Kamasucre [Chroniques Érotiques]

[Épisode 11] #Retournée


Rédigé le Vendredi 26 Mai 2017 | Par Kamasucre | Lu 4284 fois | 0 commentaire(s)



[Épisode 11] #Retournée
Mon corps est là mais mon esprit est ailleurs. J’arrive à peu près à faire illusion en maintenant la conversation avec Cédric, mais je suis totalement obnubilée par la scène qui vient de se passer avec ma patronne, dans les toilettes de ce bar. Si je suis tentée de penser que c’était une hallucination, la douce chaleur humide entre mes cuisses me rappelle que tout cela était bien réel.

- On y va ? me suggère mon 'date' Tinder en finissant son Blue Lagoon, n’en laissant pas une goutte.
- Ok, je vais payer, je t’invite.
 
En me dirigeant vers le comptoir où se tient la caisse, j’aperçois Madame Lépinay, toujours aux côtés de cet homme élégant. Nos regards se croisent, mon souffle s’arrête. Cette femme a quelque chose de puissamment animal. Elle me dévore des yeux, tel un félin qui jauge sa proie, affamé.

Elle et moi partageons désormais un secret. Nous sommes les seules à savoir ce qu'il s'est passé dans l'arrière-cour de ce bar. Alors que je tente de masquer mes émotions, je la vois porter ses doigts à la bouche pour les sucer de manière provocante. Ses doigts, qui il y a dix minutes à peine, glissaient sur ma chatte. Ses doigts, si fins et féminin, qui viennent de me procurer tant de sensations, jouant dans la fente de mon sexe, titillant par moment mon point G.

Les yeux toujours plongés dans les miens, elle humidifie ensuite lentement ses lèvres, qui se trouvaient elles aussi entre mes cuisses, il y a quelques instants encore. C'est sûr, elle ne compte pas en rester là. La voir m'aguicher comme ça provoque en moi un tourbillon. Résister pour ne pas lui sauter dessus est un supplice. Jusqu'à quand va-t-il durer ? Comment cela va-t-il se passer au boulot ? Va-t-elle trouver des prétextes pour m'attirer dans son bureau et me baiser sauvagement ? 

Le barman venu m’apporter la machine à carte bleue me fait revenir sur terre. J'en suis presque soulagée, tant la tension qui m'envahissait devenait difficile à gérer. Je tape mon code et repars en la saluant d’un très léger mouvement de tête, remerciant le serveur, et m'éloignant à contre-cœur. 
 
- Tu veux venir boire un verre chez moi, propose Cédric une fois dehors.
- C’est gentil, j’aurais bien aimé, mais je me lève très tôt demain matin.
 
Quelle réponse ridiculement cliché. J’ai honte de n’avoir pas trouvé mieux. Vraiment gentil, il aurait mérité une excuse de meilleure qualité. Surtout que dans d'autres circonstances, j'aurais adoré m'agiter sur sa queue. Il dégage quelque chose d'à la fois viril et tendre qui me plaît bien. Déçu, il tente de garder la face :

- T’as raison, soyons sage, moi aussi je me lève tôt. On verra ça la prochaine fois. Tu veux que je te ramène, vu que tu es venue à pied ? C’est plus prudent.
- Non ça ira, j’ai envie de marcher, merci. Ravie d’avoir fait ta connaissance en tout cas. C’était sympa, vraiment.
- J’espère te revoir très bientôt…
 
N’ayant aucune idée, à l’heure qu’il est, de si je souhaite le revoir ou pas, j’esquisse un simple sourire courtois et lui tourne le dos pour reprendre la route vers mon appartement, situé à peine 200 mètres plus loin. Je sens ses yeux posés sur mon cul tandis que je m’éloigne d'un pas pressé.
 
Sur le chemin, je décide d’appeler Charlotte, histoire d’en savoir un peu plus sur la réalité de sa soirée. Essayer de grappiller des indices qui me permettraient de déceler si elle est ou non avec Lucas. J'espère, au plus profond de moi, que je fais fausse route. Après de longues sonneries, elle répond enfin :
- Allo ?
- Salut Charlotte.
- Ça va ? Qu’est-ce qu’il y a ?

Je remarque qu’elle a l’air agacée. Premier indice allant dans le sens de mon hypothèse. Je reprends, l’air de rien.
- Il s’est passé quelque chose de fou dans ma soirée. J’avais un 'date' Tinder et y’avait ma directrice, on s’est chauffées dans les toilettes.
- Avec ton rencard ?
- Non, avec ma directrice !
- Quoi ?! Non !!
- Si, je te raconterai mieux demain. Elle était vraiment chaude. Et toi, ta soirée chez ta tante Suzanne, ça va ?
- Ouais, un peu barbant mais ça va. D’ailleurs je dois te laisser, on passe au dessert. A demain !
- Attends... Allo ?
 
