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Les Morts Inattendues du Nourrisson résulteraient de l’exacerbation de processus naturels

-Courrier des lecteurs-

Ecrit par Frédéric Paulus – le vendredi 09 février 2024 à 07H37
Courrier des lecteurs 2024

Populariser en attirant l’attention d’un large public à propos d’une autre façon d’envisager la question de la mort subite et inexpliquée du nourrisson, nommée ainsi initialement et assimilée dans les années 1990 à un « syndrome » devrait engendrer une vigilance citoyenne sur ce thème essentiel de la fragilité de la vie. Ce sujet, désormais « MIN » Mort Inattendue du Nourrisson, pourrait être intégré dans l’enseignement des Collèges et Lycées, même de façon hypothétique. Ce serait semer des graines d’une conscience nouvelle des fragilités et prouesses de la vie.

Suite à deux contacts établis avec le Professeur Pascal BOUSQUET (Professeur de cardiologie, université de Strasbourg, aujourd’hui retraité), nous l’avons remercié d’avoir mené des investigations sur l’implication du nerf vague associé à une sollicitation cardiaque au-delà, selon toute vraisemblance, d’un certain seuil. Notons au passage que le stress se définit comme : « toutes demandes faites à l’organisme » selon Hans SELYE, une référence en ce domaine.

Ce tableau clinique semble en concordance avec notre étayage d’hypothèses qui propose d’envisager la question à partir de la neurogénèse et des oscillations cérébrales (et non d’une défaillance du nerf vague) qui sont si fortes pendant les premiers mois de la vie qu’une chercheuse, Joëlle ADRIEN – rencontrée dans son laboratoire sur le sommeil à Paris (CHU Salpêtrière) dans les années 1985 (environ) -préconisait de parler de « sommeil sismique » du nouveau-né. Cette dame, retraitée, est actuellement Présidente du Haut Conseil de la Recherche sur le sommeil.  

Notre hypothèse initiale proposait une majoration, de ce stress de vie à un stress acquis, chez le bébé qui aurait peur, isolé dans sa chambre et en prise directe avec ses déflagrations « sismiques », celles-ci non régulées par les parents du fait de leur éloignement dans une autre chambre durant la nuit. 

Le cerveau en embrasement neuronal sollicite aliments et oxygène en faisant appel au cœur et aux poumons. Le bébé est agité la nuit, les parents éloignés ne s’en aperçoivent pas nécessairement. 

Ceci a fait croire un temps que nous préconisions de placer le bébé dans le lit des parents et nous avons dû répondre : « Same bedroom but not same bed ! »… lors d’une émission du « Téléphone sonne » proposée par RFO et son animateur Stéphane BIJOUX. 

La suite fut marquée initialement par notre rencontre, portant sur ces questions, avec le Pédiatre et chercheur belge André KHAN ; lors d’un colloque organisé en 1988 par la Fédération « Naître et Vivre ». Elle est explicitée en partie dans l’article ci-dessus rediffusé récemment par « Parallèles Sud », site réunionnais qui publie régulièrement nos travaux du CEVOI, désormais CEVE. Eloigné des centres spécialisés de métropole, j’étais domicilié, à l’époque, uniquement sur l’île de La Réunion.  

Nos velléités de communications autour de ce sujet de mort subite et inexpliquée du nourrisson (désignée à l’époque comme telle) ont commencé voici 40 ans avec les parents d’un couple d’amis ayant perdu une petite fille de cette façon.   

Après 40 ans de recherches sur ce sujet, il semble que la question reste encore ouverte sans que nos travaux aient été pris en considération. Nous les avons cependant communiqués à la Haute Autorité de Santé en 2021. 

Aujourd’hui, après la récente publication du livre du Professeur en neurosciences et psychologue Matthew WALKER, « Pourquoi nous dormons » (2018), je persiste à soutenir les mêmes hypothèses explicatives. Mieux, elles semblent renforcées du fait de nombreux travaux sur le « sommeil REM » relatés par ce chercheur outre Atlantique. 

L’énigme viendrait du cerveau qui a été maintenu, selon des exigences évolutionnistes – hypothèse plus que probable – à un haut niveau de connectivité lors du sommeil REM, « Rapid Eyes Movements ». Et ce particulièrement la première année, au point de faire penser que… pendant nos périodes de veille, le cerveau, étant moins sollicité, « se reposerait » ! ! !

