Air Austral : "Privatisation des profits et socialisation des pertes"

Cette formule figurait parmi les leitmotive des opposants au Traité (anti-) constitutionnel européen en 2005. Nous en voyons aujourd’hui l’application dans le dossier d’Air Austral. A ce que l’on peut comprendre, les pertes de l’entreprise sur les derniers exercices résultent de choix stratégiques fantaisistes. Les dessertes de provinces de métropole et de Sydney ou Bangkok ont-elles réellement fait l’objet d’études de marché ? Les acquisitions conjointes d’un A380 et autres appareils étaient-elles toutes pertinentes ? On peut alors a posteriori se repaître de l’augmentation du prix des produits pétroliers. Mais cette explication hélas ne tient que si référence au taux de change euro/dollar est faite. Or, à ma connaissance, la situation en 2011 était plus favorable à l’euro que pendant toute la première décennie de ce nouveau siècle où l’entreprise Air Austral ne souffrait pas de tels déséquilibres. Enfin, la continuité territoriale injecte bien plus d’argent public dans les caisses de cette compagnie (et des autres) que sous la précédente présidence de la Région. La faute incombe donc bien à un problème de « gouvernance ». Dans le secret des directoire et autre conseil de surveillance les décisions stratégiques se prennent entre Camarades-Camarons. La rémunération du seul PDG en est l’illustre exemple : 54 000 euros par mois, dit-on, soit 648 000 euros par an. Pour mémoire, le programme « l’Humain d’abord » du Front de Gauche - et même celui du Parti socialiste pour ce qui est des seules entreprises publiques – avançait l’idée d’un salaire maximal équivalent à 20 smic et d’un revenu maximal de 360 000 euros. Non pour punir ! Mais pour réinstaurer de la vertu dans l’économie. Le corollaire d’une telle mesure aurait été une obligation pour M. Ethève de restituer à l’entreprise près de 300 000 euros par an, pour redistribution ou réaffectation, au risque de se les voir confisquer par les impôts. Et, qu’en était-il des autres cadres de l’entreprise ? Rien ne filtre évidemment.
A cette lumière, nous comprenons l’embarras de l’opposition régionale de P. Vergès dans la gestion de cette affaire. Il fallait alors pour le bilan montrer à l’opinion l’image d’une compagnie conquérante. Quant à l’opposition socialiste, sa tête était et est ailleurs et son utilité sociale de toute façon au sein de cette collectivité n’est que très relative compte tenu de l’illisibilité de sa ligne.
Aujourd’hui l’apport de capitaux publics (Conseils régional et général de La Réunion) fait que la compagnie est devenue une entreprise publique réunionnaise. Les choix stratégiques coûteux ne peuvent donc plus relever de la seule gouvernance mais de la souveraineté populaire locale. En effet, les sommes de recapitalisation sont soustraites des caisses de nos collectivités au détriment de projets locaux. Pour le Front de Gauche, l’entorse qui aurait été commise par rapport à la part publique de capitaux (contraire semble-t-il à la réglementation européenne) est une bonne nouvelle à la seule condition qu’elle soit prolongée par des consultations populaires sur les choix stratégiques de l’entreprise. La démocratie commencerait à prendre son sens réel.
Jean-Hugues SAVIGNY
Front de Gauche


