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Réorganisation chez Les Républicains : la droite réunionnaise à la croisée des chemins

Ecrit par S.I. – le vendredi 16 mai 2025 à 07H22

Alors que Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau sont à la lutte pour la présidence nationale du parti Les Républicains (LR) les 17 et 18 mai prochains, la section locale du parti à La Réunion cherche aussi son nouveau leader. Depuis le décès de Michel Fontaine, les militants et sympathisants attendent un renouveau en vue des prochaines échéances électorales.

Le décès de Michel Fontaine le 27 mars a profondément bouleversé l’équilibre de la droite réunionnaise. Patron incontesté des Républicains (et de l’UMP auparavant), le maire de Saint-Pierre avait su, au fil des années, imposer un leadership fort, en maintenant un équilibre entre le local, le national et les intérêts parfois divergents des figures de droite sur l’île. 

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Depuis, l’intérim est assuré par Béatrice Sigismeau, secrétaire départementale du mouvement, en attendant l’élection d’un nouveau président qui pourrait intervenir aux alentours d'octobre/novembre 2025. Alors que Laurent Wauquiez, président du groupe Droite républicaine à l'Assemblée nationale, et Bruno Retailleau, ministre de l'Intérieur, sont en course à la présidence des LR au niveau national, les regards se tournent aussi vers La Réunion où la question du leadership se pose avec insistance. Si aucune candidature officielle n’a encore été annoncée, quatre figures de la droite locale émergent nettement auprès des militants.

Viviane Malet, la continuité assumée du fontainisme

Viviane Malet est sans conteste la plus "légitime" sur le papier. Fidèle parmi les fidèles, elle incarne la continuité politique et personnelle de Michel Fontaine. Son ancrage sénatorial, sa connaissance des réseaux parisiens et sa proximité avec Bruno Retailleau, favori des sympathisants LR selon un sondage IFOP (65 % des préférences contre 35% pour Laurent Wauquiez) mais aussi son ancien chef de groupe au Sénat, jouent en sa faveur. Mais cette légitimité pourrait être à double tranchant. Si elle rassure les militants, elle n’incarne pas nécessairement le renouveau. Et surtout, son profil discret soulève une question centrale : peu présente dans l'animation du réseau LR dans l'île, pourra-t-elle incarner une autorité politique forte face à des personnalités plus affirmées ? 

René-Paul Victoria : l’expérience mais aussi le poids du passé

Ancien maire de Saint-Denis et vétéran de la droite locale, René-Paul Victoria possède un solide pedigree. Président de l'ex-UMP, il représente la droite sociale et populaire, héritière du chiraquisme, et reste apprécié des militants LR qui louent sa fidélité au mouvement ainsi que sa proximité. Mais son parcours est marqué par plusieurs revers électoraux (municipales de 2008 et 2014, législatives de 2012 et 2024). Son retour éventuel à la tête des LR serait vu par certains comme un signal de repli sur le passé. Par ailleurs, il ne dispose plus d'aucun mandat et n'a plus de machine politique derrière lui. Toutefois, son profil pourrait séduire ceux qui recherchent une figure rassurante.

David Lorion, le poids du Sud et d’un fief LR solide

C’est sans doute le profil le plus stratégique à moyen terme. Maire de Saint-Pierre, réélu largement par le conseil municipal, président de la CIVIS, ancien député : David Lorion a su capitaliser sur l’héritage de Michel Fontaine tout en imposant sa propre patte. Il pourrait bénéficier du poids numérique de sa commune, la plus importante en nombre d’adhérents LR à La Réunion (près de la moitié des 540 adhérents que compte la fédération à travers l'île), et d’un ancrage solide dans le Sud. En se positionnant comme un homme de terrain, proche des élus et des militants, qui connaît ses dossiers, David Lorion incarne une droite de gestion et de stabilité. Bon orateur, il pourrait fédérer au-delà de Saint-Pierre, mais sa posture prudente jusqu’ici le rend moins visible que ses éventuels concurrents. 

