victime, clame-t-il.

Inscription au Fijais demandée

“Il l’a rencontré dans la rue et a réussi à la retrouver sur Facebook. Cette fixation sur une personne, sans motif, est inquiétante”, souligne Me Aurélie Hoarau pour la victime.

Les robes noires s’entendant sur l’abolition du discernement qui sera certainement prononcée, l’avocate de la partie civile demande qu’une mesure d’éloignement soit prise avec interdiction de contact et de paraitre à domicile. “Elle est devenue son objet, sa proie. Elle a peur et a dû déménager pour vivre à proximité de chez son père”.

À la lumière des expertises, “la dangerosité du prévenu est avérée”, pointe le parquet qui plaide donc sur la responsabilité civile de Jérôme. Cinq ans d’interdiction de contact avec la victime et l’inscription au Fijais (Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles) sont demandés. Le ministère public a également posé dans les débats la question de l’hospitalisation d’office.

“Un seul long message d’un compte Facebook dont on ne connait pas l’identité alors que la perquisition du téléphone n’a rien donné ». Pour Me Alexandre Volz, la charge de harcèlement sexuel ne tient pas. Son client doit en être relaxé. En revanche, l’avocat ne peut que reconnaitre la culpabilité de Jérôme sur les faits d’agressions sexuels.

L’abolition du discernement a logiquement été prononcée par le tribunal. Jérôme a été reconnu irresponsable pénalement. Il devra en revanche se tenir loin de Lila, soumis à une interdiction de contact et de paraitre à son domicile durant 5 ans. Son nom a été inscrit au Fijais et en réparation du préjudice moral subi par sa victime, il devra lui verser 2.000 euros.

*prénoms d’emprunt

 

Thèmes : Tribunal
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