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Bernard Monge s’en est allé et La Réunion perd un grand homme

La plaine entre La Pounche et Allauch, au plein cœur du pays de Pagnol, ne vibrera plus de son grand rire communicatif. Bernard Monge, pur fils de cette Provence marseillaise chère à son cœur, n’est pas né chez nous. Il n’y a même jamais vécu. Tout au plus y a-t-il effectué quelques brefs séjours au […]

Ecrit par Jules Bénard – le mercredi 26 novembre 2014 à 10H01

La plaine entre La Pounche et Allauch, au plein cœur du pays de Pagnol, ne vibrera plus de son grand rire communicatif.

Bernard Monge, pur fils de cette Provence marseillaise chère à son cœur, n’est pas né chez nous. Il n’y a même jamais vécu. Tout au plus y a-t-il effectué quelques brefs séjours au hasard des escales du Jean-Laborde, du Pierre-Loti, du Ferdinand-de-Lesseps, du Labourdonnais, fiers courriers des Messageries Maritimes. Il y exerçait ses talents de radiotélégraphiste « un peu Tintin au pays de l’Or noir », me disait-il un jour. Ajoutant, éclatant de rire comme toujours : « Mais je n’ai jamais rencontré de Haddock. Tout au plus quelque poisson volant égaré sur le pont ».

Mais Bernard Monge est Réunionnais à titre majeur !
Dans les années cinquante, une rencontre va orienter son existence… et aura une sacrée influence sur la mienne, plusieurs décennies plus tard.
Lors d’un de ses voyages Marseille-Réunion, il fait la connaissance d’une jeune et très jolie passagère, qui rentre chez elle. Ma « matante » et marraine, Henriette, sœur de papa. Il se prend de passion à la fois pour marraine et La Réunion. Cet esprit curieux et fouineur va alors s’investir dans une recherche a priori surprenante :
Qui furent les premiers Réunionnais ?
Il va y consacrer près de trente années de sa vie !

A chacun de ses voyages chez nous, il va harceler les archivistes de l’île, fouiner dans les registres communaux et paroissiaux, éplucher par le menu les « Commentaires de Desforges-Boucher » et Jean Barassin. Mais cela est loin de le satisfaire. En métropole, il ira inlassablement sur les traces écrites de nos ancêtres créoles, à Nantes, Tours, et ailleurs, là où cet homme averti sait trouver les renseignements dont il a besoin.

Il en fit un gros manuscrit, rempli de son écriture forte et aérienne à la fois. Il n’y manquait pas un de nos cinq cents premiers Créoles !
Qui étaient-ils ? D’où venaient-ils ? Quelle était leur qualification ? Qui épousa qui ? Quels enfants naquirent de ces unions ? En quelle région de l’île s’installèrent-ils ? Que firent-ils dans cette terre nouvelle ? Furent-ils d’honnêtes travailleurs ou de fieffés truands ? Quels furent les premiers végétaux importés par ces pionniers ?

Il a retrouvé tout ça… et s’arrêta là. Sa trop forte modestie sans doute, l’empêchait de saisir l’importance primordiale que ses recherches pouvaient représenter pour nous ?
J’arrivai alors chez lui, lors d’un de mes rares voyages en France. Sur la terrasse ensoleillée de sa maison du boulevard De L’estrade, il me donna son manuscrit en disant : « Qui ça va intéresser, peuchère ? »
Je lui donnai mon avis, radicalement différent du sien, et lui promis de faire de ses investigations un livre-phare chez nous. Et c’est ce qui arriva.

J’effectuai quelques recherches complémentaires, puisant à loisir chez Desforges-Boucher et Barassin. Fort de tous ces enseignements, je proposai alors « notre » manuscrit à Christian Vittori, d’Azalées éditons, qui sauta dessus comme la misère sur le bas-clergé breton au 19è siècle.
C’est ainsi, grâce à l’amour d’un jeune radiotélégraphiste provençal pour une douce jeune Créole, que naquit « L’épopée des 500 premiers Réunionnais ».

Ce livre, j’en suis fier, comme je le suis d’avoir participé à l’aventure du Mémorial avec Vax.
Tonton Bernard convola en justes noces avec marraine Henriette et posa son sac, pour se recycler dans les services administratifs des Messageries maritimes à Marseille.
C’eût été mal le connaître que de penser une seconde que pour lui, l’aventure était terminée. Il ne naviguait plus sur l’eau, certes, mais son esprit ne cessa jamais de voguer sur les ailes de la connaissance.

Tonton Bernard s’investit pleinement alors dans la vie de sa cité. Il fut de nombreuses années conseiller municipal. Et surtout, participa activement aux travaux de sociétés de recherches historiques dans sa région.
Lors de la sortie des « 500 premiers Réunionnais », nous fumes invités par le maire Lebreton à une présentation de l’ouvrage à la mairie de Cilaos. Il y avait là notre éditeur, Christian Vittori, Bernard Monge et moi. Et la responsable de la bibliothèque communale, splendide orchidée qui nous dit : « C’était le livre que j’attendais ! »

Depuis, tonton Bernard, désabusé, a pris de larges distances avec les choses de la politique.
La qualité de ses recherches lui a valu une distinction dont il m’a avoué sous le manteau : « Je n’échangerais pas mille Légions d’Honneur contre elles ». Les Palmes académiques.
Ce grand homme, ce bonhomme généreux, cultivé, fin, subtil, n’a pas voulu s’en aller sans un dernier pied-de-nez au consensus. Démontrant par là-même sa grandeur d’âme.
Il lègue son corps à la science.
C’était ça, tonton Bernard : on donne, à corps perdu.

 

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