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Alerte danger : Certaines épices en provenance d'Inde contiennent un produit cancérigène

De Hong Kong aux États-Unis, en passant par l’Union européenne, les épices indiennes sont dans le viseur des autorités sanitaires. L’alerte avait été lancée le 5 avril par le département de sécurité alimentaire de Hong Kong, le Center for Food Safety. Ce dernier a signalé la présence d’un agent cancérogène, l’oxyde d’éthylène, dans quatre mélanges d’épices en provenance d’Inde. Trois produits de la marque Mahashian Di Hatti (MDH) et un autre de la marque Everest ont immédiatement été retirés de la vente.
Ecrit par N.P. – le vendredi 2 août 2024 à 08H43

Le journal Le Monde publie une longue enquête sur le marché des épices en Inde et sur la dangerosité de certains produits consommés localement mais également exportés.

Les épices en Inde sont un pilier essentiel de la cuisine et de l’économie du pays. Everest, avec 16 % des parts de marché, est la première marque nationale, suivie par MDH avec 10 %. Ces marques dominent non seulement le marché domestique mais également l'exportation, représentant une industrie évaluée à 4 milliards de dollars par an en exportations et 10 milliards de dollars sur le marché intérieur. Cependant, la décision de Hong Kong a jeté une ombre sur la qualité de ces condiments, provoquant une série de réactions internationales.

Le Monde rappelle que Singapour a rappelé le même mélange de curry pour poisson de la marque Everest le 18 avril pour la même raison. La Nouvelle-Zélande, l’Australie, les États-Unis et le Bangladesh ont également exprimé des préoccupations similaires. En réponse, les autorités britanniques ont renforcé les contrôles sur toutes les importations d’épices en provenance d’Inde.

En Inde, le Spices Board of India, rattaché au ministère du commerce, a pris des mesures pour remédier à la situation. Dans une circulaire datée du 7 mai, l'organisme a exhorté les marques à abandonner l'utilisation de l’oxyde d’éthylène comme agent de fumigation au profit de méthodes de stérilisation alternatives. L'autorité de sécurité alimentaire indienne (FSSAI) a ordonné aux États de mener des tests sur les épices de différentes marques.

Cependant, les résultats de ces tests révèlent des lacunes préoccupantes. Sur 251 échantillons collectés, 13 ont été jugés dangereux pour la consommation humaine. Cette situation met en lumière un problème plus large : l'Inde manque de mécanismes robustes pour vérifier les résidus de pesticides dans les aliments, un fait souligné par Narasimha Reddy Donthi de Pesticide Action Network India.

L’oxyde d’éthylène, un gaz incolore utilisé pour la conservation des denrées alimentaires, peut être appliqué pour prévenir les moisissures dans les entrepôts. Les marques incriminées affirment cependant que leurs produits respectent les normes de sécurité.

Ce n’est pas la première fois que les épices indiennes sont sous le feu des critiques. Une étude de 2014 avait révélé la présence de plomb dans certaines épices locales. Depuis 2021, 14,5 % des exports de la marque MDH vers les États-Unis ont été rejetés à cause de la présence de salmonelle, et en France, dix mélanges d’épices de la même marque ont été rappelés en raison de niveaux excessifs d’oxyde d’éthylène.

L’Autorité européenne de sécurité des aliments a également signalé des contaminations à l’oxyde d’éthylène dans les épices indiennes. Son rapport de 2022 indique que ce contaminant se retrouve principalement dans les épices comme le curcuma, les piments et le poivre. En 2023, le système d’alerte rapide pour les denrées alimentaires a été activé 71 fois pour des épices indiennes en raison de résidus de pesticides, une tendance à la hausse.

Une récente décision de la FSSAI pourrait encore aggraver la situation. L'autorité a augmenté la limite maximale de résidus de pesticides autorisés dans les épices, multipliant par dix la limite pour les pesticides non répertoriés. Cette décision suscite des inquiétudes quant aux impacts sur la santé publique. Pesticide Action Network a exprimé ses préoccupations dans une lettre adressée à la FSSAI, soulignant que des niveaux de résidus plus élevés pourraient entraîner des effets néfastes plus rapides et plus importants sur la santé.

Les ministères de la santé et du commerce n’ont pas encore répondu aux sollicitations du Monde pour des commentaires.

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