Les rythmes cérébraux sont tels en sommeil REM qu’une thermodynamique qui les active (à réévaluer !?) mettrait à l’épreuve l’organisme, provoquant l’équivalent d’un stress inné. Celui-ci, lorsqu’il n’est pas régulé, peut entraîner la mort, conjugué à un autre stress, acquis, de se retrouver pour le bébé seul dans sa chambre, avons-nous vu.

La première année du bébé, le sommeil est en phase REM à 80 ou 90 % de son temps, selon les auteurs, et alors que le chercheur Michel JOUVET nomma le REM : « sommeil paradoxal »). Ce serait essentiellement durant cette phase que les décès ont le plus de risques de se produire, alors qu’elle ne serait pas régulée culturellement. 

A Cilaos, commune des hauts de l’île de La Réunion où nous sommes intervenu particulièrement, il est rare de voir des maisons équipées de chauffage (pour des raisons économiques notamment), si bien que les bébés sont maintenus au chaud près du lit des parents. Or, aucune mort suite du nourrisson n’a été notée depuis… dans cette population.

De plus, il a été montré, en laboratoire, tel celui de JOUVET à Lyon, que les mamans proches de leur bébé, durant les nuits donc, tapotent leur bébé tout en dormant, lorsque celui-ci est agité.

S’instaurerait ainsi un accordage émotionnel entre maman et bébé et de là un sentiment de sécurité chez le bébé, prévenant et empêchant l’embrasement neuronal des « esprits frappeurs » (selon l’expression de Jean-Pierre CHANGEUX cité dans nos travaux, voir lien ci-dessus).

Actuellement, après avoir préconisé la posture de dormir sur le dos, entre 350 à 500 décès se produisent toujours chaque année. La pédiatre que j’avais consultée se propose de faire un état des lieux de la question prochainement au siège de la Fédération « Naître et Vivre ».

Je rajoute quelques éléments dans ce courrier pour étayer la poursuite de nos travaux sur le sujet des MIN, désormais « morts inattendues du nourrisson ». 

La revue Spirale, qui sort un Numéro spécial sur « les émotions du bébé » et le livre « Pourquoi nous dormons » (2018) du neuroscientifique et psychologue Matthew WALKER, semblent confirmer nos hypothèses initiales.          

Nous pourrions peut-être envisager de considérer chaque humain comme unique « thermodynamiquement » avant de postuler une défaillance a priori organique. Selon nos déductions ce « syndrome », qualifié comme tel dans les années 1988, fut pathologies a priori.    

De nos jours, on prendrait conscience de ces représentations. Elles firent écran à de nouvelles hypothèses explicatives réunies dans l’ouvrage de Matthew WALKER du fait de ses nombreuses et récentes recherches aux USA à propos du sommeil REM. Sur le plan de l’évolution du langage parlé et articulé, les conditions cérébrales de présentations imagées se produisent avant que nous mettions des mots sur les images. 

Il se pourrait que le fin mot de l’histoire nous reporte à ce passé tumultueux neuronal quand des images étaient poussées par des pulsions hypothalamiques et télé-sémantiques avant que nous puissions en être conscient, privé d’une possibilité de verbalisation. 

Dès lors la logique ne serait-elle pas d’attendre que l’enfant ait dépassé la première année ? Et de lui offrir durant cette période une sécurité relationnelle avec ses proches ? C’est d’ailleurs ce que les pays nordiques (particulièrement la Suède) pratiquent effectivement.

Dès lors, il nous faudrait recenser le nombre de MIN dans ce contexte en comparaison avec notre pays.

Frédéric Paulus 

Président du CEVE 

Expert extérieur Haut conseil de Santé Publique. 

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L'Ardéchoise
13 jours il y a

Très intéressant billet qui donne un éclairage clair et précis sur les MIN !

polo974
13 jours il y a

Sauf que c’est un mélange entre inattendue et subite..

