Trafic de cocaïne : un "gros poisson" qui rêve de reprendre le large

Mardi dernier, un franco mauricien de 33 ans, mis en examen pour trafic de stupéfiants, a fait appel de son placement en détention provisoire alors que tout le désigne comme la tête d’affiche d’un réseau très lucratif.
L’enquête débute de façon très classique le 20 juillet 2024. Les douaniers interceptent une mule à son arrivée à l’aéroport. Celle-ci est en possession de 800 grammes de cocaïne d’une pureté remarquable. Rebelote le lendemain avec l’arrestation d’une mule qui transporte plus de 600 grammes de poudre d’une qualité tout aussi exceptionnelle.
Six jours plus tard, les enquêteurs arrêtent un comparse à l’aéroport Roland Garros. La mule d’argent s’apprêtait à prendre l’avion avec 15.000 euros en espèces. D’autres interpellations vont suivre. De fil en aiguille, les policiers identifient celui que ses lieutenants et les petites mains du trafic désignent comme la tête de réseau. L’un d’eux précise qu’il est investi dans le trafic de cocaïne depuis 2024.
250.000 euros de revenus suspects
Nick S. est un franco-mauricien de 33 ans jusqu’à présent inconnu au bataillon. Son casier judiciaire a beau être vierge, il n’en demeure pas moins que 70 grammes de cocaïne sont retrouvés chez lui en perquisition. Il est en outre équipé du matériel permettant de conditionner la drogue pour la revendre au détail.
En garde à vue, Nick S. se présente comme un petit dealer de seconde zone sans véritable lien avec le réseau traqué par les enquêteurs. Le problème est qu’en épluchant ses comptes bancaires, les policiers découvrent des flux financiers hors du commun avec des versements par mandat ou directement en liquide. Le franco-mauricien n’a pas seulement un train de vie dispendieux. Il a perçu jusqu’à 250.000 euros de revenus injustifiés en l’espace de deux ans.
51 voyages en 30 mois
Autre curiosité : Nick S. est un grand voyageur. Du mois d’août 2023 à la fin de l’année 2025, il a pris l’avion à 51 reprises pour se rendre à l’Ile Maurice, dans l’hexagone mais souvent aussi dans les Caraïbes. Ce qui conforte l’idée selon laquelle il vit au-dessus de ses moyens même s’il a pu accumuler un joli paquet de Miles.
Mais en s’intéressant de près à ses escapades, les enquêteurs ont fait une autre découverte. Il s’avère que Nick S. change d’identité au gré de ses voyages, utilisant tour à tour le nom de famille de son père ou de sa mère. Dans son cas, il y a tout lieu de suspecter une volonté de sa part de rester sous les radars.
« Le goût du lucre » et « un risque de fuite »
Fort de tous ces indices, l’avocate générale a requis le maintien en détention de Nick S. au motif que des investigations restaient à mener, notamment des auditions. Elle a invoqué aussi un risque de réitération de l’infraction pour un mis en examen qui a « le goût du lucre ». Enfin, elle met en avant « un risque de fuite » sachant qu’il risque une lourde condamnation et qu’il a la double nationalité franco-mauricienne. Sans compter, ajoute la magistrate, « que la coopération avec Maurice est incertaine et régulièrement inopérante ».
En défense, son avocate plaide en faveur d’un placement sous contrôle judiciaire. Quant à Nick S., il a pris brièvement la parole pour réaffirmer qu’il n’était pas le donneur d’ordre et qu’il aurait simplement rendu service à des voyageurs pour l’achat de billets d’avion. Surtout, il souhaite sortir de prison le temps de recevoir des soins pour régler des problèmes de pression sanguine.


