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Pourquoi le tourisme ne décolle pas ?

Acteur du tourisme depuis une quinzaine d’années et psychosociologue tout à la fois, j’ai toujours été étonné qu’avec une si belle île on ne soit pas fichu de faire mieux en terme de résultats touristiques. Les résultats sont cruels et incontournables : MAURICE avec ses 800 000 touristes/an fait presque 3 fois mieux que nous…sans […]

Ecrit par patrice.louaisel@orange.fr – le dimanche 01 mars 2009 à 21H35

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Acteur du tourisme depuis une quinzaine d’années et psychosociologue tout à la fois, j’ai toujours été étonné qu’avec une si belle île on ne soit pas fichu de faire mieux en terme de résultats touristiques.
Les résultats sont cruels et incontournables : MAURICE avec ses 800 000 touristes/an fait presque 3 fois mieux que nous…sans commentaires.
N’ayant jamais été invité par les instances chargées du tourisme à donner mon avis- à vrai dire seuls les gros zozos qui ont des intérêts commerciaux à défendre et des subventions à récupérer le sont- permettez-moi d’utiliser le seul moyen populaire qui me reste pour m’exprimer : les médias.
Avez vous vu en effet des manifestations pour soutenir le tourisme, alors qu’il s’agit de la 2e activité économique de l’île ?
1°) le prix du billet d’avion : il nous faut absolument une vraie concurrence mais l’aurons-nous un jour face aux intérêts commerciaux des compagnies en place et aux intérêts financiers des élus qui les soutiennent ?
2°) le prix du kérozène : Est-il normal de n’avoir qu’une seule source d’approvisionnement ? Là aussi encourageons une vraie concurrence.
3°) la taxe d’aéroport : Avons-nous demandé d’avoir un aéroport aussi luxueux sous prétexte de modernité qui nous ponctionne tout de même 1/3 du coût du billet (près de 350€)?
4°) aucun loisir nocturne et des activités identiques depuis 25 ans en journée : Quand on décide de venir à la Réunion, se décide t’on pour découvrir une île fantastique en termes de paysages de cultures et d’activités de loisirs, où vient-on seulement pour y dormir ou y manger? Toute personne sensée optera pour la découverte de l’île et non pour ce qu’on peut trouver partout au quotidien :manger et dormir. Or, les décideurs de la politique du tourisme sont pratiquement tous des patrons d’hôtels qui n’ont même pas l’idée que si l’on veut attirer les touristes ici, c’est par les lieux à découvrir et les activités à faire qu’on y parviendra…La plupart ne proposent même pas d’activités festives en soirée –comme on sait le faire à Maurice : danses folkloriques, musique typique, conférences débats… Le soir à la Réunion, on s’ennuie ferme et en journée les hôtels proposent depuis 25 ans les mêmes 5 sorties classiques en car à un prix exhorbitant (55€/60€/jour/personne) dédaignant les services des guides qui pourtant sont nombreux.
5°) les embouteillages : Tous les touristes sont unanimes pour déplorer les embouteillages qui les dégoûtent rapidement de chercher à découvrir l’île. Tout cela parce que nos responsables n’ont pas su anticiper à temps des moyens de transport en site propre (train/tram…) susceptibles de nous faire économiser un temps précieux dans nos déplacements …malgré les multiples études commandées par nos assemblées, attestant depuis 20 ans de cette seule alternative possible au tout route.
6°) des structures d’accueil touristiques peu performantes et peu soutenues : il nous faut impérativement des personnels formés (BTS Tourisme), motivés (non pistonnés) et expérimentés de la direction à l’agent d’accueil. Avez vous vu beaucoup d’affichages clairs et remis régulièrement à jour sur les activités proposées dans nos OTI ? Pourquoi ne pas rémunérer les agents d’accueil en partie au pourcentage sur les activités afin de les dynamiser ?
7°) l’absence de structures touristiques démocratiques : Pourquoi les classes supérieures seraient-elles les seules à pouvoir se rendre à la Réunion ? Simplement pour remplir les grosses structures 4 étoiles que nos décideurs touristiques promotionnent? Pourquoi ne pas développer des structures type VVF ; MFV et autres campings encadrés et entretenus de moyenne altitude ? Il est vrai que le prix des billets est dissuasif pour ce type de tourisme plus populaire.
8°) l’absence de travail en réseau : non seulement, nous ne recevons pratiquement pas de clients en provenance des hôtels et OTI, mais un esprit encore trop individualiste sévit. Moi qui suis dans l’Est, jamais aucun hôtel, restaurant, gîte, OTI ne m’a proposé depuis 15 ans de travailler avec eux. Comment pensent-ils retenir leurs touristes s’ils ne leur proposent pas d’activités? Voilà donc quelques pistes d’actions positives pour faire évoluer nos résultats touristiques. Ceux qui les liront auront-ils la sagesse plutôt que de se vexer, d’agir pour que les choses changent enfin?

Patrice LOUAISEL
Professionnel du tourisme

 

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