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L’histoire de Sarda Garriga

Selon David Huet, écrivain réunionnais et président de l’association  « Les amis de Sarda Garriga« , rien ne prédestinait Sarda Garriga à mettre en application le décret de l’abolition de l’esclavage. Fils de Berger, le châtelain chez qui son père était employé s’est pris d’amitié pour lui et lui a payé ses études. Il a été au […]

Ecrit par Karine Maillot – le samedi 20 décembre 2008 à 08H14

Selon David Huet, écrivain réunionnais et président de l’association  « Les amis de Sarda Garriga« , rien ne prédestinait Sarda Garriga à mettre en application le décret de l’abolition de l’esclavage.
Fils de Berger, le châtelain chez qui son père était employé s’est pris d’amitié pour lui et lui a payé ses études. Il a été au lycée de Perpignan. Né en pays Catalan, Sarda Garriga était épris de liberté. C’est ce qui l’a prédisposé à devenir en quelque sorte un révolutionnaire.
Juste avant de décéder, son bienfaiteur le désigne en tant légataire universel. C’est ce qui le  décide à monter à Paris. C’est d’ailleurs  à Paris que se développent à l’époque les plus grandes idées philosophiques.
Sarda Garriga prenait plaisir à fréquenter des associations philanthropiques et humanistes, ce qui lui permettait d’aborder les thèmes des droits de l’homme et de la liberté. Il avait pour idée de devenir un grand fonctionnaire.
Et c’est lors d’une réunion à une association nommé Les amis de la liberté, dans laquelle il était membre, que son ami Arago, rencontré pendant ses études, lui fait part d’un décret voté par son frère et préparé par Victor Schœlcher, pour libérer les esclaves à La Réunion. Mais il lui fallait quelqu’un pour promulguer ce décret…
« 66.000 esclaves attendent d’être libérés » lui dit Arago. C’est le mot « libéré » qui a d’abord sonné à son oreille. Il ne le savait pas encore, mais son engagement pour cette cause allait marquer le début de son destin.
Ce décret ne faisait pas l’affaire de tous les colons de La Réunion. Dès qu’ils ont appris la nouvelle, quelques uns d’entre eux sont montés à Paris, afin de faire part à Sarda Garriga  de leurs craintes d’être massacré par les esclaves une fois libre, et de voir leurs plantations et habitations disparaitre dans les flammes. Ce derniers les tranquillise, en leur assurant qu’il allait veiller personnellement à ce qu’il n’y ait pas de débordement au moment de l’application du décret. « Je suis nommé pour cela, et tout va bien se passer« , précisa l’homme d’Etat.
Pendant les 140 jours de traversée des mers jusqu’à l’isle Bourbon, Sarda Garriga a longuement réfléchi sur la façon dont il allait devoir agir pour que tout se passe dans la sérénité. Il savait qu’à Haïti et au Brésil, une telle mesure avait tournée au vinaigre… Il y avait eu des révoltes, et beaucoup de sang avait coulé.
Sarda Garriga arriva à La Réunion le vendredi 13 octobre 1848, mais il ne débarquera que le lendemain. Le Gouverneur et les opposants à la fin de l’esclavage l’attendaient.
Le lendemain fut le jour de la première publication du Journal Officiel de La Réunion, dans lequel étaient traités tous les problèmes liés à l’esclavage et au colonialisme.
Les grands propriétaires s’opposaient toujours au décret, jusqu’à ce qu’ils apprennent que l’Etat français accordait 700 frs de l’époque par tête d’esclave. Pour certains, cela faisait beaucoup d’argent… (ces rentes sur l’Etat étant excédentaires, le surplus a constitué le capital initial pour la création de la Banque de la Réunion).
Certes, les propriétaires ont été dédommagés, mais qui allait couper la canne? Et qui allait entretenir les champs? Sarda Garriga leur a répondu que les anciens esclaves continueraient à le faire, mais contre une rémunération. « L’argent que l’Etat français vous a donné servira à les payer« . La manœuvre était judicieuse, et les colons ont accepté le principe.
Le 20 décembre 1848, 21 coups de cannons ont été tirés de l’hôtel du Gouverneur (généralement le salut réservé aux têtes couronnées). La liberté méritait bien cela…
Les esclaves ont été rassemblés sur la place. Ils ont dansé pour fêter l’événement. La nuit tombée, ils sont tous rentrés chez eux, et se sont remis au travail à l’aube. Un seule journée de liesse et l’abolition de l’esclavage était proclamée.
Bien évidemment, cela n’a pas satisfait tout le monde. Certains esclaves pensaient ne plus avoir à travailler. « La liberté élève le travail au niveau d’un devoir » a répliqué Sarda Garriga. « Vous devez travailler, et ce qui ne le feront pas seront punis ».
Cette dernière phrase a fait dire à certains que Sarda Garriga n’a pas donné la liberté. Mais la liberté était traduite par un travail rémunéré, et par le fait que chacun puisse choisir son maître. C’était également la possibilité pour eux d’aller rejoindre leurs proches. Sarda Garriga avait donc bien mené sa barque, et il était devenu en quelque sorte le Gouverneur…
La situation est restée stable un an. Mais les « grands de l’époque « , n’ayant pas beaucoup de reconnaissance, l’ont limogé. Il a reçu une lettre lui précisant qu’il devait retourner en métropole.
Lorsqu’il rentre à Paris, aucun poste ni aucune mission ne l’attendait… Il fut considéré comme un traitre. Il n’y avait donc plus de place pour lui.
Sarda Garriga s’est donc retrouvé dans la misère. Il a cependant été soutenu par des écrivains et par Hubert de Lisle qui deviendra par la suite gouverneur. C’est de cette manière qu’il a attiré la grâce de Napoléon III qui l’a investi d’une nouvelle mission: intégrer dans la population guyannaise ceux qui étaient sortis du bagne. Mais ce fut un échec car les Guyannais n’ont pas été d’accord.
Suite à ce revers, Sarda Garriga fut à nouveau destitué. Il s’est donc une fois de plus retrouvé à Paris, encore une fois sans le sous. Lorsqu’Hubert de Lisle apprend cette nouvelle destitution, il fait faire une souscription qui rapporte 30.000 frs, puis fait voter au Conseil général une subvention de 3.600 frs pour aider Sarda Garriga.
Ce dernier avait effectivement bénéficié d’une certaine reconnaissance de l’île Bourbon. Il a essayé d’employer au mieux cet argent, mais il finit quand même ruiné, et mourra peu de temps après d’une crise cardiaque, le 8 septembre 1877 à Mesnil-sur-l’Estrée dans l’Eure.
Une pièce lui  a été consacré à la mairie de la commune. Elle existe encore aujourd’hui.

 

 

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