La rumeur Cyrille Melchior

Enfin, un quatrième nom suscite la curiosité : celui de Cyrille Melchior, président du Département de La Réunion. Bien que sa stature politique en fasse un poids lourd de la droite locale, son éventuelle candidature apparaît peu crédible aux yeux des militants. D’abord parce que Cyrille Melchior, malgré sa récente adhésion aux LR, est considéré comme un historique de la droite réunionnaise, mais pas du mouvement. Ensuite, sa proximité avec la majorité présidentielle lui est reprochée par certains militants, qui pointent sa "Macron-compatibilité". De plus, son profil relativement discret sur la scène médiatique locale contraste avec l’image d’un leader partisan. Enfin, et surtout, Cyrille Melchior semble se concentrer sur un projet personnel : le lancement de sa propre plateforme, Nouvel’R, prévu selon nos informations pour juin prochain à l’Étang-Salé.

Lire aussi : Cyrille Melchior lance "Nouvel’R" pour défendre la départementalisation à La Réunion

Vers une recomposition à plusieurs vitesses ?

Ce flou autour de la succession à La Réunion s’inscrit dans une tendance nationale : celle d’un parti Les Républicains en recomposition idéologique et stratégique. Avec d'un côté Bruno Retailleau, représentant d’une droite conservatrice et assumée, et de l'autre Laurent Wauquiez, porteur d'une droite plus sociale, avec la lutte contre "l'assistanat" comme principal leitmotiv. La prochaine direction nationale pourrait jouer un rôle plus actif dans le choix du futur président local, surtout si les candidats cherchent son adoubement.

Mais la droite réunionnaise doit également se réinventer à l’échelle locale. Les prochaines élections municipales de 2026 représenteront un test décisif, mais aussi d’éventuelles législatives anticipées, selon l’évolution du contexte national. Saint-Pierre, bastion historique des Républicains depuis deux décennies, reste évidemment un pôle stratégique. Mais la reconquête du nord de l’île, en particulier Saint-Denis, mais aussi de l'Ouest (Saint-Paul) ou de l'Est (Saint-André) seront des priorités pour le futur dirigeant.

De plus, le choix du futur président ou de la future présidente de la fédération ne pourra donc se limiter à une simple logique d’héritage. Il s’agira d’abord de clarifier la ligne politique du mouvement, dans un contexte de fragmentation de la droite, et de reconstruire un appareil militant fragilisé par les divisions internes et les récents revers électoraux. Il faudra aussi reconquérir un électorat volatil, parfois séduit par d’autres forces politiques, notamment le Rassemblement national, tout en affrontant une gauche locale en regain de dynamique depuis les régionales.

Un leadership local à reconstruire pour peser à Paris

Pour espérer un renouveau politique, la section locale des Républicains doit impérativement regagner en visibilité, tant sur le plan politique que médiatique. Face à des concurrents bien implantés tels que le PLR, le Parti socialiste ou encore les forces insoumises, le parti de droite peine à s'imposer dans le paysage réunionnais.

Plusieurs militants LR pointent du doigt la stratégie de la fédération locale, à qui il est reproché ces dernières années de s'être concentrée exclusivement sur son bastion sudiste, au détriment des autres communes et sections. Certains membres du mouvement appellent même à un rééquilibrage territorial. L'idée serait de maintenir une présidence dans le Sud tout en confiant l'animation du réseau LR à des responsables implantés dans l'Ouest ou le Nord, afin de redynamiser la présence du parti sur l'ensemble de l'île.

Enfin, dans un parti en recomposition à l’échelle nationale, l’élu ou l’élue à la tête des LR Réunion devra également s’imposer comme un interlocuteur légitime auprès de la direction parisienne. Les investitures à venir en dépendront, tout comme les alliances ou les oppositions avec d’autres formations de droite ou du centre sur l’île. L’élection du futur président ou de la future présidente sera donc un test crucial pour l’avenir du parti sur l’île.

Etiquettes : CR | Les Républicains | LR

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