Les voleurs de bonheur

De quoi s’agit-il ? Ma fois, c’est un système fort simple, à la portée de n’importe quel imbécile venu. Il est d’ailleurs probable que même nos primitifs ancêtres préhistoriques, l’avaient envisagé. Mais tout a réellement commencé dans les pays froids ou tempérés. Là, le chasseur-cueilleur ne pouvait plus vivre toute l’année de ses cueillettes. Selon les régions, l’hiver improductif pouvait durer de quelques semaines à plusieurs mois. Alors est intervenu l’idée qu’il fallait prévoir des réserves. Quoi de plus naturel et logique ? Mais notre ami La Fontaine l’a bien vu. Il n’y eut pas que des fourmis, il y eut aussi des cigales imprévoyantes. Chacun pour soi et Dieu pour tous, dit-on. C’était sans compter le raisonnement de ceux qui ont vite compris que dans ces conditions, une réserve c’est de l’or. C’est ainsi qu’a commencé le commerce puis rapidement, la spéculation sur la valeur des réserves, l’augmentation de la puissance des meilleurs spéculateurs, pour aboutir, in fine, à la suprématie de la spéculation au détriment du partage, de l’harmonie, du respect de l’autre, de l’amour.
A l’heure où le Monde vacille dans la disharmonie, il est bon de s’en souvenir. L’inégalité fait partie de la vie. Mais l’excès d’inégalité, comme tous les excès, est source de tensions insupportables, et à terme, de destructions.
- Références : Se reporter aux ouvrages écrits dans les années 1900, par un certain Edward Bernays. Alors que les humains ne demandent rien d’autres que de vivre en harmonie avec leur territoire et leurs semblables, Bernays invente la manipulation des foules et ce qu’il appelle la fabrication du consentement. L’un de ses premiers livres publié en 1928 s’intitule : « Comment manipuler l'opinion en démocratie ». C’est ainsi qu’aux États Unis, il permit à une minorité de manipuler à sa guise la majorité d’un peuple, dans l’unique but de s’enrichir. Mais il ne s’arrêta pas là. Il s’attaqua également à la politique. Cela consista à pervertir les démocraties pour faire plier les volontés des masses aux desseins des élites, en toute non-violence. Il a su exploiter les avancées apportées par son oncle, Sigmund Freud ainsi que le rayonnement scientifique de ce dernier dans le domaine de la connaissance de l’irrationalité, à des fins économiques idéologiques et politiques. Sa discrétion dans notre paysage culturel actuel est inversement proportionnelle à l’ampleur de son influence. Même dans les agences de pub ou dans les services de relations publiques, son nom est presque inconnu, tout du moins en France. Il faut dire qu’il était un fervent partisan d’une gouvernance de l’ombre et ses écrits ne tarissent pas sur ce sujet. « Créer du besoin, du désir et créer du dégoût pour tout ce qui est vieux et démodé » furent un de ses leitmotiv. « Fabriquer du consentement », « Cristalliser les opinions publiques » furent les titres de 2 de ses œuvres écrites. « Dompter cette grande bête hagarde qui s’appelle le peuple qui ne veut ni ne peut se mêler des affaires publiques et à laquelle il faut fournir une illusion » en fut un autre.


