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[Jules Bénard] Notes de lecture. « Alors, monsieur l’ambassadeur, on couche ? »

Notes de lecture du Dictionnaire amoureux du Général (Denis Tillinac, éd. Plon).

Ecrit par Jules Bénard – le lundi 24 août 2020 à 12H52

La citation ci-dessus n’apparaît pas dans l’ouvrage magistral et attachant de Tillinac ; mais comme ce dernier s’attarde longuement sur l’attitude faussement pudibonde de De Gaulle et sa moralité intime, j’ai trouvé piquant de rapporter l’anecdote, absolument authentique.

L’ambassadeur de France à Moscou s’était vu coller dans les pattes (et le lit) une amazone du KGB pour lui soutirer des confidences sur l’oreiller. C’était mal connaître l’ambassadeur mais la tentative de piégeage avait atteint les rédactions des journaux parisiens qui en avaient fait leurs choux gras. Le Général avait organisé une réunion de crise à l’Elysée pour préparer la riposte. Convoqué à la réunion, l’ambassadeur se demandait à quelle sauce il allait être dévoré. Quelle ne fut pas sa surprise de se voir accueilli par un Général goguenard lui accordant une royale poignée de mains et lui lançant :

« Alors, monsieur l’ambassadeur, on couche ? »

Inutile de préciser que la réplique gaullienne à Krouchtchev fut aussi cinglante que féroce. Le Général tint à annoncer lui-même au 1er Secrétaire qu’il faisait procéder immédiatement au « nettoyage » de l’ambassade de tous ses micros et caméras. 

C’était ça, de Gaulle.

Un chevalier moyenâgeux, Roland, Jeanne d’Arc, Bayard, d’Artagnan ; catho bourgeois juste ce qu’il fallait, très au fait des choses modernes, intransigeant sur les principes, serviteur inconditionnel d’une France chérie et éternelle ; avec de raisonnables concessions à l’avancée des choses et des idées. La France d’abord !

Y compris seul contre tous, en 40 condamné à mort par Vichy ; non-averti par les Alliés des débarquements en  Afrique du Nord et en Normandie.

S’il n’approuvait pas vraiment la pilule et la mini-jupe, il ne s’élevait pas contre non plus.

Un homme de Droite, lui ?

Le titre de l’ouvrage est trompeur. Il laisserait supposer que l’on va en entendre de belles, des vertes, des pas mûres autant que croustillantes sur la sexualité d’Yvonne et de l’homme du 18-Juin. Il n’en est rien.

Cette série d’ouvrages « Dictionnaire amoureux de… » vise à jeter un éclairage quasi-exhaustif sur un personnage, un événement, un pays, une histoire.

Le « dictionnaire du Général » ne laisse rien dans l’ombre ; les circonstances qui l’ont fait « l’Homme du 18 juin », ses soutiens, ses amis, ses ennemis (Roosevelt en tête), la Résistance, les Compagnons de la Libération (dont le premier en titre est Félix Éboué), Moulin, Malraux, Debré, Messmer, Philippe Leclerc de Hautecloque, la décolonisation, « l’affaire algérienne », le Petit-Clamart…

Tout ou presque y est.

On comprend comment De Gaulle n’a jamais été un homme de droite. Tout ce que la France comporte d’avancées sociales vient de lui.

Il a imposé, en 1944, le droit de vote des femmes : toute la Droite et toute la Gauche étaient contre. La sécurité sociale pour tous, la nationalisation du Crédit encore lui : elle permettait à toutes les familles modestes d’accéder aux biens de consommation alors qu’à l’époque, seules 10% des familles avaient un frigo et le gaz.

On a stigmatisé sa volonté de doter la France de l’arme atomique (que je déteste) face aux USA et à l’URSS. J’ai toujours été et reste contre cette horreur mais… sans son obstination, la France ne serait jamais aujourd’hui qu’un conglomérat de dépendances des USA. Denis Tillinac le met en lumière.

« Le plus grand Français de tous les temps »

Pour moi, qui croyais en savoir beaucoup sur le Général, je suis un petit peu vexé ; je m’aperçois que je n’en savais rien à la lecture de cet ouvrage de monsieur Tillinac. Je suppose que pour beaucoup, il en sera de même. Comme par exemple Montcornet. La bataille de Montcornet, alors que la France était en totale déroute en 1940, est la seule gagnée par la France. Ce jour-là, les invincibles Panzers de Guderian ont reculé de 15 kilomètres. A la tête des blindés français, Charles.

On comprend pourquoi, lors d’une émission de télé étalée sur plusieurs semaines, les Français ont élu Charles « le plus grand Français de tous les temps » avant Pasteur et Victor Hugo.

On comprend mieux aussi pourquoi Charles a été le premier mais aussi « le seul » vrai président de la Vè République. Après lui, il n’y eut que des marchands de tapis. Pour Pompidou, on ne peut pas dire : il n’a pas vécu assez longtemps pour nous laisser une opinion.

Lorsque Yvonne et Charles prirent leurs quartiers à l’Elysée, ils firent installer des compteurs privés (eau, gaz, électricité) pour leur partie privée. Lorsqu’ils recevaient famille et amis, le dimanche, Charles payait les achats de sa poche et Yvonne cuisinait au lieu de faire appel au personnel des cuisines.

Lorsque Charles démissionna en 1969, il ne conserva que sa retraite de Général. Aucun de ses successeurs n’a eu le courage d’en faire autant.

P.S. : Ma vénération envers l’Homme du 18-Juin transparaît évidemment dans ces lignes. J’ai bien des amis issus de familles de Pieds-Noirs dont je sais qu’ils ne partagent pas du tout mon opinion. Je respecte leurs idées, ainsi mon ami Alain. 

Je souhaite qu’ils ne m’en veuillent pas.

Le dictionnaire amoureux du Général
Denis Tillinac, chez PLON
En librairie

 

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