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Pierrot Dupuy – Pourquoi Bareigts ne peut pas mettre la pression sur les bailleurs sociaux

Le drame survenu il y a une quinzaine de jours à La Marina à Montgaillard a braqué les projecteurs sur le rôle des bailleurs sociaux à La Réunion. Tous les jours parviennent des témoignages sur leur incompétence : logements insalubres, travaux non réalisés, etc... Pendant ce temps, certains élus essaient de redorer leur blason et cherchent à rejeter toute la responsabilité sur le dos de ces fameux bailleurs. Un peu facile...

Ecrit par zinfos974 – le lundi 27 décembre 2021 à 18H14

Les résultats de l’enquête sur le récent incendie de La Marina à Montgaillard ne sont pas encore connus. Un élément semble au moins indiscutable et a d’ailleurs été avancé par un pompier dans la presse le lendemain du drame : le feu a entre autres raisons pu se propager aussi rapidement parce que les coursives, en bois, étaient encombrées d’ustensiles les plus divers qui ont servi de combustible aux flammes. Or il appartenait à qui de faire respecter le règlement intérieur interdisant de telles pratiques ? Au bailleur social, c’est-à-dire à la SIDR.

Zoreille cochon dan’ marmite pois

Les bailleurs sociaux ont mauvaise presse en ce moment. Il ne se passe pas de semaine sans que les journaux, papier ou en ligne, ne se fassent l’écho de locataires se plaignant du mauvais état de leurs logements. Avec photos à l’appui : infiltrations d’eau, moisissures qui rendent malades les enfants asthmatiques, fuites diverses, parkings servant de garages clandestins et encombrés d’épaves, au point que les locataires préfèrent les fuir et se garer à l’extérieur, au risque d’encombrer les accès pompiers, comme ce fut le cas à Montgaillard.

En face, du côté des bailleurs, pas de réponses. Quand enfin ils tiennent une conférence de presse, ils ne daignent même pas répondre aux questions embarrassantes qu’on leur pose. Ils ne sont là que pour encaisser les loyers.

Comme dit Créole : zoreille cochon dan’ marmite pois…

Nos bailleurs sociaux ont à leur tête une bande de technocrates parisiens totalement déconnectés des réalités locales et qui ne sont là que pour une seule chose : faire rentrer l’argent.

Il n’y a pas de petites économies

A l’époque, chaque immeuble disposait de son propre gardien qui résidait sur place dans un appartement de fonction. Il vidait les poubelles, assurait le petit entretien et jouait au médiateur. Tout le monde le connaissait, il avait vu grandir les gamins et pouvait les raisonner quand, ayant grandi, ils commençaient à déraper. Pour des raisons d’économies, ils ont été supprimés. Ça a fait aux bailleurs un salaire en moins et un loyer en plus à encaisser… Il n’y a pas de petites économies, même quand on est une filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations, autrement dit la banque de l’Etat…

La situation est connue mais est revenue sous les feux des projecteurs avec le drame de Montgaillard. Et le JIR d’aujourd’hui lui consacre une double page avec à nouveau des témoignages de locataires se plaignant de leur bailleur social : « Les bailleurs ne viennent jamais pour réparer, ça empire de jour en jour« , témoigne par exemple cette mère de famille.

Erick Fontaine, un élu à la double casquette

Le JIR publie également le point de vue d’Erick Fontaine, le très médiatique représentant des locataires, par ailleurs administrateur de la Commission nationale du Logement (CNL), en omettant cependant de préciser que ce monsieur est également conseiller municipal de Saint-Denis, en charge justement des « relations avec les bailleurs sociaux »…

« Même lorsqu’un nouveau bâtiment est livré, il y a des problèmes dès les premières semaines« , affirme-t-il. « Les locataires viennent à peine de rentrer que certains logements sont déjà indécents« , ajoute-t-il. Nous ne le contredirons pas sur le constat, nous en avons nous même témoigné à de nombreuses reprises, mais pourquoi Erick Fontaine ne profite pas de sa casquette d’élu chargé « des relations avec les bailleurs sociaux » pour taper du poing sur la table ? Nous n’aurons malheureusement pas la réponse.

