Le chemin de la guerre à la paix est en nous

Dans nos sociétés, que nous disons évoluées et civilisées, semées d’épreuves et de tribulations, notre impuissance collective nous condamne à nous apitoyer sur les guerres et les morts quand d’autres s’arment encore et encore pour semer la peur et la mort sur leurs passages.
Hier 14 - 18, 39 - 45, Vietnam, Corée, Indochine, Congo, Afghanistan, Libye, Rwanda…. aujourd’hui Russie - Ukraine, Israël – Palestine, Soudan… Et demain la même litanie sans fin…
De là où nous sommes nous ne pouvons rien pour ces pays, juste de la compassion pour les peuples massacrés et quelques dons ici et là qui n’y changeront rien.
Dans ce monde il y a ceux qui font la guerre et tous ceux qui là où ils sont (dont moi-même) par leur indifférence, inaction, permettent de réunir les conditions à l’origine de ces guerres.
L’absence de guerre n’est pas la paix. Ici, notre territoire Réunion n‘est pas à l’abri d’une guerre civile dès lors que les indicateurs de développement humain clignotent plus vers le rouge : Taux de chômage des jeunes, taux de la population vivant sous le seuil de pauvreté, et bien d’autres facteurs bloquants qui font glisser notre territoire vers une société digne du Tiers-monde. Tiers-monde où la richesse reste le privilège de la minorité et la pauvreté le lot de la quasi-totalité. Pauvres à qui sera distribué un chèque inflation, une chèque carburant, autant de cadeaux du généreux gouvernement aveugle ou impuissant face à l’évasion fiscale de la minorité.
Des atteintes à la dignité humaine d’autant plus graves qu’elles sont sournoises et insidieuses, ne choquant plus personne, ne soulevant plus l’indignation, et deviennent banales pour ne pas dire acceptables car acceptées aux yeux de tous.
Banalisation de la violence révélatrice de nos consciences anesthésiées.
Tellement anesthésié que le sang versé sur les champs de guerre ici et là ne suscite un sursaut de conscience que le temps de la diffusion des images.
Du combat sacrificiel de quelques leaders du Tiers-Monde, de Gandhi, à Lumumba, Sankara, Ben Barka, Guevara….icônes de la décolonisation, la donne a changé en matière géopolitique, sans toutefois atteindre les objectifs de développement humain encore attendu désespérément.
Les territoires ayant échappé à la tutelle politique des colonisateurs, demeurent, comme tous les peuples de la terre sous l’emprise des forces de l’argent. Visage d’un néocolonialisme dont la rapacité sans limite s’autorise à violer les droits humains fondamentaux. Les multinationales qui y sont implantés fonctionnent avec un double visage. Une communication véhiculant au travers de l’éthique et de la conformité une image de bienveillance pour mieux camoufler leurs véritables visages et leurs réelles intentions d’une course à l’hyper profit.
Tout cela est rendu possible par un système organisé autour d’un management par la peur, protégeant celles et ceux qui sont les disciples de la soumission servile à l’autorité et diabolisant celles et ceux qui leur rappellent leur propre code de conduite. La diabolisation-stigmatisation est l’étape préalable à l’élimination de la personne par les méthodes rappelant le système de purge politique des tribunaux staliniens. Et toute une chaine de déresponsabilisation individuelle de tous ceux qui y participent en tant qu’acteurs ou collaborateurs.
La soumission c’est l’adoption d’un comportement obéissant à des ordres contraires à notre conscience.
L’expérience de Stanley Milgram (référence Wikipédia) dans les années 60 est une expérience de psychologie publiée en 1963 qui évalue le degré d’obéissance d'un habitant des États-Unis du tout début des années 1960 devant une autorité qu'il juge légitime et permet d'analyser le processus de soumission à l'autorité, notamment quand elle induit des actions posant des problèmes de conscience au sujet.
Cette expérience s'inscrit dans un contexte historique important de la seconde guerre mondiale qui venait de se terminer et cette expérience permettait aussi de "comprendre" qu'il y eu un lavage de cerveau pour les soldats Allemands lors de la Shoah et une fois de plus la soumission à l'autorité.
Lorsque l'individu obéit, il délègue sa responsabilité à l'autorité et passe dans l'état que Stanley Milgram appelle « agentique ». L'individu n'est plus autonome, c'est un « agent exécutif d'une volonté étrangère ».
