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Roundup et pesticides à la Réunion: L’envers du décor

Les débats autour du géant Monsanto et son produit vedette, le Roundup ne cessent d’alimenter l’actualité nationale. Mais qu’en est-il à la Réunion? Le Roundup est également utilisé sur notre île mais il est loin d’être le seul produit phytosanitaire déversé. Substances interdites et pourtant partout, manque de données, pratiques douteuses, président de Chambre d'agriculture désarmé et frilosité des autorités sanitaires: nous vous livrons en exclusivité l’état des lieux de notre île suite à des décennies d’utilisation de pesticides.

Ecrit par – le vendredi 19 août 2016 à 19H21
La culture intensive de la canne sur notre département a mené à des pratiques tout aussi intensives de désherbage et d’épandage de pesticides. La notion de pesticide regroupe les produits phytopharmaceutiques et les biocides. Une équation simple permet de comprendre les risques auxquels sont exposés les populations concernant les pesticides : Danger x Exposition = Risques.
 
« Il faut vraiment utiliser ces produits avec parcimonie »
 
« À une époque lors de l’arrivée des premiers pesticides sur l’île dans les années 60-70, on nous disait que c’était sans danger jusqu’aux années 90. Il faut vraiment utiliser ces produits avec parcimonie. Nous sommes dans le sens inverse du tout-traitement des années 80. On est dans le traitement réfléchi. On doit penser réellement à produire autrement et stopper les traitements préventifs à outrance » explique Jean-Bernard Gonthier, Président de la Chambre d’Agriculture.

 

Le mode d’exposition peut se faire par voie orale, cutanée ou respiratoire. Les produits phytosanitaires peuvent sensibiliser l’organisme sur le temps, en développant des propriétés mutagènes. La toxicité peut se révéler à court terme mais également sur le long terme avec des conséquences telles que le cancer, des effets sur la reproduction, le développement et les fonctions neuronales. Enfin, l’impact sur l’environnement est non négligeable.
 
Roundup et glyphosate
 
En ce qui concerne la Réunion, pour cultiver la canne pas moins de quinze produits sont régulièrement utilisés dans les champs. Parmi eux, le Roundup de Monsanto, dans sa version encore autorisée. Son principe actif reste le glyphosate, dont les effets pour la santé demeurent largement controversés. Il est également dangereux pour l’environnement aquatique sur le long terme. L’Asulox, dont le principe actif est l’Asulam a quant à lui été retiré de la vente en métropole en 2012. Il reste utilisable sous conditions dérogatoires sur notre territoire.

 

La Chambre d’Agriculture, dans une démarche de transparence nous a également communiqué la liste des produits phytosanitaires les plus vendus à la Réunion pour le secteur fruits et légumes. Nous avons  dressé le tableau de ces produits, ainsi que les effets nocifs qu’ils peuvent entrainer chez l’homme et sur l’environnement. Ils ont tous une incidence toxique sur les milieux et organismes aquatiques.

 

Contamination des nappes phréatiques
 
Suite à de fortes pluies, les produits peuvent donc ruisseler vers des milieux aquatiques tels que des rivières ou des lagons. Mais ils peuvent aussi pénétrer dans les nappes phréatiques de surface ou profondes. Plusieurs de ces nappes phréatiques sont ensuite captées pour la consommation.
 
L’Office de l’Eau publie régulièrement l’état de ces nappes phréatiques dans un périodique, « les chroniques de l’eau ». Le dernier rapport a été publié le 9 août 2016. De nombreuses traces des substances actives pointées ci-dessus apparaissent dans les relevés effectués.
 
Pour les nappes de surface, « un quart des détections porte sur le paramètre métolachlore, herbicide non autorisé en France depuis 2003. L’atrazine déséthyl et le 2-hydroxy-atrazine, deux métabolites de l’atrazine interdit d’utilisation depuis 2003, font également partie des 5 micropolluants les plus détectés en 2015 » peut-on lire dans le rapport. Le 2,4-D est une matière active utilisée pour la canne à sucre selon la Chambre d’Agriculture.

 

En ce qui concerne les nappes phréatiques de profondeur, L’atrazine et l’atrazine déséthyl sont détectés chaque année depuis 2008. Parmi les analyses, du glyphosate a été détecté, ainsi que du métolachlore et du 2,4-D utilisés pour la canne à sucre. Un bon nombre de substances correspondent à des substances retirées de la commercialisation.
 
Une tendance à l’augmentation de substances interdites de commercialisation
 
Comme l’explique Gilbert Sam-Yin-Yang, Directeur de l’Office de l’Eau, « il y a une tendance à l’augmentation de substances interdites de commercialisation. Une substance est interdite depuis 2003 que l’on retourne sous plusieurs formes. La forme initiale est l’Atrazine mais on la retrouve dérivée, le Déséthyl Atrazine. Ce produit perdure, il y a une rémanence de sa présence dans l’eau.
 
