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Le cimetière marin de saint-Paul.

Le cimetière marin situé entre ciel et mer, n’est plus uniquement un lieu de recueillement, au fil des générations, il est devenu aussi un site de mémoire. Nombre de ceux qui ont peuplé La Réunion y reposent.

Ecrit par Sabine Thirel – le samedi 21 février 2009 à 08H05

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Après plusieurs prises de possession de l’île Bourbon par les Français, les premiers habitants définitifs de l’île (2 Français et 10 Malgaches dont 3 femmes) décidés à y résider, s’installent à Saint-Paul en 1663. Durant les années et les décennies suivantes, d’autres pionniers viennent augmenter la population dans la zone de la « Baie du meilleur ancrage ». D’abord basés dans la grotte des premiers Français, ils s’établissent vers l’Etang qui leur fournit la nourriture et l’eau, avant de revenir peu à peu vers la ville actuelle. Ainsi un premier lieu de culte est construit et à proximité le premier cimetière.

 

Vers 1788, le cimetière marin,  le plus vieux de l’île, est fondé à l’extrême sud de la ville entre la plage et la falaise. Au détour des allées désordonnées, les noms de Bellon, Cadet, Caron, Damour, Launay, Lougnon, Nativel, Payet, Petit, Royer, Tessier, Touchard, Vergoz et de bien d’autres pères de familles créoles, y sont inscrits. Alexandre Monnet religieux catholique français combattant infatigable de l’esclavage, les naufragés du Ker Anna y reposent également. Certains pensent y trouver le caveau de Mme Desbassyns, mais en fait il s’agit de celui de son époux. Apolline, elle est inhumée dans la chapelle pointue à Saint-Gilles les Hauts.

 

Dans l’allée principale, les tombes de poètes et d’écrivains nés à Saint-Paul se côtoient Eugène Dayot (1810-1852),  Charles Leconte de Lisle (1818-1894) de retour dans l’île en 1977 après avoir été enterré à Paris au cimetière Montparnasse. Il repose dorénavant avec son épouse, pas très loin de la Ravine du Bernica dont il a chanté les louanges dans ses Poèmes Barbares.  En se déplaçant dans ce lieu chargé d’histoire, on peut lire des poèmes, un  d’Eugène Dayot sur sa propre tombe, « Le Manchy » de Leconte de Lisle sur celle de sa cousine, Célimène Delanux …
 

 

A l’entrée nord, une tombe plate d’Olivier Levasseur dit La Buse, célèbre pirate qui a écumé les mers du sud et en particulier la Mer des Indes, porte une croix en basalte taillée gravée d’une tête de mort. Mais bien que la croyance populaire l’y fasse reposer, il a été condamné à être pendu en 1730, presque 60 ans avant la création de ce cimetière. C’est juste avant sa pendaison qu’il a jeté une carte dans la foule en criant : «  Mon trésor à qui saura comprendre ». Aujourd’hui, malgré l’ardeur des chercheurs de trésors (autorisés ou marrons), bon nombre d’indices et de repères ont disparus, le trésor de La Buse n’est pas pour autant mis au jour.
 

 

A quelques mètres de là et d’ailleurs dans tout le cimetière,  de nombreux petits caveaux gris et arrondis, sans aucune inscription seraient celles des huguenots, eux aussi débarqués au cours du premier siècle de peuplement et parfois de navires pirates. Ces flibustiers ont bénéficié de la clémence accordée à ceux qui faisaient serment d’abandonner la piraterie pour devenir d’honnêtes citoyens, avec leurs butins ils ont pu acquérir des concessions à Bourbon. Nombreux sont ceux qui ont fait souche (Huet, Le Baillif, Grimaud, Picard, Boucher…) et dont les noms sont courants dans l’île. 
 

 

Le cimetière marin n’a pas de plan particulier, il peut être visité dans un sens comme dans l’autre, au hasard des allées. Cependant, construit sur le sable à quelques mètres à peines de la mer, il est rongé régulièrement surtout lorsqu’il subit l’assaut des vagues pendant les cyclones.

 

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