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Après la bataille ! Réflexions sur cette ‘affaire du voile’

L’interdiction des signes religieux ostensibles à l’école n’est pas faite pour protéger les élèves d’une conversion religieuse de quelque ordre que ce soit. C’est pourtant ce qui a été dit par une élue de la République en démarchage au Rectorat, pour faire entendre raison à ces gens qui ne « connaissent rien à la vie réunionnaise », […]

Ecrit par Pierrot Dupuy – le vendredi 12 septembre 2008 à 21H45

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L’interdiction des signes religieux ostensibles à l’école n’est pas faite pour protéger les élèves d’une conversion religieuse de quelque ordre que ce soit. C’est pourtant ce qui a été dit par une élue de la République en démarchage au Rectorat, pour faire entendre raison à ces gens qui ne « connaissent rien à la vie réunionnaise », selon ce qui se dit ici ou là!
A la sortie de l’entretien, les demoiselles voilées pouvaient revenir à l’école avec le bandana. « L’affaire » était donc close!
Victoire pour les uns? Affront pour les autres? Le problème ne se pose pas en ces termes, même s’il semble réglé. Souhaitons toutefois que cette victoire ne soit pas celle de ceux qui voudront faire pression sur les autres élèves musulmanes, beaucoup plus nombreuses, pour qu’elles manifestent leur appartenance et les y obligent éventuellement. Personne ne le saura, personne ne les protégera contre ces pressions plus ou moins amicales, plus ou moins acceptées sous peine alors d’être montrées du doigt par les plus « traditionnalistes ».
Mais on peut regretter aussi, à l’occasion de cette entrevue rectorale, ce qu’il faut bien appeler un dérapage.
A la sortie de l’entretien, ou avant celui-ci, a été évoquée « la charia laïque! », cette charia qui, dans son acception non détournée comme elle l’est dans ce cas, a failli être adoptée par l’Ontario, il y a 2 ans, pour régler les conflits interindividuels des tenants de la religion qui l’appliquent là où cette religion est constitutionnelle. Au bénéfice des femmes, vraisemblablement !
Une telle expression, calculée ou résultat de la passion médiatisée, relève d’une double diffamation.
– D’abord à l’égard des laïques, qui considèrent que la loi est indépendante de la religion et qu’une telle expression renvoie aux excès que l’on connaît ;
– Ensuite, à l’égard de ceux des musulmans (qui la souhaiteraient), dans la mesure où elle se trouve associée à la Laïcité en terme péjoratif, pour la mépriser.
A ce mépris, nous répondrons par le mépris à cette élue dont les positions respectables vis à vis du féminisme viennent d’être entachées d’un faux pas: on ne souhaite pas que l’avenir nous donne malheureusement l’occasion de le rappeler !
L’éveil de la Raison relève du rôle de l’Ecole qui apporte des connaissances, non des croyances, qui ne relèvent pas, elles, de la Raison!
Elle a, certes, à apporter des informations sur le fait religieux – c’est au programme – et aussi sur les conséquences des fanatismes religieux inhérents à toute religion, dont la logique de pouvoir est de faire des prosélytes et de maintenir ses ouailles dans le troupeau sous la direction de ses pasteurs. L’actualité illustre bien ce phénomène! Et avec quel brio!! C’est pour cela que l’Ecole, élément de la sphère publique, est à l’écart des religions.
Si la France a séparé le domaine public de l’emprise du religieux, c’est à la suite, faut-il encore le répéter, d’une longue histoire qui eut son terme par la loi de séparation des églises et de l’Etat de 1905, comme l’a rappelé fermement l’éditorial d’un journal local du 9 septembre 2008 replaçant le problème dans cette histoire et dans l’actualité contemporaine.
On est prompt à se référer à l’histoire, parfois dévoyée, quand cela sert mais on ferme les yeux quand les principes de la République sont attaqués, si cet aveuglement peut être récupéré électoralement.
C’est peut être la règle du jeu de la démocratie d’opinion, cette opinion qu’on ausculte, plus qu’on ne l’éduque! Alors acceptons cela mais réagissons si c’est choquant!
La République ne considère pas ses citoyens selon leur religion ou leur origine ethnique; ce faisant elle refuse l’organisation sociale en communautés. L’école publique, laïque, dans sa nature, parce que c’était l’esprit de ses fondateurs, obéit à cette règle puisqu’elle a à former des citoyens et elle a le devoir d’expliquer la nature de cette laïcité qui n’est pas la caricature de ce qui est diffusé ici ou là…
La laïcité relève d’un autre domaine que celui de la tolérance avec laquelle elle est volontairement et abusivement confondue. La tolérance relève des relations individuelles, de la morale privée; la laïcité est une valeur de vie collective entre êtres égaux devant la loi. Elle relève du droit.
Des attitudes contraires à ce principe renforcent les tendances grégaires du communautarisme.
C’est grâce à cette valeur de la République que la Réunion a pu résister à cette tendance. Il y des discours et des comportements proches de ce communautarisme qui peuvent inquiéter à la Réunion!
Est-ce un désir, non publiquement avoué, d’une majorité ou minorité agissante s’appuyant sur une majorité supputée, de voir une telle organisation s’installer dans cette île. Heureusement encore, pense t’on, des laïques de toutes origines sont prêts à défendre cette valeur universelle qu’est la Laïcité, à moins qu’eux aussi soient sensibles à ce chant des sirènes maléfiques. Alors il serait déjà trop tard ! Serait-il déjà trop tard ?
– Ah! Pourquoi ne nous a-t-on pas prévenus plus tôt, diront-ils alors en se réveillant!
A moins que leurs moyens ne leur aient permis de regagner à temps la République en France métropolitaine, si elle n’est pas elle aussi, contaminée!
La Laïcité est une spécificité française. Spécificité pour spécificité, je préfère celle qui rassemble les Citoyens et Citoyennes à celle qui sépare, divise. Quel que soit le voile de bonne entente dont on habille la spécificité réunionnaise, je préfère celle qui refuse la différence des droits pour de pseudo droits à la différence, droits par ailleurs protégés, qui s’exercent dans la vie privée, sans problème, mais en dehors du domaine public auquel appartient, entre autres, l’école.
La République n’est pas parfaite mais ne soyons pas complices de ceux qui, inconsciemment ou volontairement, en attaquent les fondements. Ils sont nombreux et parfois haut placés!
La Laïcité est l’un de ses fondements. Il faut le défendre même au prix de l’incompréhension passagère.
Il faut l’expliquer ! On ne m’en voudra pas de m’y être essayé si toutefois je n’y suis pas arrivé à le faire.

H. HERVET – Président de l’UFAL 974, Républicain inquiet !

 

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