Placardisé aux archives, l’ancien DRH du SDIS se rebiffe

Après sa plainte pour harcèlement en 2015, l’ancien DRH du SDIS de La Réunion avait reçu une nouvelle affectation, avec maintien de ses responsabilités, avant d'être propulsé un an plus tard chargé de mission au service des archives et du courrier. Il a obtenu l’annulation de la décision au tribunal administratif.
Si certains pensaient que la mutation au service des archives en guise de sanction constituait un cliché des séries policières, l’affaire de l’ancien directeur des ressources humaines (DRH) du Service départemental d’incendie (SDIS) de La Réunion pourrait les amener à changer d’avis.
L’histoire est arrivée à un agent du SDIS, un cadre disposant du grade d’attaché principal depuis décembre 2016 et qui, après avoir occupé les fonctions de DRH de janvier 2012 à avril 2023, a été nommé chef de groupement expertise en action sociale (GEAS). Moins d’un an plus tard, en février 2024, l’homme est affecté comme chargé de mission au service des archives du SDIS, une mutation qu’il considère comme un détournement de pouvoir et qu’il va contester devant le tribunal administratif.
L'agent au cœur de "débats houleux" avec les syndicats selon le SDIS
Dans sa requête, il fait valoir la perte de son statut de chef et de ses prérogatives, l’absence de communication qui lui aurait été faite de son dossier ou encore la non-publication d‘avis de vacance de poste. Pour l’ancien DRH, son affectation aux archives du SDIS "présente le caractère d’une sanction déguisée", d’autant qu’il s’affirme victime de harcèlement moral de la part de son directeur.
Selon la défense du SDIS, la mutation de l’agent aurait à voir avec les "débats houleux" qui l’opposaient aux syndicats dans le cadre de sa mission de chef de groupement expertise en action sociale, dont l’avancée des travaux est qualifiée de "laborieuse". Mais le Service départemental d’incendie ne nie pas que le scandale interne et médiatique provoqué par l’enquête sur des soupçons de fraude, de favoritisme et détournement d'argent public a pesé dans la balance.
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La contestation par les syndicats de l’ancien DRH aurait ainsi "été accentuée par le placement en garde à vue de l’agent ainsi que de deux autres cadres de l’établissement en février 2023, concernant une enquête, toujours en cours, de détournement de fonds publics".
Une procédure irrégulière selon le tribunal
Dans son jugement en date du jeudi 2 avril, le tribunal administratif considère que "si dans ce contexte, le SDIS de La Réunion a fait le choix de réaffecter l’intéressé dans un service distinct", l’agent aurait toutefois dû être en mesure de consulter son dossier individuel et que la procédure du SDIS était donc irrégulière. Sans même examiner les autres moyens développés par le requérant, les magistrats ont donc annulé la décision d’affectation aux archives de l’ancien DRH.
L’affectation de l’ancien DRH du SDIS dans les placards sombres des archives a sans doute aussi à voir avec une volonté de remplacement des cadres administratifs par des pompiers professionnels, pas toujours bien préparés aux nouvelles tâches dont ils avaient la charge. Cette politique était motivée, dit-on, par l’ambition de la direction de l’époque de s’entourer d’hommes de confiance, voire de se débarrasser de cadres gênants.
Une enquête pour détournement de fonds publics qui patine ?
Dans une ordonnance de juillet 2017 du tribunal administratif, le juge des référés avait déjà suspendu une décision de la présidente du SDIS d'alors, Nassimah Dindar, visant au retrait de l'avancement de l'agent, accusé d'avoir subtilisé... des « parapheurs contenant quatre arrêtés d'avancement ». Une affaire rocambolesque qui n'était peut-être pas sans lien avec la plainte pour harcèlement moral adressée par le DRH à son directeur. Le juge avait ainsi relevé à l'époque qu'eu « égard au motif de fraude qui a été retenu et des graves accusations dont il a fait l'objet portant atteinte à sa réputation, alors que la matérialité des faits n'est pas avérée, l'exécution de l'arrêté litigieux est susceptible de porter à la situation professionnelle et morale de l'agent (...) dont la situation de santé s'est considérablement dégradée. »
Demeure l’interrogation sur le suivi de l’enquête pour laquelle l'homme avait été placé en garde à vue en février 2023, un dossier pourtant présenté comme "prioritaire" par la procureure de la République Véronique Denizot au moment où plusieurs employés du SDIS étaient entendus à la Redoute.


