L’Autoroute de l’Eau : comprendre le projet qui va transformer l’alimentation en eau de l’Est

- CIREST -

par CIREST – le mercredi 1 juillet 2026 à 10H51

Vous ouvrez votre robinet et l’eau coule. Ce geste du quotidien repose pourtant, dans l’Est de La Réunion, sur des infrastructures vieillissantes et une ressource sous pression. Pour garantir durablement l’alimentation en eau potable des habitants des six communes du territoire — Saint-André, Saint-Benoît, Bras-Panon, Salazie, Sainte-Rose et la Plaine des Palmistes — la CIREST porte une ambition de long terme : l’Autoroute de l’Eau.

Comme l’a rappelé le président de la CIREST, Joé Bédier, lors de la revue de projets consacrée à l’eau et à l’assainissement :

« l’eau est aujourd’hui une priorité absolue pour notre territoire. Derrière chaque litre distribué se trouvent des infrastructures qui, pour certaines, n’ont pas suivi l’évolution démographique ni les besoins des habitants. Face au changement climatique, nous devons désormais penser autrement et investir durablement. »

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Un territoire en retard sur ses infrastructures

Contrairement à d’autres territoires de l’île qui bénéficient depuis plusieurs décennies d’ouvrages de transfert et de sécurisation, l’Est reste très dépendant de ses ressources locales, sans grand ouvrage structurant. Ce déficit historique fragilise la continuité du service lorsque les ressources se raréfient — ce qui arrive de plus en plus souvent avec le changement climatique.

Pour Joé Bédier, ce constat impose une réaction collective.

« Pendant longtemps, les investissements structurants ont principalement concerné d’autres territoires. Aujourd’hui, l’Est ne demande pas un traitement particulier : il demande simplement de disposer des infrastructures indispensables à son développement et à la sécurité de ses habitants. »

Le président rappelle également que les épisodes de sécheresse ne constituent plus des événements exceptionnels.

« Les tensions sur la ressource en eau vont devenir plus fréquentes. Notre responsabilité est d’anticiper ces évolutions plutôt que de subir les crises les unes après les autres. »


L’Autoroute de l’Eau, c’est quoi concrètement ?

L’image est parlante : de même qu’une autoroute relie les villes et fluidifie les déplacements, l’Autoroute de l’Eau désigne une infrastructure principale de transport d’eau qui relierait les sources de production aux réservoirs du territoire, et les communes entre elles.

L’idée est simple : ne plus dépendre d’une seule source par commune, mais créer un réseau interconnecté où l’eau peut circuler d’une commune à l’autre selon les besoins. Si Saint-Benoît dispose d’un excédent, Bras-Panon — aujourd’hui alimentée par un captage unique — pourrait en bénéficier. Si une ressource est temporairement indisponible, une autre prend le relais.

Ce projet vise à atteindre cinq objectifs :

  • sécuriser durablement l’alimentation en eau potable ;
  • renforcer les solidarités entre les communes ;
  • développer les ressources souterraines encore largement inexploitées ;
  • créer des interconnexions structurantes entre les réseaux ;
  • accroître la résilience du territoire face aux aléas climatiques.

Pour Joé Bédier, il s’agit d’un véritable changement de paradigme.

« Nous voulons construire un réseau capable de s’adapter aux aléas, capable d’acheminer l’eau là où elle est nécessaire, au moment où elle est nécessaire. Cette interconnexion constitue une garantie supplémentaire pour les générations futures. »


Un potentiel souterrain considérable dans l’Est

L’Est de La Réunion recèle un atout méconnu : ses ressources en eau souterraine sont abondantes et très peu exploitées à ce jour — entre 0,1 % et 0,6 % de leur capacité, selon les données de l’Office de l’Eau. Ce potentiel constitue un levier stratégique majeur pour l’avenir.

La CIREST travaille déjà, avec le BRGM et ses partenaires, à l’identification de nouveaux forages susceptibles de diversifier durablement les ressources disponibles.

Comme l’a souligné Joé Bédier :

« Notre territoire possède un potentiel hydraulique considérable. Nous avons la responsabilité de mieux le connaître, de le préserver et de le mobiliser intelligemment pour garantir l’approvisionnement des habitants sur le long terme. »


Où en est-on ?

L’Autoroute de l’Eau est un projet à l’horizon 2050. Une étude de faisabilité est actuellement en cours pour définir le tracé, les sources mobilisables et le coût de l’infrastructure. Plusieurs scénarios techniques sont à l’étude. Les premiers résultats permettront d’orienter les choix de la CIREST et de ses partenaires financiers dans les prochaines années.

Ce projet s’insit dans une programmation d’investissements plus large pour la période 2026-2032, présentée lors de la revue de projets du 1er juillet 2026, qui mobilise l’État, la Région, le Département, l’Europe et plusieurs partenaires financiers pour un programme global de plus de 100 millions d’euros sur le territoire de l’Est.

Cette feuille de route comprend également de nombreux investissements destinés à améliorer le quotidien des habitants : renouvellement des canalisations, création de nouveaux forages, renforcement des capacités de stockage, modernisation des réseaux, télégestion des installations, sécurisation des captages, amélioration de l’assainissement ou encore mise en place d’un plan citernes permettant d’accompagner les ménages dans la récupération des eaux de pluie.

Une vision pour les décennies à venir

Pour Joé Bédier, l’Autoroute de l’Eau dépasse largement la seule question technique.

« Ce projet n’est pas simplement une canalisation de plus. C’est un véritable projet de territoire. Il permettra d’accompagner le développement économique, la construction de logements, l’activité agricole et la qualité de vie de nos habitants. »

Le président insiste également sur la philosophie qui guide l’ensemble de cette programmation.

« Nous faisons aujourd’hui le choix de passer d’une logique de gestion de crise à une logique d’anticipation. Investir aujourd’hui, c’est garantir demain un service public de l’eau plus fiable, plus résilient et plus équitable pour l’ensemble des habitants de l’Est. »

À travers l’Autoroute de l’Eau et les investissements engagés jusqu’en 2032, la CIREST affirme ainsi une ambition claire : faire de l’eau un levier majeur du développement durable de l’Est de La Réunion, en garantissant à chaque habitant un accès sécurisé à une ressource essentielle, aujourd’hui comme pour les générations futures.

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