On ne se fâche pas avec son banquier

Le JIR continue avec une autre interview, celle de la maire de Saint-Denis, Ericka Bareigts, cette fois. « Je veux que l’on construise des logements sociaux dignes. Que les bailleurs arrêtent de considérer les familles comme du chiffre d’affaires« .

C’est beau, comment ne pas souscrire à un tel cri du coeur ? Sauf que ce coup de gueule n’est que pour épater la galerie. La maire de Saint-Denis sait très bien qu’elle ne peut pas crier trop fort contre la Caisse des Dépôts et Consignations et ses filiales qui ont racheté la quasi-totalité des bailleurs sociaux de l’ile. La CDC Habitat a récupéré la SEMADER, la SIDR, Apavou, la SODIAC tandis qu’Action Logement est propriétaire de la SHLMR et des logements intermédiaire de CBO Territoria.

En tant que maire d’une très grosse ville, elle ne peut pas se fâcher avec celui qui lui prête de l’argent. Il suffirait qu’il serre un peu la vis des crédits pour que tous vos beaux projets finiraient à la poubelle… Ou alors, il se vengerait en vous faisant payer un taux d’intérêt plus élevé…

La preuve que tout cela n’est pas sérieux ? La maire de Saint-Denis dispose d’un énorme moyen de pression sur les bailleurs puisque c’est la commune qui se porte caution des emprunts qu’ils font pour construire sur son territoire. Il suffirait qu’elle menace de refuser de donner sa garantie, histoire de les faire plier et d’obtenir ce qu’elle veut. Mais impossible. Je vous l’ai dit : on ne se fâche pas avec son banquier. Car on assiste aujourd’hui à cette situation incongrue : la Caisse des Dépôts exige de la mairie qu’elle garantisse les emprunts faits par la SIDR, sa filiale, chose que la mairie fait grâce aux emprunts que lui fait la Caisse des Dépôts… Autrement dit, je te donne d’une main ce que je reprends de l’autre…

Un sacré culot et un manque de pudeur

La maire de Saint-Denis fait par ailleurs preuve d’un sacré culot et d’un manque singulier de pudeur !

La ville de Saint-Denis, sous l’impulsion de Gilbert Annette, s’était doté dès 1990 de son propre bailleur social, la SODIAC, financé par l’argent des Dionysiens au travers de leurs impôts locaux et des loyers payés par ses locataires.

Mais l’incompétence de son président Philippe Naillet a creusé un trou de plusieurs dizaines de millions d’euros, ce qui avait contraint la mairie de Saint-Denis à vendre ses parts en 2019 à CDC Habitat, la filiale de la Caisse des Dépôts et Consignation. Laquelle avait apporté les millions nécessaires pour boucher le gouffre financier laissé par Philippe Naillet.

Vous comprenez mieux maintenant pourquoi Ericka Bareigts ne peut pas crier trop fort ? Les placards de la SODIAC regorgent encore de cadavres qu’il ne serait pas bon de voir déballés sur la place publique, surtout à la veille d’une élection législative où Philippe Naillet est justement candidat.

On est donc dans un jeu de dupes : Je fais semblant de pousser un coup de gueule, mais je sais jusqu’où ne pas aller trop loin, de peur de fâcher ceux qui sont à la fois mes banquiers et ceux qui détiennent des dossiers sur la mairie que je dirige.

Au passage, permettez moi de m’étonner. Dans quelle drôle de démocratie vivons-nous où, pour récompenser quelqu’un de son incompétence et du gaspillage de l’argent des Dionysiens, on le récompense en lui offrant sur un plateau en argent un siège de député. Poste où il a brillé par son inconsistance pendant plusieurs années. Résultat : on le re-désigne comme candidat aux élections de l’année prochaine…

Pauvre de nous…

 

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