Plus de réponse. C’est vraiment étonnant de sa part, jamais elle ne prend congé si rapidement. Les écouteurs encore dans les oreilles, j’entends alors de drôles de bruits, comme du papier froissé. Je comprends qu’elle a oublié d’appuyer sur le bouton "raccrocher" avant de glisser son téléphone dans son sac. Avec la ferme intention d’avancer dans ma petite enquête, je décide de rester en ligne.
 
Après quelques bruits de pas - elle est visiblement en talons - j’entends de la musique, en même temps qu’un imposant brouhaha. Il semblerait qu'elle soit en soirée. "Putain, c’était Roxanne", explique-t-elle à quelqu’un, le ton inquiet. "Tu lui as dit où t’étais ?" répond une voix d’homme. J’y crois pas ! "Ben non, la connaissant, elle piquerait une crise… Bon, je vais poser mon sac, je reviens", reprend la voix de CharlotteJe raccroche, déboussolée.
 
Ce qui était encore une hypothèse vient de se transformer en piste plus que sérieuse. Mais bien que les présomptions soient très fortes, un doute subsiste. Etait-ce bien la voix de Lucas ? Emportée par une multitude d’émotions, oscillant entre la colère, l’incompréhension, et l’impatience, j'envoie à Charlotte un message incendiaire. Sans réponse au bout de dix minutes - elle a dû laisser son téléphone dans son sac - je sens le méli-mélo de pensées négatives s’accentuer jusqu'à former un épais brouillard dans ma tête. La foudre n'est pas loin. 
 
Trop impulsive pour me contrôler, j’envoie un texto à Lucas. "J’espère que tu apprécies bien ta soirée avec ma meilleure pote. T’as raison va, entre nous, on partage tout !" Texto que je regrette aussitôt. Trop tard... Contre toute attente, sa réponse arrive en moins d'une minute. "On est dans un endroit spécial où je voudrais t’emmener. Charlotte et moi on se connaît depuis quelques mois. Mais ce n’est pas ce que tu crois". Son message me laisse sonnée.
 
Une petite partie de moi espérait qu’il s’insurge de sms, ne comprenant pas d’où je sortais une absurdité pareille. Mais non. Mon amie de toujours et mon plan cul passent bel et bien la soirée ensemble, dans un endroit "spécial" qui plus est ! La rage boue dans mes veines, l’humiliation me percute de plein fouet, des picotements de chaleur me parcourent le long du dos. Horrible ! Un nouveau message de Lucas me fait sursauter : "Je passe te chercher à la sortie du boulot demain, on pourra discuter".
 
*****
 
Le lendemain, 18h10. Lucas est là, comme promis. Habillé d'un jean sombre et d'une veste grise claire - sa tenue d'agent immobilier - il est en train de m’attendre, ses jolies fesses bombées appuyées sur le capot de sa clio. Garé sur une place de livraison, il me fait un signe de main quand il m’aperçoit pour que je le rejoigne à bord de son véhicule. Suis-je censée lui faire la bise ? L’embrasser ? Dans tous les cas, je n’ai envie de rien de tout ça. Pour le moment en tout cas.

- Je t’écoute, je lance d’emblée, regrettant aussitôt mon ton sec de maîtresse d’école ayant pris en flagrant-délit un enfant.
- Bon. Charlotte et moi on fréquente le même établissement. Enfin, je dis établissement, mais ce n’est pas vraiment un "établissement", c’est plutôt une case. C’est un endroit pour les personnes majeures et plutôt libres. Tu vois ce que je veux dire ?
- Hein ? Comment ça ? 
- C’est chez une amie à moi, à la ligne Paradis. Elle organise des soirées secrètes chez elle, dans l’esprit libertin. C’est très select, il faut avoir un mot de passe pour rentrer, les infos circulent par texto quelques jours avant, et on a chacun le droit d’inviter une personne qui ne fait pas partie du cercle par soirée, pas plus, et sous promesse de discrétion.

Je reste un instant interdite. Avec son texto d'hier, ce genre d'idée m'avait bien évidemment effleuré l'esprit. Puis je m'étais dit qu'il devait plutôt parler d'une réunion d'alcoolique anonyme, ou quelque chose du genre. Vu la musique entendue au téléphone, j'étais allée jusqu'à m'imaginer qu'il s'agissait de soirées "zéro alcool" organisées par des associatifs, pour aider les participants à séparer fête et boisson. C'est fou comme un cerveau qui ne veut pas voir quelque chose arrive à se convaincre qu'elle est inexistante. 

- Donc Charlotte et toi vous avez déjà baisé ? Vous aviez déjà baisé avant qu’on se rencontre et tu la baises encore depuis ? je reprends, alors que les réponses à ces questions restent pour le moment ma priorité. Loin devant les modalités d’entrée à ce "club très select".
- Non, absolument pas ! Enfin, il n'y a pas eu de pénétration, lance-t-il en me fixant droit dans les yeux, le ton ferme. Le mot "pénétration", sorti de sa bouche, est étrangement déconcertant. 
 
