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Pourquoi Nassimah a probablement perdu…

La publication du communiqué annonçant la mise en congé de Nassimah Dindar de l'UMP ne devrait plus tarder. Contrairement à tout ce qu'elle a pu affirmer jusque là ("On ne m'a pas demandé de démissionner", "Je n'ai pas démissionné", "Je ne compte pas démissionner"...), la présidente du Conseil général a bel et bien été obligée de baisser pavillon. Elle tente bien encore de rameuter ceux qu'elle pensait être ses amis et ses soutiens à Paris. Elle a même demandé l'arbitrage de Nicolas Sarkozy en personne. Mais il semblerait que les jeux soient faits: Les instances parisiennes de l'UMP l'ont laissée tomber. Les raisons de ce lâchage...

Ecrit par Pierrot Dupuy – le dimanche 05 octobre 2008 à 20H56

Les destins de Nassimah et Ibrahim Dindar se ressemblent beaucoup et il n’est pas étonnant qu’ils aient choisi de faire carrière et ménage communs. Et l’ordre des mots n’a pas été choisi au hasard.
Voilà deux personnalités qui avaient tout pour réussir et qui ont irrémédiablement gâché toutes leurs chances.

 

Ibrahim Dindar tout d’abord. Les fées s’étaient très tôt penchées sur le berceau de ce jeune homme né d’un père musulman et d’une mère créole le 7 juin 1955: beau gosse, intelligent, éloquent, de l’ambition à revendre et les moyens pour y parvenir. Il avait tout pour réussir.
Ses débuts sont d’ailleurs tonitruants. Remarqué par Auguste Legros, il débute en politique en 1983 à 28 ans comme adjoint au maire, puis comme conseiller général en 1988 du 1er canton. Dans la même période, il se fait élire conseiller régional. Il est vrai que, dans les années 80, la loi sur le cumul des mandats n’existait pas encore…
Malheureusement, Ibrahim a l’habitude de mordre les mains de ceux qui l’aident. Il trahit Auguste Legros en 1988 pour soutenir Eric Boyer au Département, puis suit le même Eric Boyer aux municipales toujours contre Auguste Legros et finit par faire alliance avec Pierre Vergès et le PCR dans Réunion Autrement. Tout en continuant à se proclamer de Droite.
Il connait sa traversée du désert et tout le monde le donnait pour mort politiquement. C’est René-Paul Victoria qui lui sauve la mise en faisant de lui un de ses adjoints, puis lui permet de se faire élire sur le 5ème canton de Saint-Denis. A nouveau, il tourne le dos à René-Paul Victoria et n’hésite pas à faire alliance avec le PS pour conserver ses postes de conseiller général et d’adjoint au maire. Tout en continuant à se réclamer de Droite.

 

