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Affectation des enseignants en métropole: pour un débat serein

Ecrit par Baradi Siva – le lundi 7 août 2023 à 08H21

Lors d’une conférence de presse le 4 août dernier Huguette Bello a, une nouvelle fois,  comme chaque année, manifesté son mécontentement contre l’affectation en  métropole de certains lauréats du Capes. A cette occasion, elle s’était entourée de  deux Députés de la NUPES, de certains des enseignants concernés et de Mathieu  Carmania, auteur d’une thèse de droit remarquée sur la préférence locale. Madame  Bello a marqué les esprits en évoquant un Bumidom de l’éducation en écho à la  mobilité plus ou moins forcée des travailleurs dans les années 60. Si une telle  comparaison, atteste certes, de la sensibilité du problème dans sa dimension sociale et  politique, elle se révèle excessive au regard de la condition des travailleurs de  l’époque et inutilement polémique, alors que la question, légitime, doit être abordée  sereinement parce qu’elle concerne non seulement la vie professionnelle et  personnelle des intéressés mais plus généralement la place de la Réunion dans le  système éducatif français. 

Aborder sereinement la question oblige à se départir d’une orientation du débat sous  le signe d’une opposition entre les réunionnais et les métropolitains. Il faut le dire  calmement mais fermement : du statut de département et de la citoyenneté, tout  métropolitain est chez lui à la Réunion comme tout réunionnais est chez lui dans  n’importe quel coin de métropole. Autrement dit, un français, quel que soit son lieu  de naissance, est chez lui partout en France. 

Aborder utilement la question oblige à concilier deux données a priori  contradictoires : en se présentant à un concours national, les personnes concernées  avaient connaissance de leur possible affectation en métropole. Refuser leur  affectation ne revient-il pas à ne pas accepter des règles connues de tous au départ ?  Mais d’un autre côté, comment ne pas rester insensible aux situations familiales  difficiles qu’une affectation en métropole peut engendrer pour certains intéressés, en  particulier pour ceux dont le conjoint travaille à la Réunion et/ou qui ont de jeunes  enfants. Partir avec toute la famille en obligeant le conjoint à démissionner ? Ou  laisser sa famille sur place et se séparer ainsi de ses enfants et de son conjoint ? La 

refonte des critères du CIMM (centre intérêt matériel et moraux) dans le sens d’une  plus grande prise en compte de la situation familiale serait une première réponse  réaliste. 

Les élus ci-dessus cités proposent d’appliquer la préférence régionale, c’est-à-dire de  donner la préférence aux lauréats locaux pour chaque poste créé. Cette solution a  priori simple ne l’est pourtant pas. D’une part, elle ne vaudrait pas dans les situations  où aucun poste ne serait créé dans les disciplines concernées par ces affectations en  métropole. D’autre part, une telle solution heurterait de plein fouet le principe  constitutionnel d’égalité, constitutif de l’identité française. M. Carmania a certes  démontré que la préférence locale pouvait être fondée juridiquement mais à pousser  une telle logique on aurait ainsi les réunionnais prioritaires chez eux, les corses  prioritaires chez eux, les guadeloupéens prioritaires chez eux, les bretons également  chez eux et ainsi de suite. Bref, on aurait tout simplement une autre France et elle  serait bien triste. Et que dire, par ailleurs, des nombreux réunionnais qui postulent en  métropole ou qui occupent parfois déjà des postes dans l’Education nationale et plus  généralement dans la fonction publique. Chacun a en tête des réunionnais, ici  professeurs du secondaire, là enseignants en classe prépa, ou encore maître de  conférences ou professeurs des universités dans les universités métropolitaines. Que  dirait-on si ces réunionnais diplômés se voyaient dans l’impossibilité d’être nommés  dans des universités métropolitaines ? Les mêmes élus seraient les premiers à crier à  la discrimination !  

En tout état de cause, aborder utilement et sereinement le débat nécessite une grande  transparence sur les postes créés dans le département et quant au recours aux  contractuels. Le recours à ces contractuels serait parfaitement anormal dans les  disciplines concernées par les affectations en métropole. Il est indispensable que le  Rectorat fasse cet effort de transparence et que les élus, quels qu’ils soient, exigent  cette transparence.  

 

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