Milgram expliquera aussi par la suite que le comportement de la plupart des Allemands (et collaborateurs) sous l’Allemagne nazie était explicable par cette expérience. En effet, ils suivaient selon lui les ordres d'une autorité qu'ils respectaient et étaient un des multiples « maillons » de la chaîne de l'extermination des Juifs. Un conducteur de train était ainsi « déresponsabilisé » de son travail, tout comme le gardien du camp, etc., et pouvait ainsi attribuer la responsabilité de ses actes à une autorité supérieure.
Dans son livre ‘’la soumission à l’autorité’’ Milgram insiste sur le fait que les situations d'autorité des régimes fascistes ne sont pas absentes des sociétés occidentales :
« Les exigences de l'autorité promue par la voie démocratique peuvent elles aussi entrer en conflit avec la conscience. L'immigration et l’esclavage de millions de Noirs, l'extermination des indiens d’Améroique, l'internement des citoyens américains d'origine japonaise, l'utilisation du napalm contre les populations civiles du Viêt Nam représentent autant de politiques impitoyables qui ont été conçues par les autorités d'un pays démocratique et exécutées par l'ensemble de la nation avec la soumission escomptée. »
Plus de 60% de la population, feraient ce que l’autorité ordonne de faire. Ce n’est pas sans rappeler cette anecdote, particulièrement éclairante avec un haut dirigeant de la première puissance financière européenne. Lors d’une réunion, ce dirigeant s’évertuait à faire l’éloge d’une banque qui est très respectueuse des lois et de ses devoirs…. A la fin de son intervention, je lève timidement le doigt et je prends la parole : ‘’ monsieur le directeur si j’ai bien compris cette même banque qui respecte toutes les lois a accepté de plaider coupable et de payer la plus forte amende de l’histoire de la finance ? ’’
Après quelques secondes d’un silence de cathédrale, ce dirigeant se lève, demande au secrétaire de séance de couper l’enregistrement et dit dans un moment de grande honnêteté : ‘’ vous savez, c’est qu’on m’a dit de vous dire, alors je vous le dis’’
Les ravages des guerres coloniales et des guerres économiques du néocolonialisme sont les mêmes. L’objectif reste le même : la course à l’hyper profit légitimée par tous ceux qui ont des intérêts matériels et économiques réciproques et convergents. Pour cela ils sont prêts à vendre leur propres frères (période de l’esclavage ) et à éliminer tous ceux qui sont considérés comme gênants dans leur ruée vers l’or.
Toutes les maladies de notre société : les guerres, les famines, les crises sociales, les crises économiques, les crises financières…, toutes ces maladies ne sont que les symptômes d’un seul et même mal : la soumission à l’autorité de la finance dévoyée.
Stanley Milgram finit d'ailleurs son livre (‘’La soumission à l’autorité’’) en faisant sienne une citation de Harold Laski : « … la civilisation est caractérisée, avant tout, par la volonté de ne pas faire souffrir gratuitement nos semblables. Selon les termes de cette définition, ceux d'entre nous qui se soumettent aveuglément aux exigences de l'autorité ne peuvent prétendre au statut d'hommes civilisés. »
Ce déficit de civilisation est la conséquence d’un déficit de spiritualité, cette incapacité de l’homme à transcender le matérialisme aliénant et à enfin réaliser l’essence primordiale de la Vie, de toute Vie.
Cette Vie qui est le premier de nos livres sacrés et source de toute inspiration nous donne à tous le pouvoir de ne pas être aux côtés de ceux qui détruisent ce monde.
Nous avons tous ce pouvoir de dire non aux déviances et transgressions,
Nous avons tous le pouvoir de refuser d’être les maillons de la corruption
Nous avons le devoir, car nous avons le pouvoir de ne pas ouvrir la voie triomphale à l’injustice et aux mensonges qui sont à l’origine des crises et des guerres
Et si les guerres peuvent être déclenchées par des mensonges, la paix peut être déclenchée par la vérité selon Julian Assange, alors il nous suffit de rester en résonance avec notre conscience, croire ce que nous disons, exprimer ce que nous ressentons et faire pour les autres ce que nous pensons être bon pour nous-mêmes …
La paix dans le monde sera alors la conséquence de notre paix intérieure !


