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Le premier Port de Saint-Pierre

Le port de St Pierre situé près de l’embouchure de l’ancienne marine de la Rivière d’Abord, est totalement intégré à la ville. Livré en 1883, après 30 ans de travaux laborieux, il a été le premier port de La Réunion.

Ecrit par Sabine Thirel – le samedi 17 janvier 2009 à 09H13

La construction d’un port dans l’estuaire de la Rivière d’Abord est en projet depuis 1687. Sa construction tardive maintient l’île en dehors des grands mouvements maritimes. En effet, ce n’est qu’en 1854 que le maire de St Pierre Charles Motais et le Gouverneur Henri Hubert Delisle signent l’accord de construction. Les premiers apports financiers viennent de la Mairie et d’une souscription publique, preuve s’il en faut que les premiers colons installés dans le quartier croient réellement à son utilité et aux avantages qu’ils peuvent en retirer.

 

Cependant, les travaux s’avèrent gigantesques, extrêmement longs et en plus très coûteux. Le premier port se compose de digues construites pour protéger l’embouchure de la Rivière d’Abord où sont ancrés les navires. Les travaux sont effectués manuellement. Les ouvriers manient la pique et transportent les roches avec les moyens de l’époque utilisés aussi dans les marines, palans, poulies, cordages, charrettes et wagons déplacés à la force de l’homme. Les conditions de travail sont très pénibles.

 

Dès la fin de la construction des digues, un cyclone survient et un raz de marée lui succède. Les Saint-Pierrois constatent que les navires ne sont pas vraiment à l’abri dans cette petite baie. La construction de bassins s’avère impérative. Un bassin de radoub est également construit parallèlement à la côte, il servira à réparer les avaries des navires à sec après l’évacuation de l’eau du bassin. Les dépenses augmentent encore, les habitants doivent mettre de nouveau la main à la poche. La colonie participe également pendant quelques années mais, confrontée à d’autres grands travaux, finit par abandonner la ville à ses dettes.

 

Après près de 30 ans de travaux gigantesques, le port grand consommateur de moyens humains, économiques et financiers, est enfin inauguré le 23 octobre 1883.
Saint-Pierre s’endette  pour plus de 3 millions de francs sur plusieurs décennies. Par chance, la production agricole et manufacturée de la région est forte. La ligne de chemin de fer va de Saint-Benoît à Saint-Pierre et le projet de son prolongement jusqu’à Saint Joseph n’aboutira jamais.  Pourtant, la ville devra attendre 1930 pour commencer à sortir la tête de l’eau.

 

Autre frein à son développement, le 1er septembre 1886, 3 ans après la mise en service du petit port du Sud, celui de la Pointe des Galets, plus adapté à la navigation moderne, est livré. Il causera la perte de celui de Saint Pierre qui n’accueillera que les chaloupes et les navires à faible tonnage. Saint-Pierre continuera ses transbordements de la Marine jusqu’aux chaloupes pratiquant encore le batelage jusqu’au début du XXe siècle.

 

En 2001, à la livraison du nouveau port de Saint-Pierre, avec 400 places à quai, il ne reste plus  de ce passé difficile que les vieux murs en pierres de taille reliées par la poudre de chaux du bassin de radoub et quelques maçonneries de soutènement des digues. Ces pierres de basalte avaient été extraites de carrières environnantes où les hommes travaillaient également avec des outils archaïques.

Sources :
-Dictionnaire Biographique de la Réunion n°2, Editions CLIP, 1995. L’Album de la Réunion, Antoine Roussin, 1860 à1869 …
-Mario Serviable-Histoire de La Réunion.1990.ed-OCEANS
-Daniel Vaxelaire : Le grand livre de l’histoire de La Réunion – Le grand livre de l’histoire de La Réunion – Ste Clotilde (La Réunion) : Orphie, 2003. – 2 vol.

 

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