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Déplacement de la statue de Mahé de Labourdonnais : L’hypocrisie d’Ericka Bareigts

La commission permanente de la Région, qui se réunissait ce matin, a décidé de remettre à plus tard sa décision quant à l'attribution d'une subvention de 2,9 millions à la commune de Saint-Denis pour la réhabilitation du square Labourdonnais.
L'objectif d'Ericka Bareigts, elle ne s'en est d'ailleurs pas cachée dans la presse, est de déboulonner la statue de Mahé de Labourdonnais, symbole selon elle de la période de l'esclavage dans notre ile. Mais pour pouvoir bénéficier des subventions de l'Europe, il fallait à tout prix répondre aux critères du programme opérationnel européen 2014/2020 "Rénovation durable des centres villes / centres bourgs et petites villes".
Du coup, plus question de déplacement de la statue. La mairie de Saint-Denis ne parle plus officiellement (voir le rapport présenté ce matin en commission permanente ci-dessous) que de "réhabiliter le square Labourdonnais et renforcer la présence végétale (de grands arbres notamment), redynamiser l’activité économique du Barachois en renforçant son attractivité, créer un milieu de spectacle en plein air de grande capacité, retisser le lien entre le square et son histoire liée aux commémorations de l’abolition de l’esclavage".
Sous l'impulsion de Michel Vergoz, mais appuyé -et ça mérite d'être souligné- par une intervention vigoureuse d'Huguette Bello en personne, la commission permanente a renvoyé le projet d'Ericka Bareigts à une prochaine réunion, le temps pour la Région d'obtenir des "précisions sur la question controversée du déboulonnage et du déplacement de la statue de Mahé de Labourdonnais. La commission permanente souhaite bénéficier de l’éclairage d’historiens et pouvoir échanger avec la mairie de Saint-Denis sur ce dossier".

Ecrit par 1654 – le vendredi 05 mai 2023 à 17H25

Ericka Bareigts n’a jamais fait mystère des raisons pour lesquelles elle souhaite déboulonner la statue de Mahé de Labourdonnais qui trône encore pour le moment dans le square du même nom, juste à côté de la Préfecture.

C’est Michel Vergoz, dans une intervention percutante devant la commission permanente de ce matin, qui l’a rappelé : Le 22 juin 2022, la maire de Saint-Denis déclarait :

« Pour faire de ce lieu une vraie place publique, il est nécessaire d’enlever la statue, sa présence ne convient pas au projet« .

Plus loin, elle précisait encore sa pensée :

« Je souhaiterais, pour lui donner valeur de symbole, que le démontage de la statue se fasse le jour de la Fet’ Kaf« .

Or, bizarrement, dans la demande de subvention au FEDER d’un montant quand même de 2,9 millions d’euros (sur un total de 3,3 millions), à aucun moment il n’est question de la véritable raison de cette demande.

Comme sait si bien le faire l’administration, le rapport présenté ce matin n’évoquait que la volonté de dynamiser « une reprise de l’activité économique dans les espaces concernés« .

J’aimerais bien que l’on m’explique en quoi le fait de déplacer la statue de Mahé de Labourdonnais va « dynamiser une reprise de l’activité économique sur le Barachois« .

Et surtout que la maire de Saint-Denis m’explique en quoi cela mérite de dépenser près de 3,5 millions d’euros pour cela.

Il n’y avait pas mieux à faire, avec cette somme, pour dynamiser l’activité économique à Saint-Denis?

Si Ericka Bareigts est en manque d’idées, je lui conseille de se rapprocher de Pierrick Robert, le président de la Chambre de Commerce, ou bien des associations de commerçants du centre-ville. Je suis sûr qu’ils auront plein d’idées, bien meilleures que celle-là et bien plus efficaces, à lui proposer.

« Un manque de transparence »

Dans son intervention, Michel Vergoz a mis en avant ce manque de transparence. Utilisant lui aussi un langage diplomatique, il a parlé d' »oubli manifeste qui peut prêter à interprétations polémiques, d’où la nécessité de clarifier les choses dans l’intérêt d’une démarche acceptée, partagée et apaisée pour le plus grand nombre« .

Pour ce faire, il a proposé, dans un esprit de réconciliation, au lieu de retirer la statue de Mahé de Labourdonnais, de l’enrichir avec la présence à ses côtés de statues d’esclaves tels que Jacoto, Elie ou encore Furcy qui avait déposé plainte contre la France pour qu’on lui rende sa liberté.

Ainsi, au lieu d’appauvrir notre Histoire en cachant certains de ses épisodes douloureux, on l’enrichirait. Et à l’appui de sa proposition, le maire de Sainte-Rose a cité Barack Obama qui, aux funérailles de Nelson Mandela, le 10 décembre 2013, avait déclaré :

« La Réconciliation ne consiste pas à occulter un passé cruel mais à l’affronter avec un esprit d’accueil ».

Qu’en pense la DRAC ?

L’ancien sénateur en a profité pour lever un autre lièvre dont nous aurons peut-être à reparler prochainement : le fait que cette statue est un « monument historique » protégé par les législations nationales et européennes. Il serait d’ailleurs intéressant de savoir ce que pense la DRAC (Direction régionale des Affaires culturelles, qui dépend de l’Etat) de ce sujet…

Une intervention remarquée d’Huguette Bello

La plupart du temps, les interventions des élus de l’opposition restent lettre morte. Pas cette fois. Dans une intervention remarquée, et en l’absence d’Ericka Bareigts qui avait donné procuration, la présidente Huguette Bello est montée au créneau pour abonder dans le sens du maire de Sainte-Rose.

Dès lors, le sujet était plié et la commission permanente, à l’unanimité des 8 élus présents, décidait de « surseoir à l’examen du dossier de réhabilitation du square Labourdonnais, présenté par la commune de Saint-Denis, dans l’attente de précisions sur la question controversée du déboulonnage et du déplacement de la statue de Mahé de Labourdonnais. La commission permanente souhaite bénéficier de l’éclairage d’historiens et pouvoir échanger avec la mairie de Saint-Denis sur ce dossier« .

La messe était dite et le dossier renvoyé à plus tard.

Une conséquence déjà prévisible : compte-tenu des délais d’études et de travaux, il sera matériellement impossible de déboulonner la statue comme le souhaitait Ericka Bareigts pour le 20 décembre 2023.

Un an de gagné.

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