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Des recours déposés contre le déplacement de la statue de Mahé de Labourdonnais

L'association Fort Réunion a déposé deux recours en annulation contre les arrêtés préfectoral et municipal ayant permis le déplacement de la statue de François Mahé de Labourdonnais, ainsi qu'un référé en suspension des travaux de réaménagement du square. L'effigie de l'ancien gouverneur, figure esclavagiste de l'histoire de la colonisation de notre île, a été retirée le 4 décembre par la mairie de Saint-Denis pour être disposée dans l'enceinte de la caserne Lambert.

Ecrit par Thierry Lauret – le samedi 13 janvier 2024 à 14H45

Déboulonnage ou simple déplacement ? Le retrait de la statue de Mahé de Labourdonnais du square où elle trônait depuis 167 ans fait l’objet d’une bataille sémantique qui devrait se poursuivre jusque dans la salle d’audience du tribunal administratif de Saint-Denis.

L’association Fort Réunion, qui déclare avoir pour objet « la défense du vivre-ensemble réunionnais » selon son président Christian Cadet, considère qu’il s’agit bien du déboulonnage d’un symbole politique et historique que la maire Ericka Bareigts a décidé d’effacer du paysage. Pour rappel, l’effigie de l’ancien marin, commerçant de la Compagnie des Indes et gouverneur de Bourbon sera repositionnée dans l’enceinte de la caserne Lambert, non loin de là où elle était initialement située, non sans avoir subi une restauration.

Si la mairie voulait clairement débarrasser le jardin de la préfecture d’un symbole esclavagiste, en profitant de l’opportunité d’un projet de réaménagement du site de loisirs du Barachois, de nombreuses voix se sont élevées pour contester ce choix. Celles d’historiens locaux, qui considèrent qu’on ne peut pas retirer de l’espace public des monuments au prétexte qu’ils valorisent des personnages qui ont contribué à une page sombre de notre histoire.

Et celles aussi de citoyens estimant qu’il convient de contrebalancer l’esclavagisme actif du personnage avec, par exemple, son œuvre de bâtisseur de la colonie lorsqu’il était gouverneur.

Le fait que le retrait de la statue soit défendu par Laproptaz Nout Péi, collectif au sein duquel on retrouve le militant panafricaniste Mathieu Laude-Persée, connu pour son soutien à l’activiste antisémite Kémi Séba, semble avoir cristallisé une partie de l’opinion. Christian Cadet assimile le collectif, connu aussi pour remplacer les panneaux des rues rendant hommage aux colonialistes ou aux esclavagistes, à un relent nauséabond de « wokisme », sans qu’on sache ce qui pourrait relier ce courant intellectuel né dans les universités américaines au personnage de Mathieu Laude-Persée.

Mais ce n’est bien sûr pas sur ce combat idéologique que l’association Fort Réunion s’appuie pour fonder les recours déposés ces jours derniers au tribunal administratif de Saint-Denis. Après avoir surveillé « chaque semaine pendant des mois » en mairie la publication d’un acte administratif mentionnant l’enlèvement de la statue, le trésorier de l’association Patrice Rivière a découvert le 1er décembre dernier l’affichage d’un permis de construire portant sur la « dépose de la statue de François de Mahé de Labourdonnais y compris son socle, l’emmarchement, la grille et le dallage ».

« On est un vendredi et dès le lundi suivant, le 4 décembre, la mairie procède au déboulonnage », relate Patrice Rivière, qui a confié mandat à l’avocat Philippe Creissen pour contester la validité du permis, au motif notamment que « la France a signé la charte de Venise, entérinée par l’Unesco, dont l’article 7 précise qu’il n’y a pas de déplacement possible, sauf décision collégiale, scientifique, consensuelle. »

La statue de Mahé de Labourdonnais déplacée, réouverture du square fin janvier

L’association a en outre engagé une requête en annulation du permis de construire de la mairie, un document qui a dû demander une certaine gymnastique aux services de la commune puisqu’il n’est pas commun de déplacer un monument en France, sauf lorsqu’il s’agit de garantir sa protection.

« Le permis de déplacer, cela n’existe pas dans le code de l’urbanisme », relève Patrice Rivière, qui estime que la procédure employée par la mairie relève d’un permis de démolition et que la procédure de signature de ce permis, s’agissant d’une œuvre inscrite au patrimoine, n’aurait pas été respectée.

Même si la statue ne trône plus dans le square Labourdonnais, l’association a par ailleurs engagé un référé pour obtenir la suspension des travaux de réaménagement du jardin.

« À Port-Louis, la statue de Mahé jouxte celles de la reine Victoria et de Sir Ramgoolam. Toute l’histoire de Maurice est là : la période française, la période anglaise et l’indépendance. Pourquoi on ne pourrait pas faire pareil ici ? », interroge Christian Cadet, en soulignant que les recours sont soutenus par une quinzaine de citoyens, dont d’éminents historiens locaux comme Prosper Eve, Albert Jauze ou Alexis Miranville, ou encore par la présidente de l’association Kartyé Lib Marie Lyne Champigneul.

L’association Fort Réunion soulève par ailleurs la question de la cession à la mairie de Saint-Denis par le Département du terrain sur lequel la statue trônait encore il y a peu. La transaction, soldée à l’euro symbolique, a été votée le 14 décembre 2022 en l’absence, « sans procuration et excuses », du président Cyrille Melchior, comme en atteste la délibération.

Le document mentionne que « la partie du square qui appartient au Département », est cédée « pour sa réhabilitation dans le cadre de la refondation du bord de mer et des ouvrages liée à la circulation ». Sollicité par Zinfos974 sur sa connaissance, à l’époque du vote, du projet de déplacement de la statue Mahé de Labourdonnais, le Département n’a pas donné d’élément de réponse à l’heure de la mise en ligne de l’article.

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