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Devant la préfecture, « Des gens attendent pendant des heures sous le soleil ou sous la pluie »

Sahara Cassim, connue dans l'île pour mener le projet de musée Maison Héritage du Gujarat, confie son désarroi et sa colère après avoir fait l'amère expérience d'une demande de renouvellement du titre de séjour de sa mère.

Ecrit par Thierry Lauret – le mercredi 26 juin 2024 à 06H38
Sahara Cassim

Parce que sa mère malgache vit en France depuis 14 ans et qu’elle est indépendante sur le plan financier, Sahara Cassim envisageait d’effectuer une demande auprès de la préfecture pour obtenir un titre de séjour longue durée.

« Ma mère est couturière dans le sud, elle a un atelier en centre-ville et emploie une Réunionnaise qui n’avait jamais travaillé avant. Ma mère a obtenu un label national au titre de l’économie circulaire, son carnet de commande est plein. Elle est même membre du Lions Club », relate Sahara Cassim. Bien que née à Madagascar, elle est française de nationalité puisque son père est le fils d’un karana qui avait choisi de rester français à l’indépendance du pays.

La mère de Sahara Cassim, âgée de 60 ans, ne possède pas la nationalité française, mais réside en France depuis 14 ans en toute régularité. Plutôt que de faire une demande de renouvellement de son titre de séjour pluriannuel de deux ans, Sahara Cassim a proposé à sa mère de solliciter cette fois une carte de résidente, d’une validité de 10 ans.

 

« Des personnes nous disent avoir dormi sur place »

 

« Mais cette demande n’était pas disponible en ligne, alors comme son titre actuel s’achève en août, je me suis dit qu’on allait faire quand même le renouvellement, par sécurité. Mais on a jamais pu aller au bout, ça ne fonctionnait pas alors que c’est une procédure qui s’effectue uniquement sur internet. J’ai dû appeler un numéro qui commence par 0800, mais la personne, très gentille, n’a pas su m’orienter », rapporte Sahara Cassim.

La jeune femme explique avoir tenté de joindre la préfecture au bout du fil, puis s’être décidée, faute de réponse, à se rendre sur place avec sa maman. « On quitte le sud à 5h du matin, mais quand on arrive à 6h il y a déjà une foule interminable, je n’y croyais pas. Certaines personnes indiquent avoir fait comme nous la démarche en ligne et que ça ne marchait pas. D’autres personnes nous disent avoir dormi sur place », confie-t-elle, émue d’avoir découvert cette situation que subissent de nombreux étrangers dans l’île.

Pour la Cimade, le « fichier des étrangers » utilisé par la PAF à La Réunion est illégal

« Au début, les gens font la queue, mais au bout de plusieurs heures d’attente, certains perdent leur dignité. On se bouscule, on tente d’avoir une information ou un rendez-vous avec une personne qui vient nous voir de temps en temps de l’autre côté de la grille. Une jeune femme qui était parmi les dernières dans la file a discuté et souri avec le vigile et a eu le droit d’entrer en passant devant tout le monde. Chacun essaie de s’en sortir. Moi-même, j’ai pu discuter avec la personne derrière la grille et obtenir le formulaire papier que j’étais venue remplir avec ma mère : il était 11h30 et je voyais bien qu’on allait rester dehors », poursuit-elle.

 

« Vous n’avez pas de cœur, pas d’humanité »

 

Historienne, en charge du projet de musée Maison Héritage du Gujarat à Saint-Pierre, Sahara Cassim admet qu’elle et ses deux sœurs, françaises, elles aussi, n’avaient jamais vraiment mesuré ce qu’endurait leur mère lorsqu’elle leur parlait des désagréments qu’elle subissait à chaque procédure administrative à la préfecture.

« J’y suis retournée seule, pour épargner à ma mère la longue attente. Je suis arrivée plus tôt et j’ai pu être reçue, cette fois. Mais la personne au guichet a refusé mon dossier parce que l’acte de naissance de ma mère était une copie, pas un original. L’original, c’est un document venu de Madagascar, elle leur a déjà fourni auparavant, ils le savent. J’ai proposé d’aller le chercher et de le déposer le jour-même dans une enveloppe, mais elle n’a rien voulu entendre », s’offusque Sahara Cassim.

Encore choquée, elle avoue avoir exprimé sa colère, au point d’être invitée à sortir par un vigile. « J’ai dit à cette dame : des gens attendent pendant des heures sous le soleil ou sous la pluie. Vous n’avez pas de cœur, pas d’humanité. »

 

Certaines pesonnes étrangères dorment devant la préfecture pour obtenir une bonne place dans la file d’attente.

Thèmes : Madagascar
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