Que des mots pour des maux

Partout dans notre île des cris retentissent : « On a gagné, on a gagné ! ».
Le PS a bien gagné ces législatives mais la démocratie, elle, a perdu.
Comment peut-on parler de victoire alors qu’un électeur sur deux a préféré rester chez lui jouer aux dominos en famille ou alors s’en est allé à la plage avec d’autres amis abstentionnistes, ou encore a pris le chemin du grand large pour pêcher le thon ou la bonite ?
Si voter est un droit, c’est d’abord et avant tout un devoir.
Mais il serait déplacé de jeter l’anathème aux abstentionnistes de ces législatives.
L’abstention a des causes sérieuses.
Tout d’abord, il convient de convenir que les électeurs ont de la mémoire et n’aiment pas que l’on se moque d’eux.
Nicolas Sarkozy, en s’asseyant sur la volonté des Français de dire non au Traité européen et en le remplaçant par le Traité de Lisbonne, a jeté de l’engrais sur le plant de l’abstentionnisme.
Ensuite, nos candidats à la députation affichent, eux aussi, sans honte ni vergogne, le mépris qu’ils ont envers leurs électeurs. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire les professions de foi de nos candidats à ces législatives. Des mots, encore des mots, toujours les mêmes depuis des décennies pour soigner les terribles maux de notre île et jamais de solutions. C’est demain qu’on rasera gratis. Aujourd’hui, il faut prendre son mal en patience. Et dire que nos candidats embauchent des experts en communication pour « pondre » un feuillet recto-verso de généralités d’une abominable banalité. C’est à en vomir de dégoût !
Pour la 1re circonscription où je réside, pas un seul mot sur les problèmes les plus aigus de notre département et qui dépendent bien de la mission des députés (exonération des cotisations patronales, continuité territoriale, mobilité, tarifs bancaires élevés, généralisation du halâl, suppression de la surrémunération des fonctionnaires, deux députés et deux sénateurs seulement pour La Réunion, perception de l’octroi de mer dorénavant à la caisse des commerces).
Le mutisme est de mise sur les prospectus électoraux comme dans nos télés qui se sont octroyé la mission de donner dans le phatique pour ne pas aborder les véritables nombreux problèmes de La Réunion.
Dans la 1re, les électeurs avaient à choisir entre les beaux cheveux et les belles hanches ou les belles tenues des candidates finalistes et non pas à un positionnement sur des sujets de fond.
Enfin, notre soi-disant démocratie refuse de prendre en compte le vote blanc, précipitant les mécontents dans les bras de dame Abstention.
Gageons que nos députés fraîchement élus ne vont pas se hâter de mettre en place le changement le plus attendu : la reconnaissance du vote blanc.
Les pleurs sonores sur l’abstention de nos électeurs ne répandent que des larmes de crocodile des yeux de nos chers élus.
Armand GUNET
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