Revenir à la rubrique : Courrier des lecteurs

Dissolution historique

- Courrier des lecteurs -

Ecrit par Bruno Bourgeon – le mardi 11 juin 2024 à 09H46
Courrier des lecteurs 2024

C’est ce qu’ont répété à l’envi et en boucle les présentateurs de la soirée télévisée sur les élections européennes. Envolées les résultats des européennes. On était reparti sur des joutes bien franco-françaises. Historique, cette dissolution ? Peut-être. 

Histoire, donc. C’est la sixième dissolution de la Cinquième République. Deux par De Gaulle, mécontent des résultats des Lois votées, la deuxième ayant conduit à son « abdication ». Deux par Mitterrand, après sa double élection aux Présidentielles, pour y obtenir un large avantage de soutien législatif. Pas pour le deuxième, c’était ric-rac. La dernière enfin par Chirac en 1997, pour y quêter cet avantage. Funeste erreur, Mister Jacques, permettant l’accès au pouvoir des socialistes et de Lionel Jospin. Si la dissolution macroniste s’inscrit dans cette dernière lignée, point n’est besoin d’être devin pour considérer que l’extrême-droite est arrivée au pouvoir, cadeau de l’apprenti-sorcier Macron, qui joue au poker avec la France. Pas vraiment historique donc. Or, dans le tumulte de la campagne pour les Législatives à venir, l’Histoire nous apprend que l’extrême-droite ne doit pas prendre le pouvoir. Elle ne doit pas entrer à Matignon, ne doit pas avoir la majorité absolue, ni seule, ni avec d’éventuels alliés (je ne vise personne, Reconquête, les Patriotes, UPR, les LR). Pour rien au monde. Les militants socialistes réunis lors de la soirée électorale au QG de Glucksmann, et cités le lendemain matin par France Info, ne s’y trompaient pas, en évoquant les larmes aux yeux 1938. Parce qu’une fois entré, nul ne sait quand ni surtout comment on l’en fera sortir.

Histoire, toujours. Petit parallèle. L’osé-je ? J’ose. Le 30 janvier 1933, Adolf Hitler devient chancelier, avec l’appui de la droite qui compte se débarrasser du nazisme (national-socialisme) en quelques mois, son gouvernement ne compte qu’un seul ministre national-socialiste. Dans la population, il avait nettement la majorité contre lui, notamment le bloc des ouvriers. On pouvait interdire les communistes, ils n’en deviendraient que plus dangereux. Tout compte fait, ce gouvernement n’était pas un motif d’inquiétude. Deux mois plus tard, les nazis se sont emparés de tous les leviers du pouvoir, ou presque.

Bien sûr, les deux situations sont incomparables. Elles le sont. Ne soyons pourtant pas dupes. Ni des chats de Marine Le Pen, ni du pseudo-charisme selfique de Jordan Bardella. Nous nous croyons, en 2024, à l’abri des barbaries ? Erreur. Nous ne sommes à l’abri ni de la guerre civile, ni des famines, ni des bombes. Et surtout pas des canicules à venir qui ne seront pas combattues. De la police à l’Armée, de la Haute Administration à la Finance, en passant par la Justice, l’effet de souffle d’une nomination du RN au pouvoir est imprévisible. Prendre le risque, sous quelque prétexte que ce soit, au nom de quelque malin calcul (n’est-ce-pas, sieur Macron ?) serait criminel. Pour la gauche, aucune alliance, sous quelque forme que ce soit, n’est possible avec la Macronésie, qui a le culot de nous demander de faire barrage au nom du climat !

Olivier Faure et François Ruffin dénoncent Emmanuel Macron comme un taré jouant aux allumettes avec l’Elysée, il existe pour la pauvre gauche en miettes, dans les vingt jours utiles de campagne, un programme simple : celui de la NUPES 2022, rien que le programme NUPES. Ou un succédané équivalent, qu’il se fasse nommer front populaire de gauche ou que sais-je.

Mais pas tout le programme. Bien sûr que non. Il va bien falloir s’adapter à la durée utile de la législature qui s’ouvre, même pas trois ans jusqu’à la prochaine présidentielle, si elle tient jusque-là. Avec des investitures rééquilibrées numériquement en faveur du PS, car il faut bien tenir compte des Européennes. Mais on n’a jamais vu des pondérations interdire une union. Peut-être cette union de bric et de broc, branlante, dont Faure et Ruffin, opportunément invités ensemble ce lundi matin par France Inter, ont jeté les bases, n’empêchera-t-elle aucune catastrophe. Mais mieux vaut une union rafistolée que pas d’union du tout. Et au moins ses constructeurs auront-ils la satisfaction d’avoir, quand et où ils le pouvaient, « arrêté les conneries » (Ruffin, sic).

