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La marque des grands

- Courrier des lecteurs -

Ecrit par Omarie – le dimanche 11 février 2024 à 18H26
Courrier des lecteurs 2024

Il est des hommes, qu’on les aime ou qu’on ne les aime pas, qui forcent le respect.

Robert Badinter était peut-être le dernier d’une lignée d’hommes et de femmes, responsables politiques français, qui ont profondément marqué leur époque. 

Des personnalités qui se sont distinguées par leur intelligence hors du commun, leur dévouement au service de la nation, leur farouche détermination à défendre des idées qui leur semblaient justes, en dépit de l’hostilité et de la vindicte qu’elles leur attiraient. 

L’idée de l’abolition de la peine de mort lui est venue bien avant qu’il soit nommé Gardes des sceaux par François Mitterrand en 1981. Elle s’était imposée à sa conscience alors qu’il faisait ses premières armes d’avocat aux côtés d’Henri Torres qu’il considérait comme son maître et un peu comme son père. Son père avait été arrêté lors d’une rafle pendant l’occupation et embarqué vers une «destination inconnue». Robert Badinter avait 16 ans à ce moment-là. Ce n’est qu’à la fin de la guerre qu’il apprendra l’exécution de son père peu après son arrivée dans les camps de la mort. A cet instant précis, dans la tête de l’adolescent qu’il était, s’imprime l’impérieuse nécessité de combattre l’intolérance, la haine, le racisme. Il dira plus tard, lors d’une des interviews qu’il a données : «C’est là que ma vie a commencé». Son modus vivendi sera : 

«La vie est plus forte que la mort !» 

Il terminera sa scolarité et poursuivra ses études pour devenir avocat qu’il réussira brillamment. Au-delà de la passion qu’il avait pour son métier, sa plus grande ambition était de servir son pays et la Justice de son pays. Pour lui, la peine de mort était digne de régimes totalitaires et une aberration dans une démocratie comme la France avec les valeurs qu’elle représente. Il déploiera toute la force de sa conviction pour faire adopter cette loi mettant fin à la peine de mort, loi qui fut promulguée le 9 octobre 1981, 

Robert Badinter était un tribun exceptionnel. Il a été un Garde des sceaux tout aussi exceptionnel. Il était de ces ministres qui mûrissent leur projet, le portent de bout en bout, avec toujours en perspective, une vision de l’évolution de la société et l’avenir de leur pays. Il est des personnalités qui, à elles seules, sont capables, de changer le cours de l’histoire. C’est la marque des grands. 

Le nom de Robert Badinter restera ancré dans la mémoire, d’autres passeront… 

PS : Ce texte m’a été inspiré par un documentaire diffusé par Arte sur la vie de ce grand monsieur qui fut sans doute l’un des meilleurs « castings » sous la présidence de François Mitterrand. Dans le documentaire, Elisabeth, son épouse, raconte avec une extrême sobriété, le rejet, les représailles qu’ils ont dû subir ainsi que leurs quatre enfants, durant une grande partie de leur vie : insultes, menaces de mort, tentative d’assassinat (projectile lancé devant leur résidence) qui les ont poussés à déménager plusieurs fois, jusqu’à s’installer définitivement loin de la vie urbaine. Je suis touchée par l’élégance et la dignité de cette femme, philosophe spécialiste du siècle des lumières, féministe et défenseure de la laïcité, engagée avec son mari dans la lutte contre l’injustice et pour le respect des droits humains. Un immense respect pour les Badinter !

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L'Ardéchoise
20 jours il y a

Bonjour, Omarie.
Très bel hommage à ce grand homme et à son épouse, de ces personnes comme notre société n’en fait plus !

Omarie
Répondre à  L'Ardéchoise
19 jours il y a

Chère L’Ardéchoise,

Espérons que parmi les nouvelles générations, il y aura des personnalités de cette envergure qui émergeront. Pour le moment, « il n’y a pas photo ».

Aujourd’hui, il ressort une certaine « platitude » de la sphère dirigeante. Chacun,e récite son texte enjolivé par des formules empruntées ici et là, tout à l’image d’un Président devenu « spécialiste en slogans ».

A plus,

Mordicant
19 jours il y a

C’est aussi sous son ministère que l’homosexualité a été dépénalisée.

Mordicant
19 jours il y a

Le déclic pour Badinter « contre la peine de mort » :

 » La guillotine entre dans sa vie à 4 heures d’un matin blême de 1972. Elle va couper le cou de Bontems, son client. Ce jour-là, s’est enraciné le combat d’une vie : «La double exécution de Buffet et Bontems marquait une rupture sanglante avec le cours des choses. […] Jusque-là, poursuit-il dans son livre, j’avais été un partisan de l’abolition. Dorénavant, j’étais un adversaire irréductible de la peine de mort. J’étais passé de la conviction intellectuelle à la passion militante.» Jamais Badinter ne se remettra de l’exécution de cet homme qui, avec son codétenu Claude Buffet, avait pris en otage une infirmière et un surveillant de la prison de Clairvaux. Au moment de l’assaut des forces de l’ordre, Buffet égorgea les otages. Bontems, lui, n’a jamais commis de crime de sang. Malgré la défense de Badinter, il partagea le sort de son codétenu : la peine de mort. Le président Pompidou refusa de les gracier. A la fin du procès, Roger Bontems, mort encore vivant, a remercié son avocat. «Je suis reparti avec une grande honte», confie Badinter dans le documentaire Un abolitionniste (2001), de Joël Calmettes. »

 
Collé à partir de <a href="http:// » target= »_blank »><https://www.liberation.fr/societe/police-justice/robert-badinter-lepris-de-justice-20240209_7L4W23X6PBCMBFISMYCPEWKTFU/&gt;
 

Omarie
Répondre à  Mordicant
19 jours il y a

Le documentaire que j’ai vu montre des extraits du procès.

