Revenir à la rubrique : Social

A quoi joue Pierre Vergès ?

Alors que le Préfet avait tout fait pour calmer le jeu et tenter de trouver une solution à la crise que traverse notre ile depuis hier matin, Pierre Vergès a délibérément jeté de l'huile sur le feu, en fin d'après-midi. Dans quel but? On ne devrait pas tarder à le savoir...

Ecrit par Pierrot Dupuy – le vendredi 07 novembre 2008 à 19H46

Pour que la réunion de négociation de cet après-midi aboutisse, il fallait que tout le monde fasse un geste.
Le patronat, les sociétés pétrolières, mais aussi la Région.
Pourquoi la Région? Parce que les taxes qu’elle perçoit sont fixées en pourcentage. Ce qui signifie que plus les prix du carburant augmentent, plus elle engrange de l’argent. C’est sur ce surplus, indûment perçu sur le dos des Réunionnais, qu’il lui était demandé de faire un geste.

Tout le monde fait un geste, sauf la Région

Au début des négociations, le Préfet a fait un tour de table et demandé à tous les présents qui pouvait faire quoi.
Les patrons se sont tout de suite engagés à répercuter -pour de vrai cette fois- les augmentations des prix du carburant dans les contrats avec les transporteurs. D’après François Caillé, ça représenterait 18 centimes d’euros de « geste » patronal.
Le Préfet s’est ensuite tourné vers les pétroliers, qui ont dit qu’ils ne pouvaient rien faire. Le Préfet a alors déclaré qu’il prenait sur lui de leur imposer une baisse de 6 centimes par litre, pour tout le monde (professionnels et simples usagers) et sur tous les carburants (essence et diesel), en attendant une autre baisse au mois de décembre. Les pétroliers ont pris acte de la décision préfectorale, mais ont demandé de ramener la baisse à 5cts et de ne la mettre en application qu’à compter de mercredi matin. Ce que le Préfet a accepté.
Le Préfet s’est enfin tourné vers la Région, et a demandé à Pierre Vergès quel geste sa collectivité pouvait faire. « Aucun« , a répondu le fils de Paul Vergès. Le Préfet a reposé trois fois la même question et Pierre Vergès a fait trois fois la même réponse.
Sur ce, le Préfet a décidé de décréter une suspension de séance, histoire de permettre des discussions « off« , en espérant des rapprochements.

Pierre Vergès s’approprie la victoire

C’est le moment que choisit Pierre Vergès pour s’éclipser discrètement, au point que personne ne se rend compte de son départ. Cependant, à la sortie, il se fait accueillir par des manifestants très en colère, qui l’auraient volontiers « chahuté » sans la présence des forces de l’ordre.
Interrogé par la presse, il déclare ne pouvoir rien dire: « On ne serait pas correct, on serait goujat à vouloir donner la primeur aux gens« .
Officiellement, il va « rendre compte à ses mandants« , avant de revenir reprendre la négociation.
En fait, une heure plus tard, il appelle la rédaction de RFO depuis la Région, affirmant que c’est à sa demande que les pétroliers ont accepté la baisse de 5 cts du prix des carburants. Et un peu plus tard, sur Festival, il s’est même déclaré heureux de cette avancée, avant de souhaiter un bon week-end aux auditeurs de la radio.

 

« Un affront », selon les transporteurs

La découverte de l’absence de Pierre Vergès à la reprise des négociations jette un froid sur l’assistance. Mais, quand quelques instants plus tard, ses propos sur RFO sont rapportés au Préfet et aux autres personnes présentes, c’est la colère qui remplace l’incrédulité.
Les transporteurs, notamment, prennent ces déclarations comme une véritable giffle, « un affront » pour reprendre les propos de Joël Mongin.
Immédiatement, le Préfet décide d’arrêter les négociations qui n’ont plus de raison d’être et de faire entrer la presse.
Dans un discours rempli de colère froide et contenue, il retrace le fil des événements devant les journalistes. Et va même jusqu’à affirmer, en substance, qu’il venait d’être averti par les transporteurs qu’ils avaient l’intention de monter à la Région pour exiger des explications de la part de Pierre Vergès, qu’il y avait des risques de troubles à l’ordre public, mais qu’il n’était pas question pour lui de mettre en danger la vie de policiers en leur demandant de se mettre en travers de la route devant de gros camions. Autrement dit, faites ce que vous avez à faire, je ne ferai rien pour vous en empêcher…
A la fin de son discours, il a été applaudi par l’ensemble des intervenants, dont les transporteurs…

Quelle suite maintenant?

Joël Mongin et Ary-Claude Caro sont maintenant dans l’embarras. Après avoir fait monter la pression à son maximum en bloquant toute la Réunion aujourd’hui, ils espéraient vraiment obtenir gain de cause. Mais maintenant que la situation est bloquée, il doivent choisir entre aller au bout de leur logique et continuer à tout bloquer pendant tout le week-end, ou alors perdre la face en demandant à leurs troupes de lever les barrages. Sans garanties, en plus, d’être écoutés.
Ils ont choisi, pour le moment, de faire un geste en autorisant demain le passage de deux camions-citernes de « jet », du kérosène pour les avions. Sinon, plus aucun avion ne décollait à partir de demain de Gillot…
Par contre, rien n’est décidé pour le moment quant à une éventuelle levée des barrages. Joël Mongin a même menacé de durcir le mouvement…
Reste également à savoir ce qui va être décidé pour lundi matin. Et surtout, quelles réponses les camionneurs entendent apporter à Pierre Vergès…
Réponse demain, ou peut-être même avant…

Des jets de galets sur les camions au Port

S’oriente t-on vers un bras de fer entre les militants du PCR et les transporteurs? Des jets de galets de jeunes du Port ont obligé ce soir vers 20h30 les camionneurs à lever les barrages des ronds-points des Villebrequins et des Danseuses, avec un repli tactique en direction de la Possession.
Acte isolé ou nouvelle stratégie délibérée? Là aussi, on devrait rapidement avoir la réponse…

 

Thèmes :
S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

Dans la même rubrique

SPL Estival : Le redressement judiciaire prolongé de trois mois

Le tribunal de commerce de Saint-Denis a prolongé jusqu’au 22 mai le redressement judiciaire de la SPL Estival, le temps d’affiner les contours du nouveau plan de sauvegarde économique (PSE) ébauché après la grève des salariés, en fin d’année dernière. Pour garantir la survie de l’entreprise publique de transport, environ 70 salariés auront le choix entre accepter une baisse de leur rémunération, ou partir dans le cadre d’un licenciement économique.

Les salariés de la Chambre d’agriculture obtiennent l’application de leur point d’indice

L’intersyndicale CGTR – FO – CFDT a signé ce jeudi midi un protocole de fin de conflit avec le président de la Chambre d’agriculture Frédéric Vienne. Hier soir, la préfecture a retiré son véto sur le point de blocage de l’augmentation du point d’indice des salariés, plus élevé que celui de leurs collègues de l’Hexagone, tout en se réservant le droit de revenir sur cette décision après analyse juridique de la situation.

Chambre d’agriculture : Frédéric Vienne pris entre le marteau et l’enclume

Après une rencontre jugée infructueuse avec Frédéric Vienne, les représentants du personnel de la Chambre d’agriculture ont proposé ce mercredi la reconduite de la grève. Le président de la Chambre, lui, laisse entendre que l’État est à la manœuvre pour réduire les effectifs de moitié, et glisse que le Département souhaiterait s’accaparer l’outil à des fins électoralistes.

Social Share Buttons and Icons powered by Ultimatelysocial