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Devoir de mémoire obligatoire ?

Le maire RN de la Plaine des Palmistes a, semble-t-il, réalisé l'unanimité de la classe politique contre lui en prenant position contre l'idée d'un devoir de mémoire qui l'obligerait personnellement à fêter le 20 décembre. La revendication de cette liberté individuelle lui a valu un déferlement de réactions hostiles auquel même des candidats du RN ont participé. Ainsi, mis à part l'antisémitisme, Johnny Payet s'est trouvé accusé d'à peu près tous les pires travers qu'on puisse reprocher à un homme politique. Cette prodigieuse diversité des griefs portés contre lui garantit qu'il est vain d'espérer un fondement rationnel à ce qui apparaît avant tout comme un débordement émotionnel collectif contre l'homme à abattre du moment. Traditionnellement on parle de lynchage médiatique et, en l'occurrence, le terme ne semble pas usurpé.

Ecrit par Luc-Laurent Salvador – le lundi 24 juin 2024 à 10H16
Courrier des lecteurs 2024

Or, pour faire la leçon à quelqu’un encore faut-il être soi-même capable d’expliciter clairement les raisons pour lesquelles ce qu’il a dit ne serait pas acceptable. On ne peut se contenter de citer une parole sortie de son contexte pour se mettre de suite après à hurler avec la foule et jeter dans son jardin une pierre qui pourrait ne pas être la sienne. Procéder ainsi serait une injustice car un verdict doit absolument être motivé et il ne l’est pas par le simple exposé des faits et dires. Autrement dit, les critiques de Johnny Payet, au lieu de sauter directement aux conclusions comme ils l’ont fait, auraient dû formuler avec précision le point de désaccord comme la logique par laquelle ils en sont venus à une condamnation. Chacun peut constater qu’il n’en a rien été. Quasiment tout le monde s’est contenté de projeter ses peurs et ses fantasmes sur les paroles de Johnny Payet sans jamais prendre la peine de montrer en quoi l’interprétation ainsi faite sous le coup de l’émotion était, aussi peu que ce soit, justifiée. Pour paraphraser un vieux slogan bien connu, on pourrait s’exclamer « police de la pensée partout, justice nulle part ! ».

Quoi qu’il en soit, quand on se donne la peine de l’écouter, on comprend que Johnny Payet n’a fait qu’exprimer ce que bon nombre de blacks étasuniens ont courageusement déclaré après la mort de George Floyd, à savoir le fait qu’ils refusaient l’assignation à résidence dans une identité et une mentalité de descendants d’esclaves. Loin de s’installer dans la plainte victimaire éternelle, ils se sont affirmés comme étant avant tout des hommes et des femmes qui vivent pleinement leur vie et qui sont heureux et reconnaissants des opportunités que leur offre leur pays. Ainsi, ce que Johnny Payet a voulu dire en réponse à l’auditeur qui cherchait à lui faire honte en raison de son appartenance au RN, c’est que nul n’est personnellement en devoir de mémoire du passé d’esclaves de ses ascendants. Que l’on commémore officiellement l’anniversaire d’une lutte émancipatrice oui, c’est légitime, bien sûr, mais outre que cela ne saurait constituer une obligation individuelle, il importe qu’à un moment donné on puisse aussi, en quelque sorte, tourner la page et aller de l’avant comme l’ont fait en 2004 Jacques Chirac et l’allemand Gerhard Schroeder que le premier avait invité à l’anniversaire du débarquement de Normandie. Ils ont alors commémoré la paix retrouvée comme étant la grande leçon de l’Histoire : celle qui nous aide à comprendre, enfin, que ce que nous voulons tous, avant toute chose, c’est la paix !

Or, il apparaît assez évident que la paix est justement ce que veut Johnny Payet — d’ailleurs, ne lui reproche-t-on pas déjà d’être trop conciliant et/ou coopératif avec ses adversaires politiques ? En s’exprimant comme il l’a fait, en exprimant en toute spontanéité son désir que l’on puisse tous vivre en paix avec un passé esclavagiste clairement révolu, il a eu le courage d’aller contre les foules victimaires qui, actuellement monopolisent et modèlent « l’esprit du temps » au point de faire de leur posture une norme incontournable, un véritable dogme. La généralisation de la posture victimaire que nous pouvons constater dans tous l’espace social, parce qu’elle est débridée, parce qu’elle est le fait de bons esprits qui se croient en position de juger et de condamner à tous propos, alimente une conflictualité croissante où domine un ressentiment sourd à toute forme de rationalité et étrangement obsédé par la question raciale. Observons, en effet, que, loin d’être suspect de racisme comme certains le voudraient de par son appartenance au RN, Johnny Payet démontre une saine et louable indifférence à la question des races dont, par ailleurs, il est officiellement admis qu’elles n’existent pas. On ne peut pas en dire autant de l’auditeur qui l’a provoqué car celui-ci a clairement manifesté un préjugé racialiste et accusateur à l’égard du RN. Il y a là, manifestement, une attitude de victime perpétuelle qui, en raison des accusations infondées qu’elle porte tous azimuts, est source de division et nous éloigne continuellement de la paix dont nous avons pourtant le plus grand besoin.

Le cœur du message christique — que Johnny Payet semble avoir sincèrement intégré — est celui du renoncement à la vengeance, à la haine et au ressentiment. Et comme le démontre le passage évangélique sur la tentative de lapidation de la femme adultère, le meilleur moyen de ne pas s’installer dans la posture victimaire c’est de faire un examen de conscience et de se rappeler que l’on n’est pas soi-même innocent. Nous avons tous une part de responsabilité dans l’état du monde présent. Alors, arrêtons de nous raconter que nous sommes du côté de l’innocence parce que nous pouvons jeter la pierre à d’autres et pardonnons-nous mutuellement de tout ce que nous avons fait de travers, de sorte qu’enfin, la paix puisse régner entre nous, citoyens de bonne volonté désireux de « vivre ensemble comme des frères plutôt que de mourir comme des idiots ». [1] Nous avons besoin de cette paix, de la confiance et de la solidarité qui en découlent, pour tous les justes combats de résistance ou de libération qui nous attendent déjà.

Car — et c’est mon seul point de désaccord avec Johnny Payet — le plus vieux métier du monde n’est pas la prostitution mais bel et bien l’esclavagisme. Ce dernier n’a pas disparu et connaît des formes modernes, sophistiquées, voire feutrées qu’il nous faut affronter tous ensemble en allant de l’avant plutôt qu’en nous déchirant autour d’un passé qui pourrait parfaitement nous rassembler si la pensée victimaire n’avait pris un tel ascendant sur les mentalités.

 

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