CHU Lyon:
« La ou les causes de la mort inattendue d’un nourrisson (MIN) ne sont souvent comprises qu’a posteriori : infections, accident de literie, maladies cardiaques, digestives, métaboliques… quand on ne trouve pas du tout d’explication, on conclut à une mort « subite » du nourrisson (MSN). »

Et finalement, tout ce blabla pour se faire mousser…

Mordicant
12 jours il y a

 » Il se pourrait que le fin mot de l’histoire nous reporte à ce passé tumultueux neuronal quand des images étaient poussées par des pulsions hypothalamiques et télé-sémantiques avant que nous puissions en être conscient, privé d’une possibilité de verbalisation.  »

Au vu de son abondance de « verbalisation », il semble que l’auteur de ce billet ne soit plus soumis à ces « pulsions hypothalamiques et télé-sémantiques »

Foutor
12 jours il y a

A Monsieur Frédéric Paulus
Pourrait-on établir, dans le cas ou le cerveau du nourrisson serait trop sollicité au début de sa vie, une relation entre le taux de MIN chez les prématurés (en fonction de l’âge)et les naissances dites à termes ?
Merci

Mordicant
Répondre à  Foutor
11 jours il y a

Qu’entendez vous par « trop sollicité » ?

Paulus
Répondre à  Foutor
11 jours il y a

Réponse à Foutor. Je ne peux me prononcer.
cette question devrait être abordée prudemment en définissant la « prématurité »et le contexte environnemental de chaque décès, c’est pour cela que l’énigme MIN perdure . La médecine clinique est récalcitrante, parfois, face aux extrapolations épidémiologiques…,
la seule certitude que j’entrevois vient des Suédois qui ont atteint une réduction plus que significative des MIN en offrant un congé payé d’une année aux parents après la
naissance du bébé.
Merci.
FP

Paulus
Répondre à  Foutor
11 jours il y a

La Suède fait partie des dix pays affichant le taux de mortalité infantile le plus faible du monde. Selon l’institut de la statistique à Stockholm, environ deux nouveau-nés sur 1 000 décèdent chaque année avant leur premier anniversaire, dont la moitié avant leur première semaine. Le taux de mortalité infantile varie d’une année à l’autre : il était de 2,4 pour mille en 2020. Il est tombé à 1,8 pour mille en 2021. Mais la tendance est claire : en dix ans, la mortalité infantile a baissé de 20 % en Suède, contre 10 % au niveau européen.
Parmi les éléments d’explication, les observateurs mettent en avant l’importance du suivi de la grossesse et de l’accompagnement des jeunes parents. Les futures mamans voient une sage-femme entre six et dix fois avant d’accoucher. Les consultations sont gratuites et se déroulent en général dans un centre de soins à proximité du domicile de la mère. Les rendez-vous sont fixés à intervalles réguliers.
Lire aussi : Article réservé à nos abonnés L’intrigante hausse de la mortalité infantile en France

Comme dans la plupart des pays européens, l’âge moyen des femmes à la naissance de leur premier enfant a augmenté ces vingt dernières années. En 2020, les primipares étaient en moyenne âgées de près de 30 ans. Considérées comme un facteur de risque, les grossesses tardives sont aussi plus fréquentes. « Par contre, comparé à un pays comme le Royaume-Uni, nous voyons peu de grossesses précoces », remarque le pédiatre Hugo Lagercrantz.

Paulus
Répondre à  Paulus
11 jours il y a

Pour être plus précis, je citerai une approche promue par des Antrhopologues notamment, selon Maria Teixeira, explorant la santé des bébés dès le premier âge, article accessible sur le web :

« L’hyperspécialisation des domaines scientifiques et leur organisation académique en disciplines, favorisent le développement de perspectives différentes pour saisir le monde et l’interpréter. Cette spécialisation grandissante crée un entre soi confortable des chercheurs qui leur permet d’aller toujours plus loin dans leur domaine. Face à cette balkanisation du savoir, une volonté de bousculer les cloisonnements et de se frayer des chemins de traverse existe. Croiser les regards sur un même objet semble pouvoir enrichir les modes d’appréhension et donc de compréhension de la complexité du réel.

Les échanges et les collaborations entre disciplines médicales et les sciences humaines et sociales tendent à se développer, même si, comme j’ai pu l’expérimenter, cela ne se fait pas toujours sans quelques difficultés », selon Maria Teixeira.
FP.

