La Bosse du talent : Hommage à une charmante vieille dame

L’ARAL (académie réunionnaise des arts et lettres), vendredi dernier, a rendu un hommage appuyé (largement mérité) à une des plus adorables vieilles dames que cette île a connues, Claire Bosse.
Cette femme hors du commun a connu un début d’existence aisé, et une seconde moitié de vie parsemée de drames et de galères. Ce qui ne l’a pas empêchée de se dévouer sans compter au service d’une île qu’elle a chérie (presque) au-delà du raisonnable.
Notre ami Claude Marodon a ouvert le bal du souvenir d’une voix chargée d’émotion. Il a dit combien la lecture de Claire Bosse lui a été profitable, à lui et à ses amis chercheurs, pour remettre à l’honneur une pharmacopée-pays, naturelle, à base de plantes. Lui, pharmacien forgé par la Faculté, revenait à nos fondamentaux issus d’une tradition ancestrale, préservés grâce à Claire, mais aussi grâce à d’autres acharnés des tisanes qui ont, depuis belle lurette, prouvé leur efficacité.
Ce qui devait être une suite de monologues s’est vite changé en dialogues piquants, enrichissants, grâce à la présence de deux vieux potes, Alain et Jean Chatel, neveux de Claire. Chacun y est allé de ses souvenirs, de son anecdote ; la vieille dame n’a plus du tout été un aimable souvenir, un gentil fantôme : elle était là, au milieu de nous, avec son indéfectible sourire et l’affabilité qui était comme sa marque de fabrique.
J’ai eu le privilège de dire que sa mémoire phénoménale nous avait grandement servis, à Vax et moi, lorsque nous enquêtions pour le Mémorial de La Réunion. Elle se souvenait de tout ! Tout ce qu’elle avait vu, entendu ou vécu, elle le rapportait dans les moindres détails. Ainsi, avec des mots simples et précis, elle avait rendu vivante la figure d’un des personnages les plus généreux de notre histoire, le princeV in Sanh. Dont le fils Claude, musicien de haute classe, s’est exprimé avec sa chaleur communicative.
Claire avait d’autres cordes à son arc. C’est à elle que revient ainsi le mérite d’avoir écrit le tout premier guide touristique de Bourbon. Plus le reste : un conte sur Grand-mère Kalle ; un recueil, Ca Bourbon même, où se côtoient contes, pièces de théâtre, un glossaire, des poèmes… une petite merveille récemment rééditée par Azalées.
L’émotion était de plus en plus palpable au fur et à mesure que passait les minutes et les heures, bien trop courtes en fin de compte, tant le personnage est dense et riche. Car Claire Bosse ne laisse personne insensible… sauf à ne pas aimer son île.
Il revint à Christian Vittori, président de l’ARAL, de clore cet hommage, avant que Danielle Amussat et Axel Payet, avec leur talent habituel et beaucoup d’amitié, ne procèdent à la réception d’un nouveau correspondant de l’Académie. Mais ceci est une autre histoire.
Jules Bénard