Nassimah elle, débute sa carrière politique en passant par la voie associative. Elle milite au sein de diverses associations de femmes et est remarquée par Thérèse Baillif, la présidente de l’AMAFAR, qui en fait sa vice-présidente. Thérèse Baillif qu’elle va finalement trahir en lui piquant sa place…
Repérée par Margie Sudre, cette dernière la fait élire sur sa liste à la Région. Avant de se mordre les doigts, tant Nassimah n’aura de cesse de se mettre en travers de sa route et de la jouer « perso« , avec déjà des alliances souterraines douteuses avec la Gauche et notamment le PCR.
Au début, Nassimah a été UCL (c’est d’ailleurs là qu’elle a connu Ibrahim…), puis UDF (dont elle a été déléguée nationale…), avant de trahir Jean-Paul Virapoullé pour aller au RPR, consciente qu’elle était que la personnalité du maire de St-André l’empêcherait de prendre la tête de ce parti et qu’il valait mieux tenter sa chance du côté du mouvement gaulliste où la déliquescence ambiante devait lui permettre de grimper plus vite.
Élue avec Ibrahim sur la liste de René-Paul Victoria, elle obtient un cadeau royal: pouvoir être candidate aux cantonales dans le 1er canton, un canton où vous prenez le premier M. Hoareau ou M. Payet qui passe, vous lui collez l’étiquette RPR, et il est sûr d’être élu. Ça ne l’empêche pas de faire partie, aux côtés d’Ibrahim, de ceux qui vont trahir René-Paul Victoria.
Arrivent sur ces entre-faites les élections à la présidence du Conseil général. Virapoullé ne voulait pas que ce soit un candidat de TAK qui soit élu, et TAK ne voulait pas que ce soit un proche de Virapoullé. Alain Bénard propose la candidature de Nassimah. René-Paul Victoria met son veto, mais finit par se laisser convaincre en échange d’un document écrit dans lequel Nassimah s’engage à ne pas se présenter contre lui aux prochaines municipales. On sait ce qu’il en est advenu ensuite de cette promesse… Et c’est comme ça que Nassimah se retrouve présidente du Département.
Entre-temps, elle qui avait toujours été chiraquienne trahit celui qui l’avait jusque là protégée, et choisit de « faire » Nicolas Sarkozy aux présidentielles. Habillement conseillée en cela par Ibrahim, elle annonce son soutien très tôt, alors que peu d’élus l’avaient fait jusque là dans une ile où ils soutenaient tous Jacques Chirac et espéraient voir l’ancien président de la République, ou Dominique de Villepin, se présenter.
Bingo, Nicolas Sarkozy est élu est c’est le jackpot pour Nassimah et Ibrahim, convaincus qu’ils allaient pouvoir toucher les dividendes de leur coup de poker à risques.
Et Nassimah, comme Ibrahim, a tout pour réussir et se voit déjà (au minimum…) Secrétaire d’Etat. Elle est une femme (on manque cruellement de femmes en politique au niveau national), elle est présidente d’un conseil général (ce qui est rare), elle est musulmane (Sarkozy a besoin de femmes musulmanes pour illustrer la diversité), elle est de surcroît jolie, ce qui en gâche rien et il faut avouer qu’en temps normal, elle est de compagnie agréable. Ceux qui l’ont vue « péter un cable » n’en sont pas encore revenus de la vulgarité de ses propos et des crises qu’elle peut piquer. Mais, le reste du temps, ce qui représente, il faut bien l’avouer, l’essentiel de la journée, elle est charmante.
Sarkozy décide donc de la tester en la nommant Déléguée générale de l’UMP à la Diversité, ce qui permet à Nassimah de fréquenter tous les hiérarques du parti à Paris. Et de nouer des relations approfondies avec certains qu’elle pense être autant d’amis sur lesquels elle pense pouvoir s’appuyer pour monter plus haut.

 

Ses trois premières années à la tête du Département se passent relativement bien. C’est au moment du renouvellement, en mars dernier, que les choses se gâtent.
Elle avait jusque là réussi à éviter tous les écueils. La direction de l’UMP et l’Elysée lui pardonnaient même sa gué-guerre avec René-Paul Victoria. Comment lui en vouloir de faire des misères à celui qui s’était auto-proclamé ami personnel de Chirac et son représentant dans l’ile?
Par contre, la véritable personnalité de la présidente du Département faite d’ambition démesurée, de superficialité, de colères hystériques, de mensonges éhontés en étant capable de dire une chose et son contraire à 30 secondes d’intervalle, leur a soudainement sauté au visage quand elle a osé prétendre que c’était Yves Jégo qui lui avait demandé de faire alliance avec la Gauche pour conserver la présidence du Conseil général.
Et surtout, elle qui jusque là était habile à louvoyer et à faire ses coups en douce à Paris, s’est crue assez forte pour affronter Didier Robert, de face.
C’était oublier que l’UMP national « pèse » chacun de ses interlocuteurs en fonction de deux critères: sa représentativité électorale, et de ce point de vue une femme musulmane présidente de Conseil général pouvait rivaliser avec un député maire.
Mais le deuxième critère allait être fatal à Nassimah Dindar: le poids chez les adhérents. Traditionnellement, pour Paris, et dans tous les partis nationaux, on estime un élu en fonction du nombre de carnets d’adhésion qu’il est capable de remplir.
En apparence, Nassimah Dindar « pesait » donc beaucoup, forte qu’elle était d’un nombre important d’adhésions qu’elle ramenait chaque année dans les caisses de l’UMP. Et, jusqu’à présent, ça avait suffi pour la conforter.