De plus en plus, nous avons la capacité de suivre des produits. Les techniques de détection évoluent, c’est donc un travail que nous faisons aujourd’hui. La technologie de suivi des pesticides évolue. Il s’agit de produits dangereux pour l’environnement et pour la santé, même sous formes de traces » regrette-t-il.
 
Pourtant, le gouvernement, dans son 3e Plan Santé Environnement préconise de « mettre en oeuvre des actions visant à ce que les pesticides distribués et utilisés dans les départements d’Outre-Mer soient des produits autorisés. »
 
Mélange d’une eau trop polluée pour l’envoyer à la consommation
 
Lorsque les seuils dépassent les préconisations de sécurité pour la consommation de l’eau, une pratique consiste à mélanger l’eau trop polluée avec un risque de seuil de polluants dépassé et à forte teneur en pesticides à une eau « plus acceptable ». « Il y a eu une autorisation concernant un forage à Saint-Pierre il y a quelques années, suite à une alerte. Il s’agissait d’un principe de précaution » nous confirme Gilbert Sam-Yin-Yang.
 
« Nous n’avons pas reçu de financements pour réaliser la surveillance des pesticides »

 

Les sols et l’air peuvent également être pollués par ces particules. À la Réunion, des analyses de sol sur les parcelles agricoles ne sont effectuées que de manière très localisée et ponctuelle précise le Cirad. « Il n’y a pas d’analyse de contamination du sol par les phytosanitaires » nous précise la Chambre d’Agriculture.
 
En ce qui concerne la qualité de l’air, Dr Chatrapatty Bhugwant, Ingénieur d’études sur les polluants réglementés à l’Observatoire Réunionnais de l’air (ORA) nous indique que « pour l’instant, nous ne réalisons pas de surveillance de pesticides dans l’air. La qualité de l’air s’inscrit dans nos missions de surveillance mais nous n’avons pas reçu de financements pour réaliser la surveillance des pesticides. Par manque de moyens financiers, l’ORA, qui est habilité à effectuer cette surveillance ne la fait pas à ce jour ».
 
Pourtant, c’est à travers un « Plan Régional Santé Environnement  2011-2015 » que l’ARS (Agence Régionale de Santé), la Préfecture et la Région Réunion s’étaient fixées pour mission de « renforcer la politique environnementale vis-à-vis de polluants émergents », mais également « mieux connaître la nature des polluants pour contrôler la qualité de l’air » et « réduire les polluants dans le milieu aquatique », s’étaient-ils engagés.

 

Sollicitée à plusieurs reprises tout au long de notre enquête, l’ARS assure ne pas être compétente sur le sujet et nous a communiqué la réponse suivante :

« Lors de la conférence environnementale des 25 et 26 avril dernier, la ministre des affaires sociales et de la santé a annoncé la réalisation d’une étude de grande envergure sur l’exposition de la population générale aux produits phytopharmaceutiques à proximité de zones agricoles. Celle-ci a été inscrite dans la feuille de route pour la transition écologique 2016 (dans le cadre de la mesure 12a : « limiter l’exposition des populations aux substances chimiques préoccupantes »).

Cette étude à grande échelle permettra l’élaboration de recommandations sanitaires pour la population lors des épandages de pesticides avec des prescriptions particulières pour les populations sensibles (enfants, femmes enceintes, …). Ces recommandations concerneront les comportements de la population au sein des habitations ou des lieux accueillant des populations sensibles mais s’adresseront également aux exploitants et travailleurs agricoles.

L’ARS OI ne manquera pas de s’assurer de la mise en œuvre de ces recommandations pour les territoires de la Réunion et de Mayotte. »

Une réduction de l’usage des pesticides de 50%
 
Depuis 2008 et les grenelles de l’environnement, la Réunion est dans une démarche de réduction de l’utilisation des pesticides. Cette diminution se chiffre aujourd’hui à 50% selon la Chambre d’Agriculture.
 
« On doit connaître la dangerosité de ces produits. Il faudrait que l’on puisse tracer, établir des fiches de suivi sur ces produits dès qu’ils rentrent à la Réunion. On doit pouvoir plus facilement voir le classement de leur dangerosité.
 
L’utilisateur est exposé et nous devons trouver un moyen de le protéger. Il faut aussi sensibiliser les vendeurs de ces produits industriels, qu’ils informent les agriculteurs des alternatives possibles » conclut le Président de la Chambre d’Agriculture.

Ne manquez pas notre prochain article : « Stérile à 27 ans à cause des pesticides: un agriculteur témoigne »

 

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