Un policier portois cuisiné par les “bœufs-carottes”

Lundi matin, des enquêteurs de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) ont placé en garde à vue un policier originaire du Port pour ses liens présumés avec la délinquance organisée en métropole. En 2021, François L.-L. avait déjà été condamné à un an de prison avec sursis par le tribunal judiciaire de Saint-Denis pour avoir livré des informations à Steven Morby sur une enquête en cours.
En novembre 2021, un policier en poste au commissariat du Port avait été mis sur le gril par le président du tribunal judiciaire de Saint-Denis, Stéphane Duchemin. Il lui était alors reproché d'avoir livré des informations sur une enquête concernant Steven Morby. Depuis lundi matin, les bœufs-carottes de l'IGPN le font mijoter à l'hôtel de police de Malartic à propos d'une enquête ouverte par le parquet de Paris.
La police des polices suspecte François L.-L. d'avoir renseigné non pas des caïds locaux, mais des voyous, semble-t-il plus chevronnés, dans la capitale. Les soupçons ne datent pas d'hier puisque l'affaire était déjà dans les tuyaux dans le courant de l'année 2023. Dans cette affaire de corruption présumée en lien avec la délinquance organisée, il n'est pas le seul à avoir été placé en garde à vue lundi. Selon nos informations, un autre policier en poste dans l'hexagone est, lui aussi, aux mains de l'IGPN.
Sous le pseudo de “Paul Lice”
En décembre 2021, François L.-L., alors âgé de 42 ans, avait été condamné à un an de prison avec sursis pour avoir tuyauté un membre du clan Morby alors impliqué avec un de ses cousins dans une affaire de règlement de comptes qui s'était soldée par des coups de feu sur une maison d'habitation et sur un véhicule. Quatre jours après les faits, Steven Morby avait été arrêté et son téléphone portable saisi. En explorant son appareil, les enquêteurs avaient découvert une galerie de messages capturés sur son compte Messenger. Plusieurs d'entre eux étaient l'œuvre d'un mystérieux interlocuteur qui échangeait avec le délinquant sous un pseudo cousu de fil blanc, celui de “Paul Lice”.
Les bribes de conversation indiquaient à l'évidence que Steven Morby était entré en contact avec un policier dans les heures qui ont suivi les coups de feu. “La semaine prochaine, ils vont sûrement te convoquer”, écrivait la taupe à Morby. “J'ai pas de souci avec ça”, répondait ce dernier. “Je ne vais pas te rappeler, car je ne suis pas censé t'avoir dit tout ça”, déroulait le policier en tenue. À un autre moment, il ajoutait : “Ils attendent l'audition des témoins pour te convoquer.” Et Morby de répondre : “J'attends que tu m'écrives.”
“Une petite bibliothèque de procès-verbaux”
À l'audience, François L.-L. avait prétendu avoir tenté de faire venir le suspect au commissariat, bien qu'il en ait jamais été question dans leurs conversations. Et puis, il n'en avait jamais informé sa hiérarchie ou les policiers en charge de l'enquête. Lesquels avaient observé l'étrange manège de leur collègue qui laissait traîner ses oreilles et qui s'installait sur leurs ordinateurs.
“On a retrouvé votre trace quand vous vous êtes connecté au logiciel pour vous renseigner sur la procédure”, lui avait fait remarquer le président Duchemin. Et le magistrat d'indiquer encore : “Il a été découvert dans votre téléphone personnel une petite bibliothèque avec des photos de procès-verbaux, de cartes grises et de pièces d'identité...”
Le parquet de Paris prolonge la garde à vue
Sans se démonter, le policier avait argué qu'il immortalisait des PV “quand le phrasé est bien” pour s'en inspirer. Il ira même jusqu'à prétendre qu'il avait caché à ses collègues qu'il tentait de faire venir à eux le caïd portois “par peur que quelqu'un dans le service ne le dise à Steven Morby et qu'il mette un contrat sur ma tête. Car on sait que des policiers renseignent les Morby...” À l'époque, il avait écopé d'un an de prison avec sursis et Steven Morby de trois de prison ferme pour recel d'informations. Suspendu de ses fonctions pendant deux ans, il avait ensuite réintégré la police dans un autre commissariat que celui du Port.
Suspecté de faits plus sérieux encore, le policier va-t-il user de la même audace face aux indices dont disposent les policiers de l'IGPN ? En tout cas, il a passé la nuit dernière à l'hôtel de police de Malartic après que le parquet de Paris a décidé de prolonger sa garde à vue, hier après-midi.