Choupette
11 jours il y a

« … à propos d’une autre façon d’envisager la question de la mort subite et inexpliquée du nourrisson, … »
Et la paralysie nocturne du nourrisson, personne n’y a pensé ?
Cette ombre cauchemardesque et diabolique qui vous écrase de tout son poids dans le but de vous empêcher de respirer.
Ça n’arrive pas qu’aux adultes.
Si ce symptôme s’explique, peut-être, par « La consommation d’alcool, l’anxiété ou les périodes de stress et une fatigue intense peuvent favoriser l’apparition de ce trouble; ce cas ne s’applique pas à un bébé de quelques jours.
La position peut aussi favoriser ce phénomène : jamais sur le dos, ni sur le ventre, jamais à poil; et le retourner [le bébé]souvent sur le côté.
Parce que lorsqu’on subit ce genre de paralysie, tout paraît normal en surface alors qu’on est en proie à une lutte pour se débarrasser de ce poids abominable.

Paulus
Répondre à  Choupette
10 jours il y a

Durant le sommeil, un noyau nerveux à la base du tronc cérébral, le « locus coeruleus » bloque toutes impulsions du cerveaux vers la moelle épinière, ce qui vous donne l’impression d’être « paralysée ».
Et durant les 5 phases du sommeil, le cerveau est de la sorte différentiellement stimulé. La dernière phase caractérise le sommeil REM (qui veut dire «  Rapid eyes Movments »). Un grand chercheur sur le sommeil, Michel Jouvet avait appelé cette 5 eme phase « sommeil paradoxal ! ».
Le bébé lui est à 90 ou 80% de son temps en sommeil REM. Les 5 phases se différencient progressivement.
On peut penser que le cerveau du bébé ne véhicule pas d’image à sa naissance. Il est donc intensément stimulé durant ses premiers mois. Et progressivement les 5 phases se différencient chez les enfants après 1 ans. Les MIN les morts inattendues du nourrisson risquent advenir lors de la première année et particulièrement la première semaine d’après une étude suédoise, jusqu’à un an. j’ai proposé une hypothèse toujours actuellement débattue dans les sphères de la recherche sur le sommeil… d’où cet article.

Pourquoi le cerveau est-il stimulé aussi intensément alors que le noyau LC bloque les impulsions neuronales nous donnant l’impression d’être paralysé ? Comme vous le dites fort justement !
Michel Jouvet suggérerait l’hypothèse qu’il
en était ainsi pour maintenir un haut niveau de connectivité entre neurones… et nous empêcher d’agir… sauf qu’il y a parfois des exceptions somnambulisme…etc.

Mon hypothèse, complémentaire de l’avis de Jouvet, serait que le cerveau anticiperait et verrait des scénarios imaginés comme pouvant advenir, ce qui ferait penser à une fonction anticipatrice. « Verrait » en mobilisant les yeux d’où les « rapids eyes movments ». Mais ce n’est pas tout ! Le cerveau verrait des alternatives compensatrices et transformatrices pour nous guider à notre insu. Le cerveau disposerait d’une INTELLIGENCE pour nous guider à notre INSU ! C’est ce qui serait prodigieux et que nous n’oserions pas reconnaître ! Cette idée mettrait sur « la paillasse de la recherche » la question du libre arbitre… voir récemment. « Libérer le libre arbitre » dans ces colonnes
zinfo974.
Pourquoi ces 5 phases maintenant ? Pour qu’il y ai une flexibilité pour nous permettre de nous défaire d’habitudes et de nous adapter à des façons renouvelées d’être… continuellement créatives … du fait de la prodigieuse intelligence du bébé d’où l’expression : « la nuit porte conseil ».
J’ai voulu être plus précis.
Mais il faudra reconnaître que le cerveau du bébé est souvent soumis à rude épreuve, si bien qu’en Suède, il est proposé des revenus conséquents à des parents pour leur permettre de ne pas travailler durant la première année de la vie de l’enfant.
FP

Choupette
Répondre à  Paulus
8 jours il y a

Le paralysie nocturne n’est pas une illusion. Elle existe bien et c’est une sorte de locked-in. Vous êtes conscients de tout ce qui se passe, vous essayez de bouger et vous n’y arrivez pas.
La première fois que cela m’est arrivée, à 17 ans, croyez-moi, je m’en souviens encore. C’est terrifiant.
A la longue, j’ai appris à me concentrer sur ma respiration, et me déconnecter de mon cerveau.
Peut-être faudrait-il prévoir un appareil respiratoire pour les bébés; au moins pendant la première année du congé parental … .

Gramoune
10 jours il y a

Long article pour dire quoi ? Il y a toujours eu des morts infantiles, et
cela depuis des siècles. avec ou sans médecine.. c’est la vie ou la mort.

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