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Les Marines de Saint-Joseph

Cette ville du Sud isolée par d’un côté, une falaise et de l’autre, les coulées de laves du volcan « Piton de la Fournaise » s’équipe au XIXe siècle de trois Marines, Manapany, Langevin et Vincendo.

Ecrit par Sabine Thirel – le samedi 03 janvier 2009 à 08H05

Créée en 1785, la ville de Saint-Joseph possède une terre fertile et produit un grand volume agricole (épices, café, vanille et enfin sucre…).  Les marines servaient à approvisionner les habitants en matière premières et en denrées non produites sur place. Mais elles servaient également à exporter les productions locales vers  d’autres débarcadères, ports de l’île et même parfois directement vers la métropole.
La Marine de Manapany semble avoir été la plus importante. Construite en 1853, elle se situe à l’entrée de la baie formée à l’embouchure de la Ravine Manapany au pied d’une falaise abrupte. L’embarcadère est bâtie sur les propositions du Comte  Kervéguen qui en est le premier propriétaire. Elle dessert les productions de la famille Kervéguen constructrice et propriétaire de plusieurs usines sucrières, de distilleries et aussi de féculeries à Saint-Joseph.

 

Face à la baie du « Petit coin charmant », se dressent, accrochés aux falaises de roches volcaniques, deux gros murs en pierres de taille et de moellons. Les productions de Kervéguen, propriétaire de l’usine de Vincendo, à proximité, passaient par ce débarcadère équipé de palans et de poulies. Les marchandises étaient transportées à dos d’hommes ou par charrettes tirées par des bêtes de somme.

 

La seconde Marine se trouve à Langevin à l’embouchure de la rivière du même nom. Baillif en est le propriétaire puisque la Marine est construite sur ses terres. S’agirait-il d’un descendant d’Etienne Le Baillif, pirate sur le Fancy du Capitaine Avery, débarqué à Bourbon en 1695. Les productions de l’usine de Langevin à proximité,  passaient par ce débarcadère. Ses murs  en basalte taillé sont noirs comme la roche sur laquelle ils sont implantés. Les incrustations blanches de chaux de corail sont couramment rencontrées dans les constructions de cette époque. En effet, le mortier était fabriqué à base de chaux, de sable et de galets. La cale de hallage est située plein Ouest pour éviter les entrées trop franches d’eau de mer. Ainsi, les pêcheurs peuvent entrer et sortir avec plus de facilités. En 1875, son propriétaire est Gustave Bourgine.

 

Bien cachée par les pandanus (pinpins), l’embarcadère de Vincendo est à peine visible. Cet espace naturel n’a presque pas été aménagé. Pas de larges maçonneries ou de hautes murailles pour contrer les lames de la mer déchainée sur cette côte sauvage. Cet endroit présente la particularité d’avoir une plage de sable noir qui apparait et disparait selon les périodes de l’année. Cependant contrairement aux autres marines de la ville, sa position à l’extrême Sud de l’île, permet aux  pêcheurs qui le veulent, de se rendre au large. C’est à Vincendo s’étaient installés les premiers habitants de Saint-Joseph à la fin du XVIIIe siècle.

 

La construction et la mise en service du port de Saint-Pierre, comme l’arrivée du chemin de fer jusqu’à Saint-Joseph sonnent la fin des Marines dans cette région. Notons, que c’est Gustave Bourgine, lui-même, propriétaire de la Marine Vincendo qui, élu maire de la commune, obtient le prolongement de la voie ferrée Saint-Benoit -Saint-Pierre jusqu’à sa ville.

 

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