A l’occasion de la rentrée 2003, l’Association Réunion Département Français (ARDF) rappelle la motion qu’elle a votée à l’unanimité, le 12 Juillet 2000 sur « Le créole à l’ école ».


Le créole à l’ Ecole
Il y est dit notamment, je cite : « … Nous affirmons notre attachement indéfectible à notre langue créole, qui fut pour la plupart d’entre nous, notre langue maternelle. Et nous exigeons que la mission de l’ Ecole publique, qui est de transmettre l’héritage de culture, et d’enseigner la langue française soit rigoureusement respectée. ….Il nous paraît, que le passage de notre langue de communication orale, au statut de langue écrite enseignée, posera d’énormes problèmes de normalisation. Tant que ces problèmes ne seront pas résolus, le créole ne peut-être ni une langue à enseigner, ni une langue d’enseignement. … Cependant il est de bonne pédagogie, de l’utiliser en classe, pour accueillir les jeunes enfants et leur apprendre le français à partir de leur vécu. » fin de citation.

Aujourd’hui, nous serons plus catégoriques. Il n’y a pas une graphie unique du créole. Et aucune, de celles qui sont présentées, ne satisfait les créolophones. Ce qui ne veut pas dire que la réflexion sur le sujet doit cesser. Si le français est devenu ce merveilleux outil de communication, c’est parce qu’il s’est affiné le long des siècles, par le travail de nos plus grands écrivains. Le souci de nos intellectuels, d’être pour le créole, ce que ces écrivains de talent ont été pour le français des honore. Mais l’école n’est pas un lieu d’expérimentation. Elle ne doit utiliser que des produits sûrs, par respect pour les enfants qu’elle accueille. Alors, pas de charrue devant les bœufs.

Il semble bien que le créole se rebelle contre sa mise en écriture et tient en échec les intellectuels qui veulent tirer une gloire d’y être parvenue .IL vit d’école buissonnière. Libre, fluide et toujours en mouvement, il n’a pas son égal, quand il s’agit de mettre le réel en images. A son contact, l’imagination s’active, invente , les expressions fusent et s’évaporent comme bulles de savon. Mais le message est passé. Un message que l’écrit affadirait. Car il lui manque cette coloration, cette force que lui donne ces intonations variées, tantôt chantantes, tantôt traînantes, tantôt gouailleuses ou orageuses. Ainsi est le créole. Peu de mots lui suffit pour tout dire. Donnez-vous à lui avec amour et tout votre être s’unit dans la transmission de vos messages : langue, yeux, mimiques, gestes. Ce qui fait dire du réunionnais d’origine, qu’il est un acteur né.

Parce qu’il ne s’embrasse pas de règles et fait fi de la grammaire, c’est sur les aires de jeux, de pique-niques et de marchés qu’il exulte et teste ses nouvelles créations Codifiez- le et portez- le en classe, il s’y sentira en prison, se figera et mourra de tristesse. Parfois le français, lui envie ses cabrioles de jument sauvage et indomptable, qui envoie ses dresseurs au tapis.

Partie intégrante de notre âme au même titre que le français, le créole a l’habitude de s’enrichir de mots usuels de son jumeau, qu’il moule à sa fantaisie. Est-ce une raison , pour tenter d’en faire un ramassis de mots estropiés par les K et les W. Faire de la langue de nos ancêtres, un hospice d’éclopés ! Quelle’ horreur ! De grâce, éloignez cette horreur de la vue de nos enfants ! Elle menace leur mémoire de la bonne orthographe des mots d’usage. Faire du créole une cause d’échec scolaire, c’est le condamner à être banni de sa patrie. Nous en sommes révoltés. Parents ,bannissez de chez vous et des classes fréquentées par vos enfants, les textes faits de mots français estropiés. Ils mettent en danger leurs études.

Culture créole et culture française, ne s’opposent pas. Elles se complètent. Car l’éducation est à la fois enracinement dans son milieu, et sortie hors de ce milieu pour « …assimiler les richesses étrangères, dont on se fait un sang nouveau »…Le créole m’enracine dans mon milieu, tandis que le français « langue d’un rayonnement universel » m’ouvre l’ accès à tous les trésors de l’ esprit universel. L’un et l’ autre me sont indispensables. Quant à mon identité, elle ne court aucun risque. Car « une langue qu’elle soit originelle ou d’emprunt le peuple qui l’emprunte finit toujours par la modifier selon son génie (Sédar Senghor) Manquons –nous de « génie » au point de craindre une perte d’identité, si nous confions au français l’expression de notre être intime ?. Certainement pas ! Au contraire, elle s’élargirait d’un espace plus grand.

Pour ceux qui l’ignorent, l’ARDF est cette association qui a sauvé le statut départemental de la menace « d’Etat Autonome démocratique et populaire » revendiqué par le PCR. Un combat qui a duré 23 ans, avec ses moments d’espoirs et d’incertitudes

Ce combat, s’il faut le reprendre pour imposer aux autorités compétentes, le respect de notre motion sur « le créole à l’ école » nous le reprendrons
Départementalistes, tenez- vous prêts.

Rédigé par Albert Ramassamy le Vendredi 21 Janvier 2011 à 11:00 | Commentaires (5)

Profil
Albert Ramassamy
Gaetan Adam
Né le 13 novembre 1923, Albert Ramassamy est un homme politique réunionnais ayant exercé les fonctions de sénateur pour le compte du Parti socialiste.
Proviseur de profession, il est élu au Sénat le 25 septembre 1983 après être entré au conseil régional de La Réunion la même année. Il exercera son mandat dans cette assemblée parlementaire jusqu'au 1er octobre 1992 seulement, faute d'avoir été réélu. Il est alors membre de la Commission des lois constitutionnelles, de la législation, du suffrage universel, du règlement et d'administration générale.


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