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Saint-André : « Des logements indignes d’un département français »

Ecrit par Philippe Madubost – le vendredi 11 juillet 2025 à 07H02

Moisissures, infiltrations, problèmes électriques… Déjà contraints de vivre dans des conditions insalubres depuis plusieurs années, les locataires de deux résidences de la SIDR ont vu leur quotidien encore se dégrader après le passage de Garance. Certains sont privés de courant depuis. Avec le soutien de la mairie et de la CNL, ils ont demandé hier des comptes au bailleur.

La colère est à la hauteur de l’exaspération. Depuis plusieurs années, des dizaines de familles, locataires des résidences Les Embruns et La Mer, situées à Champ-Borne, vivent dans des conditions insalubres. Plutôt que les embruns marins, c’est l’humidité et l’odeur de moisi qui prend au nez dans la plupart des appartements, une fois le palier passé.

Au plafond, sur les murs, autour des prises de courant, les moisissures et champignons envahissent les lieux. « Ça fait quatre ans qu’on vit dans la moisissure, qu’on tombe malade… », lance une mère. « Chez moi, c’est une piscine quand il pleut ! On n’a même pas d’eau chaude. C’est un scandale ! »

Mère d’une fille âgée de 5 ans asthmatique, Leila a laissé exploser sa colère hier devant le bailleur : « Moi lé fatiguée, épuisée, parce que je ne peux pas dormir correctement, le matin mon enfant me demande un médicament parce qu’elle a mal à la tête à cause de ce qu’on respire. Moi je suis réglo, je paye mon loyer et l’assurance. C’est à cause de notre statut social que vous n’avez pas de cœur pour nous ? »

Son appartement est lui aussi couvert de moisissures. Elles sont apparues il y a quatre ans « et ça fait quatre ans qu’on ne nous prend pas au sérieux ».

"On dort dans les moisissures"

Des plafonds effondrés, des rats dans les cuisines, des prises de courant entourées de champignons : la liste est longue. « Ici, on se lève, on mange et on dort dans les moisissures », résume une habitante. « Dès qu’il pleut, ça coule de partout. »

Et depuis Garance, la situation s’est encore aggravée. Une partie du toit est « gravement endommagée », entraînant des infiltrations importantes. De nombreuses fenêtres ne ferment plus et plusieurs logements sont privés de courant ou n’ont de l’électricité que dans quelques pièces. C’est avec la lampe de son téléphone allumée qu’on passe d’étage en étage une fois la nuit tombée.

Pour Éric Fontaine, administrateur de la CNL, le stade de l'urgence est depuis longtemps dépassé : « Une fois de plus, un immeuble est signalé en péril, une partie du toit s’est envolée. Il n’y a plus de fenêtres, des problèmes électriques graves… C’est indigne d’un département français ». Il cite : « La résidence La Mer, c’est 24 appartements, 23 sont jugés insalubres et inhabitables. Vous, vous n’iriez jamais vivre dans ces logements. », assène-t-il au directeur de la SIDR, Laurent Pinsel, présent hier à la mairie de Champ-Borne lors d’une réunion organisée par la mairie avec le collectif d’habitants.

Le directeur de la SIDR s'est engagé à un début des travaux avant la fin du mois.

« C’est dommage d’en arriver là. Ce sont des logements où vivent des hommes et des femmes. Quand on a des responsabilités, on ne peut pas fermer les yeux. Le logement, c’est le socle pour vivre en bonne santé. Des gens payent un loyer et doivent bénéficier de logements salubres et en bon état », cadre Joé Bédier, également en direction du bailleur.

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La SIDR promet des travaux

Après avoir ciblé une situation héritée de Garance, le directeur de la SIDR, Laurent Pinsel, reconnaît dans un second temps des « problématiques techniques », déjà présentes avant le cyclone.

Le bailleur s’engage à débuter les premiers travaux avant la fin du mois : « Le temps administratif et des financements est long mais aujourd’hui les évaluations sont réalisées (…) Deux maîtres d’œuvre ont été désignés. L’évaluation technique est faite. Nous en sommes à la phase de chiffrage, avec des montants importants à mobiliser. Les assurances sont saisies, nous sommes prêts à engager les travaux, des réponses seront apportées locataire par locataire. »

Une évaluation par logement pas encore totalement terminée, apprendra-t-on au fur et à mesure de la réunion. Elle doit être complétée rapidement, s’engage à son tour le maître d’œuvre.

La SIDR, par la voix de son directeur, assure vouloir « remettre à niveau » les résidences. « Il y avait des défauts avant le cyclone. C’est le moment d’agir. Une équipe est mobilisée, les devis sont prêts ».

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La CNL veut aller au tribunal

Pas suffisant pour la CNL qui demande à la mairie la saisine du tribunal administratif pour qu’un expert judiciaire soit nommé afin d’évaluer la gravité de la situation. « Nous nous opposerons à une opération cosmétique. Il faut remettre des toitures, des gouttières. On parle de logements jetables. »

Les habitants disent ne plus y croire : « Pourquoi maintenant, et pas il y a quatre ans ? », s’interroge l’une d’entre eux, remerciant la mairie et la CNL pour leur soutien. « On n’est pas rassurés », conclut-elle.

La commune promet un suivi. « Si manquement il y a, nous avons les outils pour agir. Si ça continue, j’engagerai des procédures de mise en péril. C’est aussi mon devoir. », assure Joé Bédier.

En attendant, les habitants continuent de vivre dans ce qu’ils dénoncent comme des taudis. « Ce sont des logements passoires, jetables ! Allez dormir dedans, vous verrez ! », lance une résidente sous les applaudissements.


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