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Ancien Cimetière marin de Basse Vallée

Le Cimetière marin de Basse Vallée présente une quinzaine de tombes qui ont traversé les siècles et résisté aux intempéries. Saint-Philippe est la seule commune de l’île où le nombre d’hommes libres a toujours été supérieur à celui des esclaves

Ecrit par Sabine Thirel – le samedi 17 avril 2010 à 08H02

Au Cap Méchant battu par l’Océan indien déchainé, nul ne peut imaginer que reposent des dépouilles d’inconnus. La seule preuve de leur passage est leurs sépultures particulières. Ces tombeaux ne sont sûrement pas ceux d’indigents, mais comment pourrait-on savoir de qui il s’agit réellement, elles ne portent plus de nom. Aucun cimetière de l’île ne présente des tombes alignées de la sorte, cependant ce lieu est totalement abandonné. La quinzaine de tombes est invisible depuis la route, elle même située à 50 mètres en amont.

 

Pour y parvenir, il faut prendre un petit escalier en maçonnerie qui mène à une petite case Tomi. Celle-ci doit être contournée et le visiteur doit se diriger vers la mer. Les hautes herbes de plus d’un mètre cinquante envahissent la place. En avançant péniblement sur vingt mètres entre les pocs-pocs, les ronces des Corbeilles d’or, vous apercevez  un petit mausolée noir en pierre de taille quelques dizaines de mètres plus loin. Il s’agit de la plus haute sépulture, celle par laquelle on se dit qu’on ne s’est pas trompé d’endroit.

 

Ce petit mausolée présente une base légèrement rectangulaire coiffée d’une petite pyramide.  Deux autres à bases carrées ressemblent à la précédente, mais ont perdu leurs toits et leurs autels s’ils en présentaient un. Il ne reste que la base en basalte taillé encadrant des morceaux de lave cassée.
 
En avançant encore, quelle n’est pas la surprise de découvrir devant le mausolée, deux catafalques d’environ deux mètres de long chacun. De forme demi-cylindrique sur une base rectangulaire, ils sont positionnés dans le prolongement l’un de l’autre. Au premier abord, on pense à des tombes indiennes. Mais sur l’arrondi du couvercle, un morceau de fer travaillé représente « la base d’une croix à tête de mort« *.

 

Seraient-ce des tombes de pirates ? Ce cimetière date de la fin du XVIIIe siècle. Il est vrai que les pirates ont fréquenté la zone pendant la première moitié de ce même siècle. Il s’agirait peut-être de pirates repentis  devenus d’honnêtes  Bourbonnais grâce à l’amnistie qui leur était offerte s’ils renonçaient à jamais à la piraterie. Nombreux sont les pirates qui se sont installés, ont fondé une famille. Leurs noms sont courants aujourd’hui dans l’île.

En tout état de cause, la date de 1839* gravée dans la roche n’a pu être repérée tellement la luxuriante végétation sauvage envahit et recouvre les tombes qui sont pourtant des modèles d’originalité.

 

Une autre sépulture rectangulaire, longue d’un mètre soixante à un mètre quatre-vingt sur soixante-dix centimètres, a aussi le dessus triangulaire en arête saillante sur toute la longueur. En cherchant bien, on découvre un petit tombeau long de 80 cm. C’est peut être celui d’un enfant. Il présente les mêmes caractéristiques, base rectangulaire surélevée d’une arête.

Sous les lianes et les herbes destructrices, des quinze tombes* répertoriées, seules sept d’entre elles ont pu être repérées sous l’épais tapis de verdure.

 

Il est vraiment dommage que ce lieu, témoignage lointain du peuplement de l’île et de la commune n’ait pas été plus préservé et protégé. Sûr que ce petit cimetière réhabilité pourrait être un lieu touristique intéressant s’il était indiqué, ceinturé et aussi débarrassé des moustiques et des fourmis rouges qui y pullulent.

Vers 1857, les enterrements ne sont plus effectués dans le cimetière de Basse Vallée puisque celui de St-Philippe lui succède.

 

Les habitants de la commune connaissent bien cet endroit qu’ils nomment « Ancien Cimetière marin de Basse-Vallée ». La mémoire populaire nous confirme ainsi que des marins y sont enterrés, peut-être des pirates.

*Patrimoine des Communes de La Réunion – St Philippe – Flohic
source principale.

 

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