Effectivement, c’est à partir de l’exécution de Roger Bontems que son combat pour l’abolition dont il était jusque là partisan, commencera véritablement.

C’est ce qui l’amène à accepter la défense de Patrick Henry, le meurtrier du petit Philippe Bertrand âgé de 9 ans, en 1976. En s’adressant aux jurés à la fin de sa plaidoirie, Badinter prononcera une formule qui lui avait été inspirée par une lettre de Buffet en demande de grâce au Président Pompidou : « Guillotiner ce n’est rien d’autre que prendre un homme et le couper, vivant, en deux morceaux ». Patrick Henry échappera à la peine de mort et sera condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

Par la suite, 5 accusés défendus par Robert Badinter entre 1977 et 1980, échappèrent à la Guillotine.

Dernière modification le 19 jours il y a par Omarie
L’Ardechaise
Répondre à  Omarie
15 jours il y a

Et combien à l’inverse ont été condamnés ? Ça manque un peu d’objectivité !

Omarie
19 jours il y a

Simon, le père de Robert Badinter, a été arrêté lors de la rafle de la rue sainte-Catherine à Lyon, le 9 février 1943. La rafle, menée par la gestapo lyonnaise sous le commandement de Klaus Barbie, emportait 98 personnes juives qui allaient être emmenées dans les camps d’extermination.

Le 11 mai 1987, s’ouvre le procès de Klaus Barbie au Palais de justice de Lyon, qui sera clôturé le 3 juillet 1987. Celui qui fut surnommé «le boucher de Lyon» est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. A l’issue du procès, Robert Badinter est interrogé par un journaliste qui lui demande s’il ne regrette pas d’avoir fait abolir la peine de mort. Ce à quoi il a répondu :
 
«Je ne regrette absolument rien. J’ai mené un combat pour la vie, pas pour la mort. La Justice de mon pays a fait son travail. Justice a été rendue ». 

Dernière modification le 19 jours il y a par Omarie
polo974
18 jours il y a

« Il est des hommes, qu’on les aime ou qu’on ne les aime pas, qui forcent le respect. »

Il en est de même de certaines femmes.

( je parle de Simone Veil, par exemple, pas de la fille à son papa facho…)

Omarie
Répondre à  polo974
18 jours il y a

Oui, il est des femmes aussi… « inkièt pa, mi oubli pa zot » !

Parmi les femmes françaises qui ont exercé des responsabilités politiques et gouvernementales sous la Vème République, il y a incontestablement Simone Veil et sa loi sur l’IVG, dite « loi Veil », loi pour laquelle elle a dû affronter des hordes d’hostilité, même au sein de sa famille politique.

J’ajouterais Christiane Taubira avec deux lois dites « lois Taubira » : Loi du 21 mai 2001 pour la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité ; Loi du 17 mai 2013 autorisant le mariage aux couples du même sexe, loi qui a valu à Christiane Taubira les foudres ultra-réactionnaires, judéo-chrétiennes, homophobes et racistes.

Deux parcours différents, deux sensibilités politiques différentes mais la même force de caractère, la même détermination, la même combativité. Deux grandes résistantes, chacune avec ses propres armes et avec son vécu.

Sans oublier Martine Aubry, mention spéciale « social » avec les lois votées en 1998 et 2000 fixant la durée légale du temps de travail à 35 heures ainsi que la loi pour l’instauration de la couverture maladie universelle en 1999. Première et seule femme à avoir été à la tête du PS. 

Dernière modification le 18 jours il y a par Omarie
Mordicant
17 jours il y a

Badinter, ce n’était pas que l’abolition de la peine de mort :

Ministre de la Justice en 1981, il supprima la Cour de sûreté de l’État, les tribunaux permanents des forces armées, la loi sécurité et liberté, et dépénalisa l’homosexualité. Il ouvrit aux citoyens le droit de saisir la Cour européenne des droits de l’homme. Il facilita l’accès à l’aide judiciaire, créa l’Institut national d’aide aux victimes et de médiation, permit l’indemnisation des victimes des attentats et celles des accidents de la route. Son action se porta aussi vers les prisons en améliorant les conditions de détention des condamnés, mais aussi la situation du personnel pénitentiaire auquel furent attribués des vestiaires, des douches et des logements sociaux.

Omarie
Répondre à  Mordicant
16 jours il y a

Il a fait tellement de choses qu’il est difficile de les condenser dans un résumé. Chacune de ses actions mériterait qu’on y consacre au moins un chapitre.

C’est vrai que dans la conscience collective, le nom de Robert Badinter est le plus souvent associé à l’abolition de la peine de mort. Ce qui est tout à fait compréhensible parce que cet événement marquait la fin d’une Justice médiévale et tournait une page de l’histoire de France. Un peu plus tard, avec la loi pour la dépénalisation de l’homosexualité, il montrait une fois de plus combien il était attaché aux droits et à la liberté de chaque être humain. Ainsi, il s’annonçait comme le précurseur de la « loi Taubira » sur le mariage pour tous et a peut-être été, pour son époque, l’homme politique français le plus en phase avec l’évolution de la société.

Il y a quelque chose qui me frappe dans les dernières interventions médiatiques de Robert Badinter, c’est sa dignité, ce regard toujours pétillant et cette vivacité de l’esprit que toutes les épreuves qu’ils a traversées n’ont pas réussi à lui voler.

Dernière modification le 16 jours il y a par Omarie