Éducation des enfants : pourquoi la loi anti-fessée peine à s’imposer

Sept ans après la loi du 10 juillet 2019 interdisant les "violences éducatives ordinaires", les pratiques restent profondément ancrées dans les familles. Selon une étude Ifop publiée par la Fondation pour l'enfance,"32% des parents estiment encore que certains enfants ont besoin de punitions corporelles pour apprendre à bien se comporter".
Lire aussi : Il est désormais interdit de donner une fessée à un enfant
La loi de 2019 interdisant les violences éducatives ordinaires n’a pas suffi à faire disparaître la fessée. Les résultats du dernier baromètre de la Fondation pour l’enfance, réalisé par l’IFOP début 2026, et publiés ce vendredi 17 avril, dressent un constat : ces pratiques restent largement répandues et souvent justifiées par les parents.
Selon l’étude, 36 % des parents estiment encore que la fessée est acceptable dans un cadre éducatif. Un chiffre qui traduit une persistance forte des châtiments corporels, malgré leur interdiction légale.
Au-delà de la seule fessée, c’est l’ensemble des violences éducatives qui demeurent massives. L’enquête révèle que 83 % des parents reconnaissent avoir eu recours, au cours des douze derniers mois, à des violences verbales ou psychologiques envers leur enfant, comme les cris ou les menaces.
Dans le détail, 68 % des parents admettent avoir déjà crié sur leur enfant, 30 % avoir donné une tape, et 22 % une fessée. Plus largement, 37 % reconnaissent avoir exercé au moins une violence physique.
Ces chiffres montrent que ces gestes, souvent considérés comme anodins, restent profondément ancrés dans les pratiques éducatives.
Une efficacité encore revendiquée
Malgré les recommandations des spécialistes, une partie des parents continue de défendre ces méthodes. Près d’un quart d’entre eux considèrent encore la fessée comme efficace pour éduquer un enfant.
L’étude va plus loin : 32 % des parents estiment que certains enfants ont besoin de punitions corporelles pour apprendre à bien se comporter, tandis que 23 % jugent que les parents qui y ont recours ont raison de le faire.
Dans certaines situations, ces pratiques sont même perçues comme légitimes : 39 % des parents les justifient face à un comportement violent de l’enfant, et 21 % en cas de désobéissance.
Les pères ont davantage recours aux punitions corporelles
Le baromètre met également en évidence des écarts selon le profil des parents. Les pères apparaissent plus enclins à légitimer les punitions corporelles : 40 % d’entre eux estiment qu’elles sont nécessaires dans certains cas, contre 25 % des mères.
Cette différence souligne le poids des représentations éducatives et des modèles transmis au sein des familles.
En France, la loi interdit pourtant clairement toute violence physique ou psychologique dans l’exercice de l’autorité parentale. Mais sur le terrain, cette interdiction reste encore mal connue ou peu appliquée.
Le baromètre souligne que plus de 1 000 parents ont été interrogés début 2026, et que malgré une légère évolution des mentalités, les comportements changent lentement.
Le manque de sensibilisation est régulièrement pointé comme un frein majeur. Sans accompagnement ni pédagogie, la loi peine à transformer les pratiques éducatives.
Les spécialistes rappellent que ces violences, même qualifiées d’“ordinaires”, ne sont pas sans effets. Un enfant exposé régulièrement à des cris ou à des gestes violents peut développer, à long terme, des troubles anxieux, des difficultés relationnelles ou des comportements agressifs.
Malgré cela, une contradiction persiste : une partie des parents reconnaît les risques tout en continuant à utiliser ces méthodes.
Si les mentalités évoluent progressivement, la banalisation des violences éducatives reste donc forte en France. Entre héritage culturel et manque d’information, la transition vers une éducation sans violence apparaît encore inachevée.