L’obstacle est psychologique. Taisez-vous, Mélenchon, qui avez eu si souvent raison contre tous dans le passé, et laissez-les enfin « faire mieux » ! Taisez-vous Glucksmann, et welcome back to Bruxelles ! Toute insulte, tout reproche, adressé d’une composante à l’autre de l’ex-NUPES, est aujourd’hui une faute. On prétend que Gaza et l’Ukraine ont creusé un fossé entre deux gauches irréconciliables ? Aucun fossé n’est infranchissable. Et toute la gauche de se retrouver autour d’une franche condamnation des deux Etats voyous que sont la Russie et Israël. Et de se confronter enfin au réchauffement climatique, autre menace qui se profile avec un horizon pas lointain. Laissez la gauche utile de tous les partis, dans l’urgence, faire l’union comme elle peut, une union claire contre le fascisme et son reflet macroniste, laissez-la sauver les sièges de députés qui peuvent l’être, et en gagner tant qu’il sera possible de le faire. Parce qu’après, basta, ce sera trop tard !  Et si le sommet en est incapable, alors que le peuple de gauche se soulève et leur impose !

Bruno Bourgeon

Thèmes :
Message fin article

Avez-vous aimé cet article ?

Partagez-le sans tarder sur les réseaux sociaux, abonnez-vous à notre Newsletter,
et restez à l'affût de nos dernières actualités en nous suivant sur Google Actualités.

Pour accéder à nos articles en continu, voici notre flux RSS : https://www.zinfos974.com/feed
Une meilleure expérience de lecture !
nous suggérons l'utilisation de Feedly.

S’abonner
Notification pour
24 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

Dans la même rubrique

Connaître l’Histoire, c’est prendre du recul pour mieux aller de l’avant

La campagne pour les élections législatives des 30 juin et 7 juillet 2024 est venue nous rappeler l’importance fondamentale du travail d’histoire à mener dans nos sociétés pour qu’elles puissent rester démocratiques. Les propos du maire de la Plaine-des-Palmistes, chef de file du Rassemblement National à La Réunion, tenus le 18 juin à l’antenne de Réunion La 1 ère, ont provoqué une vague de réactions indignées, dont celles de candidats de son propre parti. Pour Johnny Payet, qui explique que « l’esclavage était une façon de vivre avant, il y a des années et des années », une conclusion s’impose : « aujourd’hui on ne doit plus parler d’esclavage ». Ces déclarations décomplexées du fait d’une situation de crise politique ne sont ni à prendre à la légère, ni le témoignage d’une pensée isolée. L’idéologie portée par le discours de cet homme politique n’est en rien un « détail de l’histoire ».

Devoir de mémoire obligatoire ?

Le maire RN de la Plaine des Palmistes a, semble-t-il, réalisé l’unanimité de la classe politique contre lui en prenant position contre l’idée d’un devoir de mémoire qui l’obligerait personnellement à fêter le 20 décembre. La revendication de cette liberté individuelle lui a valu un déferlement de réactions hostiles auquel même des candidats du RN ont participé. Ainsi, mis à part l’antisémitisme, Johnny Payet s’est trouvé accusé d’à peu près tous les pires travers qu’on puisse reprocher à un homme politique. Cette prodigieuse diversité des griefs portés contre lui garantit qu’il est vain d’espérer un fondement rationnel à ce qui apparaît avant tout comme un débordement émotionnel collectif contre l’homme à abattre du moment. Traditionnellement on parle de lynchage médiatique et, en l’occurrence, le terme ne semble pas usurpé.

Jardin des merveilles : l’expérience de Bangalore peut-elle faire éclore un aéroport Guerlain sur l’Arc Atlantique ?

Dans la célèbre plantation Guerlain de Mayotte, « jardin archipel » du canal du Mozambique ; se trouve à quelques centaines de mètres du centre de Combani l’une des plus importantes plantations d’Ylang-Ylang, la fleur qui a révolutionné le parfum, ainsi que des épices comme les clous de girofle et la vanille. Alambics, distillat d’essences, allée de cocotiers … Entre nature et architecture, l’univers de la parfumerie peut-il servir de laboratoire d’inspiration et de décarbonation de l’aviation du XXIème siècle ?