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De l’amour...

Rédigé le Lundi 19 Décembre 2011 à 10:00 | Lu 689 fois



De l’amour...

« le domaine où j’ai le moins réussi je dois l’avouer, est celui de l’amour. Pour une raison mystérieuse, je n’ai pas su aimer les femmes comme j’aurais aimé les aimer. C’est comme si j’étais resté trop souvent en surface –pas toujours tout de même. C’est un de mes plus grands regrets.

Quand j’étais très jeune, j’avais la tête farcie d’idées imbéciles à ce sujet. L’amour, c’était une chose que l’homme imposait à la femme car elle était par essence récalcitrante. La seule façon de procéder, c’était de la subjuguer. Une histoire d’amour c’était d’abord une histoire de conquête, puis une histoire d’occupation. Un pur rapport de force dans lequel l’homme avait intérêt à se maintenir dans la position dominante. Pas question qu’il se « laisse aller », même après qu’elle s’est rendue. Sa mainmise étant illégitime, il devait « surveiller » constamment sa conquête, il devait la garder sous sa coupe s’il voulait éviter qu’elle se rebelle. Impossible d’imaginer une relation harmonieuse, un rapport fondé sur l’échange, ou une quelconque égalité des partenaires.

Je me demande encore d’où me venaient ces idées idiotes qui ont pourri mes histoires d’amour jusque vers mes trente ans. Avec cette conception impérialiste en tête, je m’efforçais de me conduire en puissance occupante. Ma quête amoureuse se résumait à la recherche d’un domaine à conquérir. Résultat : j’aimais, parfois comme un fou, mais je n’étais pas aimé. Ou plutôt, même quand j’étais aimé – ça arrivait quelquefois – je ne m’autorisais pas à me sentir aimé. Car j’aurais alors dû poser les armes et accepter de ne plus être maître à bord…(…)

Quelle tristesse d’avoir perdu tant de temps et d’occasions de bonheur ! (…)

Vers la trentaine, j’ai fait un bond quantique qui m’a projeté à des années-lumière, dans un univers enchanté où les femmes étaient douées d’intelligence et pouvaient partager avec moi une foule d’intérêt communs…
 
Extrait du dernier ouvrage de David Servan-Shreiber
 
David Servan-Shreiber est décédé le 24 juillet dernier. Conscient de son départ prochain, il a  écrit un dernier ouvrage. A offrir à tous les hommes et aussi aux femmes que l’on aime.

 
« On peut se dire au revoir plusieurs fois ».
158 pages - Ed. Robert Laffont -Juin 2011-
 


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