- Ahhh, super me voilà rassurée !, j’ironise. Y’a seulement eu fellation, cunnilungus et masturbation ! Tout va bien alors !
- Non, me coupe-t-il. En fait, Charlotte et moi on n’a pas les mêmes trips.
- Ah ouais ? Et je peux savoir ce que sont vos trips ?
- Moi ce qui me plaît, c’est surtout de regarder. En général, je ne participe pas.
- En général ?
Bizarrement, à la rage qui m’habite vient s’ajouter une petite pointe d’excitation, sortie de nulle part. Si j’en veux à Charlotte de m’avoir caché ça, je ne suis pas en colère contre Lucas. On se connaît à peine et je viens de me taper ma directrice, en plus de mon voisin mystère. Lui faire des reproches serait, il faut l'avouer, plutôt malvenu. Piquée par la curiosité, j’insiste pour en savoir plus :

- Tu veux dire quoi par "en général" ? Des fois tu participes alors ?
- Si on veut. Parfois, quand la scène que je vois est vraiment très excitante, il m'arrive de me masturber. Parfois aussi, même si c'est rare, il m'arrive de m'approcher d'une partenaire, de me caresser devant elle jusqu'à jouir sur ses seins ou sur toute autre partie de son corps qu'elle exposera à mon sexe. 

Putain. Ses mots me blessent autant qu'ils m'excitent. L'image de Lucas, debout, la queue dressée, au milieu d'autres individus en train de s'adonner aux joies du sexe, s'astiquant jusqu'à répandre son foutre sur la poitrine d'une femme, procure en moi un désir inattendu. Prise dans une vague de chaleur, je me sens rougir. J'espère qu'il ne le remarque pas. Pour détourner son attention, je reprends :
- Ok. Et sur Charlotte ?
- Non.
- Pourquoi tu as précisé qu'il n'y avait "jamais eu de pénétration" alors ?
- Une fois, un vendredi soir, elle était dans le groupe où se trouvait une fille avec laquelle je m'étais amusée. Elle a peut-être vu l’action. En tout cas, je ne l’ai jamais touchée. Elle est très jolie mais ne m'attire pas plus que ça... Alors que toi... 
Il pose une main entreprenante sur ma cuisse. Je la repousse d'un geste réflexe.

- Ça te choque ?
- Que t’aies connu ma meilleure amie dans ce genre d’endroit, oui. Enfin, ça me choque qu'elle m'ait caché ça. Mais sinon, absolument pas, je rétorque, presque vexée qu’il puisse me considérer coincée.
 
Sentant que je me suis radoucie, il tente :
- Viens avec moi la prochaine fois. Je suis sûre que tu aimerais. Ça se voit que tu es faite pour ça Roxanne. 
- T’es fou ! Hors de question ! Et puis, faite pour quoi exactement ? 
- Pour apprécier ce monde où tous les fantasmes sont autorisés, sans jugement, et, surtout, réalisables. 

Je reste totalement perplexe face à tout ce que je viens d'apprendre. La petite pointe de jalousie est toujours là, mais elle n'est rien à côté de la curiosité et du désir que Lucas vient d'attiser en moi. 

- Ecoute, ne me donne pas ta réponse maintenant. Promets-moi juste d’y  réfléchir.
- Ok, je te promets.
Sur ces mots, j’ouvre la portière de la voiture et le salue, repartant totalement désarçonnée par cette brève discussion.
 
******
 
Au bout de quelques heures à peine, je commence à voir les choses différemment. Je reste toujours aussi ahurie que Charlotte ne m’ait rien dit, mais l'idée lancée par Lucas est passé du stade d'invitation déplacée à celui d'énorme tentation. Cet homme peut me faire découvrir des choses que je n’aurais pas imaginer faire de si tôt - même si j’ai toujours eu à l’esprit d’essayer un jour ou l’autre.

Alors que je suis en train de visualiser une nouvelle fois la scène de Lucas laissant son orgasme gicler sur les seins dénudés d'une femme, un texto de sa part me coupe dans ma pensée. C'est un message qu’il a reçu et me fait suivre :
 
"Merci à tous pour la soirée d’hier, où l’éclate était, comme toujours, au rendez-vous. Prochaine soirée vendredi 26 mai, à partir de 18H30. Avis aux acteurs dans l’âme, la « salle vidéo » sera ouverte. Mot de passe cette fois : Guimauve. À bientôt les amis ! Sex and Love, Myrtille".

Il n'y a plus qu'à ! 

Kamasucre

******  
Le lien vers le récap' de tous les épisodes juste ici : La totale
 
 



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