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La Trinité a de l’avenir !

Ecrit par Marine Abat – le lundi 5 juin 2023 à 08H08

 Ce dimanche 04 juin c’était, pour les catholiques, la fête de la Sainte Trinité. Le prêtre en a parlé avec l’élan de la jeunesse. Le cœur y était, il savait susciter l’intérêt de l’assistance mais la difficulté, bien sûr, était de donner une image éclairante et non pas trompeuse de ce qui reste connu comme un... mystère !

Lancé avec enthousiasme dans cet exercice périlleux de pédagogie, le prêtre, tout en parlant, a désigné près de l’autel une composition florale faite avec trois types de fleurs. Ce bouquet illustrait peut-être l’idée du trois-en-un, mais il ne permettait pas un rapprochement avec la Trinité, pas davantage que ne l’autorisent a priori les triplettes, triades ou trilogies innombrables qui peuplent notre quotidien sans que nous y prêtions attention.

Par exemple, un trépied, un bijou fait de trois pierres précieuses, trois bouchées au chocolat dans un joli sachet ou l’île de la Réunion avec ses trois cirques figurent aussi très bien le trois-en-un mais ne reflètent en rien la Trinité. De fait, on constaterait la même unité avec quatre pieds, quatre pierres précieuses, quatre bouchées au chocolat ou quatre cirques sur l’île (s’il devait s’en former un nouveau).

Bref, l’unité est ici sans lien nécessaire avec la nature des éléments qui la composent et elle revêt donc, sous ce rapport, un caractère abstrait. On pourrait dire qu’elle se trouve seulement dans l’œil de l’observateur. Celui-ci la projette sur l’ensemble considéré, qui reste intrinsèquement épars. Autrement dit, les composantes de l’unité perçue sont, à chaque fois, des entités séparées qui ne se trouvent rassemblées que pour la circonstance, par la fonction qu’elles assurent ensemble au regard de l’observateur. Un cirque de la Réunion pourrait disparaître (sous la lave par exemple), un nouveau pourrait apparaître, la Réunion resterait la Réunion.
Bref, le mystère de la Sainte Trinité ne se laisse pas appréhender par des analogies faciles. Il importe assurément d’œuvrer à le rendre plus proche, toutefois comme disait Einstein : « Tout doit être aussi simple que possible, mais pas plus simple ». Même en visant la simplicité, il y a risque de tomber dans l’excès !

Pour la Trinité, classiquement, ce dernier a consisté soit à séparer les trois personnes et à verser ainsi dans un trithéisme — donc une forme de polythéisme —, soit à les (con)fondre en une seule ayant trois manières de se présenter, à savoir, un mode paternel, filial et spirituel — auquel cas il n’y aurait plus lieu de parler de Trinité puisque nous serions revenus au monothéisme monolithique des origines avec, simplement des « facettes » au travers desquelles l’Un nous apparaîtrait.

La recherche d’un tertium, — c’est-à-dire, d’une troisième voie qui permette de dépasser cette fâcheuse alternative — a préoccupé les meilleurs esprits depuis l’aube de la Chrétienté et, bien que l’on se soit accordé sur les termes du dogme, le mystère reste entier. C’est pourquoi, décidément, il est prudent et même sage de ne pas s’enthousiasmer trop vite lorsqu’on pense reconnaître un reflet de la Trinité dans la nature.

Par exemple, si la communication constitue une forme de relation, l’inverse n’est pas vrai. Bien des relations se passent de communication. Il me semble donc qu’il n’était pas judicieux de supposer que les trois personnes de la Trinité étant en relation les unes avec les autres, elles doivent communiquer comme le font, par exemple, les cellules de notre corps. Car cela impliquerait qu’à l’instar de ces dernières, les personnes de la Trinité sont à distance l’une de l’autre. Or, cela ne peut pas être le cas puisque, justement, les trois personnes de la Trinité sont unes. Elles sont en communion et n’ont donc aucun besoin de communication, encore moins d’information. Autrement dit, le fait que nous puissions distinguer les trois personnes de la Trinité ne signifie pas qu’elles soient distinctes, c’est-à-dire, séparées de quelque manière. Il faut y insister, elles sont unes et c’est donc bien une triunité qu’il faut entendre et comprendre quand on évoque la Trinité.

Tout bien considéré, sans exclure qu’il se puisse trouver des reflets éclairants de la Trinité autour de nous, il me semble que le miroir le plus éloquent et donc le plus édifiant c’est celui offert par l’âme humaine qui, de manière intéressante, s’est trouvée « naturalisée » par une science : la psychologie. Or, l’objet de cette dernière, la psyché, est parfaitement triunitaire puisqu’on sait depuis Platon que des représentations y sont traitées (cognitif) dans un contexte affectif afin d’organiser l’intentionnalité (conatif), c’est-à-dire, tout ce qui relève de l’effort, du désir, de la volonté etc.

Le psychique est constitué de ces trois dimensions qu’il est aisé de distinguer mais qu’on ne peut séparer sans faire violence à la réalité du mental et du comportemental. Voilà, par conséquent, où il serait judicieux, je crois, de faire porter le regard si on souhaite vraiment s’approcher de la Trinité : au cœur de l’Homme et de sa psyché. Nous croyons qu’il est à l’image et à la ressemblance de Dieu, donc, forcément, il est à l’image de la Trinité. Si la science vient à l’appui de ces convictions alors, franchement, il ne faut pas se gêner. Si les matérialistes doivent manger leur chapeau, tant mieux, cela leur fera le plus grand bien. Ce serait même un juste retour des choses. Quoi qu’il en soit, comme je ne peux m’attarder davantage ici, ceux qui souhaiteraient approfondir le sujet dans cette direction pourront utilement lire un petit article introductif sur la question que j’ai écrit il y a peu. Il s’intitule « La Trinité, c’est plus fort que toi !  ».  C’est de la provocation, au sens étymologique ! 😊

Luc-Laurent Salvador

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