 

Le problème pour elle est venu avec la désignation d’un duo composé de Marie-Luce Penchard et de Jean Simonetti pour venir mettre de l’ordre dans la fédération de la Réunion.
Cette désignation avait tout pour rassurer Nassimah. Marie-Luce Penchard comptait au nombre de ses récentes amies, et elle ne voyait pas en quoi Jean Simonetti pouvait être dangereux.
Sauf que, si Marie-Luce Penchard a continué à faire ce qu’on fait tous les autres émissaires avant elle, c’est à dire venir 48 heures à la Réunion et ensuite prétendre venir expliquer aux Réunionnais comment fonctionnait leur ile, Jean Simonetti a lui agi totalement différemment.
Un peu à la façon d’un Yves Jego, il a multiplié les séjours dans le département et est allé au contact des militants à travers des réunions dans toutes les communes. Et ce qu’il a découvert l’a laissé pantois.
Aujourd’hui, l’UMP Réunion est partagé en deux forces à peu près égales sur le papier. D’un côté, les pro-Nassimah et de l’autre les anti-Nassimah.
Pour simplifier, il a découvert que l’essentiel des « anti » était composé des militants « historiques » du mouvement, de vieux militants pour la plupart sur qui on peut traditionnellement compter pour mener les campagnes. En d’autres termes, ceux avec de vraies convictions.
Et chez les « pro« , une bonne part de nouveaux adhérents, souvent employés au Conseil général, desquels on dit qu’ils ont été contraints de prendre une adhésion en échange d’un emploi de CES ou un CUI.
Autrement dit, si Nassimah Dindar devait prendre la tête du Mouvement, on risquait de voir l’UMP exploser « avec le risque de le voir disparaitre pour longtemps de la scène politique locale« , pour répondre l’expression d’une personnalité de l’UMP.

 

Et c’est dans ce contexte que les dirigeants nationaux de l’UMP ont dû choisir entre un Didier Robert, à qui tous prédisent un destin national et de dirigeant incontesté de la Doite à la Réunion, et une Nassimah Dindar dont l’alliance avec la Gauche fait désordre.
D’où d’abord la demande courtoise faite à Nassimah de recomposer sa majorité autour de la Droite, avec la garantie de lui conserver la présidence. Comme d’habitude, Nassimah promet… mais ne fait rien.
Le ton monte, et on en arrive donc à l’ultimatum: Ou elle démissionne, ou elle est démissionnée.
Nassimah n’y prête pas garde, convaincue qu’elle est que ses soutiens parisiens, au premier rang desquels elle compte Marie-Luce Penchard, vont une fois de plus la protéger et qu’elle va pouvoir encore gagner du temps.
Mais même ceux qui se disaient ses amis ne peuvent plus continuer à se mouiller pour elle, au risque de perdre à leur tour leur crédibilité auprès de Nicolas Sarkozy qui suit tout ça du coin de l’œil.
En dernier recours, Nassimah tente un dernier coup de poker. Elle en appelle un autre de ses « amis« , Olivier Biancarelli, un proche parmi les proches du Président de la République, pour demander l’arbitrage de Nicolas Sarkozy.
La décision n’est pas encore connue, mais il ne faisait guère de doute pour ceux qui suivent le dossier qu’elle devrait aller dans le sens recommandé par les responsables de l’UMP.
Dernière anecdote: Nassimah, qui a affirmé durant toute la semaine qu’elle n’avait pas l’intention de démissionner, avait envoyé dès jeudi sa lettre de « mise en congé » à la direction de l’UMP. Elle y avait même joint un projet de communiqué destiné à être envoyé à l’AFP, qu’elle espérait voir repris à son compte par l’UMP, dans lequel elle reprenait son argumentation selon laquelle elle se mettait en congé de la fédération de la Réunion, et non pas de l’UMP.
Dès que le feu vert de l’Elysée sera tombé, ce sera un communiqué très bref et très sec qui devrait simplement prendre acte de sa mise en congé, une façon de faire comprendre aux Réunionnais qu’on ne peut se mettre en congé d’une fédération tout en restant membre du mouvement à Paris.
C’est Jean Simonetti qui l’a dit: « L’UMP est une et indivisible« …

 

La décision finale devait être prise par Nicolas Sarkozy en personne, demain, au cours de la traditionnelle réunion du lundi matin avec les 5 plus hauts responsables de l’UMP à l’Elysée. On peut donc s’attendre à voir tomber le communiqué de l’UMP en fin de matinée ou en début d’après-midi.

 

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