Revenir à la rubrique : Culture

Notes de lecture – « Le vazaha du prince » de Pascale Moignoux

Pascale Moignoux est quelque chose comme un météore dans notre ciel littéraire. Elle écrit assez peu mais quand elle publie quelque chose, ça sonne fort. On se souvient avec reconnaissance des petits bagnards d’Îlet-à-Guillaume, une tache, une honte de plus dans notre Histoire créole. Comme de cet affreux pensionnat jésuite de l’Est, plus maison de redressement que centre d’apprentissage. Aujourd’hui, avec « Le vazaha du prince », nouveau bonheur, nouvelle surprise : un roman historique conforme à tous les codes du genre. Un régal !

Ecrit par 1735024 – le samedi 12 février 2022 à 15H41

Le roman « historique » n’est pas le plus facile à explorer. Si, pour le lecteur, il est souvent regardé comme un palpitant roman d’aventures (ce qu’il est !), il en va tout autrement pour son auteur ; qui doit se dépatouiller à chaque seconde entre l’authenticité historique et ce qui résulte de son imagination.

Car il est un grand défi à relever : l’auteur doit sans cesse s’ingénier à faire en sorte que le lecteur ne confonde jamais la vérité historique et la part de l’imaginaire. Exercice difficile à plus d’un titre, croyez-moi sur parole.

Certains critiques « intelligents » (sinon « intellos ») ont souvent méprisé le genre roman historique. Je dirai simplement à ces prétentieux du ciboulot que les auteurs de romans historiques se retrouvent sous un heureux parrainage : que sont « Les misérables », sinon un roman historique ? Et quel roman ! Sans doute le plus grand jamais écrit… Et « Notre-Dame-de-Paris » ? Et « Gone with the Wind » ? Et « Guerre et paix » ? Et « Chasseur de Noirs » ? Et « Les rois maudits » ? Et « Les mutins de la liberté » ? Et « Les trois mousquetaires » ? Et « Tarass Boulba » ? Et « Pour qui sonne le glas » ?

Que les imbéciles fichent donc la paix à ceux qui aiment lire !

« Le vazaha… » raconte la vie d’un authentique aventurier français, Joseph Lambert, parti de Bretagne écumer tout le Sud-Ouest de l’océan Indien à l’époque des Colonies. Une époque où, sous prétexte d’oeuvre civilisatrice, des nations dites « éclairées », La France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la Hollande, la Belgique, s’occupaient surtout de s’enrichir en pillant les richesses des pays africains et asiatiques ; grâce à l’utilisation sans vergogne d’une main-d’oeuvre qui, en principe, n’était plus servile mais qui, en réalité, n’était pas mieux traitée que les anciens esclaves.

Sociétés de plantation où le paraître passait avant l’être, sans quand même oublier le gonflement rapide du compte en banque de quelques imitateurs des grands seigneurs d’antan.

Souci insigne du détail, l’auteur ne manque jamais de dater et situer l’action de chacun de ses paragraphes. Ce qui prouve au passage l’étendue d’une documentation qui se pose un peu là. Comme souvent ici, la correction fait un chouïa défaut. C’est dommage.

« Le vazaha du prince » n’est qu’un premier tome. Inutile de dire qu’on trépigne d’impatience en attendant la suite.

« Le vazaha du prince »
Par Pascale Moignoux 
En librairie, 24 euros.

 

Thèmes :
Message fin article

Avez-vous aimé cet article ?

Partagez-le sans tarder sur les réseaux sociaux, abonnez-vous à notre Newsletter,
et restez à l'affût de nos dernières actualités en nous suivant sur Google Actualités.

Pour accéder à nos articles en continu, voici notre flux RSS : https://www.zinfos974.com/feed
Une meilleure expérience de lecture !
nous suggérons l'utilisation de Feedly.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

Dans la même rubrique

Les Chroniques de tonton Jules – #169

Le vieux Winston avait dit avec sa malice habituelle : « La démocratie est le plus mauvais des systèmes… à l’exception de tous les autres ». Aujourd’hui, les ex-démocraties, peu au fait de l’humour du vieux lion, l’ont pris au mot et, sur toute la planète, les vraies républiques se cassent le portrait avec une régularité de dominos. Les pays du Golfe, du Moyen-Orient, de l’Asie du sud-est, l’Italie, la Norvège, la Hongrie, la Nation Arc-en-Ciel, le Soudan, l’Afrique de l’ouest, bientôt les States… On sait ce qu’il en est des dictatures, coups, blessures, exécutions sommaires, bon vouloir du tyran, catastrophe économique. C’est comme si un virus du masochisme, issu de quelque glacier fondu, contaminait la planète. « Oui, bats-moi, fais-moi mal, encore, encore, aïe, j’aime ça ! »

On essaie de parler d’autre chose ? Je ne sais pas, moi, d’amour, d’empathie, par exemple ?

Le Quotidien revient dans les kiosques jeudi matin

Jean-Jacques Dijoux et Henri Nijdam ont annoncé sur Réunion La 1ère que le journal qui a été racheté la semaine dernière et dont la dernière édition dans sa forme historique a eu lieu jeudi dernier, sera de retour au bout d’une semaine d’absence.