Justice

Zombie, ectoplasme, alcoolique ou dissimulateur?Le violent a une mémoire de poisson rouge

Vendredi 27 Janvier 2017 - 07:08

[Correctionnelle sud - jeudi 26/01/17]


Zombie, ectoplasme, alcoolique ou dissimulateur?Le violent a une mémoire de poisson rouge
C’est le genre d’affaire qui met tout le monde mal à l’aise. A commencer par la présidente Valérie Dinot qui tentera en vain de faire dire au prévenu une vérité qui n’apparaît pas. Mais aussi le vice-procureur Saunier, contraint de requérir selon les seuls éléments patents. Une affaire dont les avocats, en aparté car parlant couramment cette langue, disent "que c’est une affaire pourrie".

Personne n’y comprend goutte !

Ce que l’on sait et pas grand-chose, c’est du pareil au même. Le 12 juin 2015 à 13h00, Pascal T. s’introduit subrepticement chez Yolaine V., à Saint-Philippe, et tente de la tuer de plusieurs coups de couteau. Tous deux venaient d’assister à une fête de communion, se connaissaient de longue date et entretenaient de très bonnes relations.

Devant les enquêteurs, Pascal a reconnu l’exactitude des faits mais voilà, il ne comprend rien à rien : comment est-il allé chez sa victime, pourquoi, comment a-t-il franchi l’enceinte, pourquoi a-t-il voulu la faire passer dans un monde que l’on dit meilleur, il n’en sait rien. Et n’en démord pas jusque devant la présidente. Sa victime non plus d’ailleurs. Pas plus que toutes les personnes concernées et ça en fait pas mal !

Justicier ou amant jaloux ?

Les circonstances générales sont d’une affligeante banalité. Pascal est ami avec Madame V. et son conjoint dont le nom importe peu ici. Le couple a eu deux enfants puis s’est disjoint. Ce 12 juin, une petite fête est organisée pour fêter la communion d’un des deux enfants. Tout se passe bien sauf que… à un moment, Pascal T. voit sa future victime danser aux bras d’un homme qui n’est pas son ex, ce qui est son droit le plus strict. A-t-il vu rouge ? A-t-il cru que l’ex était bafoué dans son honneur ? A-t-il été jaloux ? Appelez Hercule Poirot. Lui, peut-être… ?

Toujours est-il que lorsque madame V. s’en va, Pascal T. en fait autant, se rend chez lui, s’arme d’un vigoureux couteau de cuisine et s’en va chez madame V. qui habite pas loin, pour lui causer du pays.

Arrivé sur place, il franchit la clôture, s’introduit chez sa victime et tente plusieurs fois de la "planter".

La malheureuse se défend énergiquement, comme en témoignent les nombreuses blessures obtenues en voulant parer les coups du forcené. Elle crie aussi, très fort ; un voisin accourt, qui est obligé de s’armer d’une chaise pour faire fuir le forcené.

"Moin té fini boire, 7 bières èk 7 bourbognacs"

Pascal reste plusieurs heures dans la forêt, à méditer sur sa propre  inconstance, puis se laisse capturer le lendemain. Aux enquêteurs, il avoue ce qu’il a fait mais est incapable de dire pourquoi.

Sa seule conclusion, et il n’en démordra jamais, est "que mon tête la bloqué !"

- "Daoir akoz mi boir in bon peu tout l’temps. Ce matin-là, moin té fine boir au moins sept bières èk sept bourbognac !"

- "Mais les témoins, précise la présidente Dinot, sont unanimes à dire que si vous n’étiez pas vraiment dans un état normal, vous n’aviez aucunement l’air d’être imbibé"…

- "Zot la pas vu vraiment alors. Sinonsa mi peux pas dir à ou plus que ça : mi comprends pas. Mi connais même pas comment moin l’arrive chez elle".

Les différents psy (chiâtres et chologues) n’ont rien décelé d’anormal chez le prévenu ni chez sa victime, jugée "influençable, impressionnable, animée par un sentiment de mort imminente" et c’est tout.

Un buveur compulsif qui n’a jamais eu d’ennuis 

Pour de soi-disant spécialistes de l’âme, c’est un peu court, jeune homme ! A se demander pourquoi cette affaire, qui a failli se terminer devant les Assises, s’est déroulée un fatidique jour de juin 2015 à Saint-Philippe ? Pourquoi ce jour-là il est entré chez elle manifestement animé de sales intentions ? Pourquoi elle a eu des blessures, des hématomes et un traumatisme qui dure, un an et demi après les faits ?

On peut se poser toutes ces questions lorsque les témoignages de moralité décrivent Pascal comme "un voisin agréable, serviable, calme, gentil". Il a eu une enfance marquée par la violence de son père et l’alcoolisme de ses frères, ce pourquoi il a vite quitté le domicile familial, mais cela ne suffit pas à en faire un assassin.

Pascal T. est un buveur compulsif mais n’a jamais eu d’ennuis en raison de son alcoolisation.

"Mi aim pas elle, moin. Moin té soul"

Suite à ces violences, il a subi six mois de détention préventive puis, libéré sur parole, s’est installé au loin (à La Ravine) avec sa compagne de toujours et leurs deux enfants. Il cherche du travail et en attendant, souscrit sans histoire à toutes les obligations de son contrôle judiciaire. Dont des soins concernant son addiction.

Le vice-procureur Saunier a tenté de lui arracher des aveux. De trouver un motif à ce comportement délirant.

- "Vous étiez jaloux de la voir danser avec un autre ?"

Autant souffler dans une contrebasse !

- "Jamais ! Mi aim pas elle, moin. Moin lété soul, mi dis à ou".

- "Mais personne n’a constaté votre alcoolisation ce jour-là. Même votre victime" (qui acquiesce).

- "Daoir elle la pas bien senti ? Mi réfléchis, mi réfléchis mais mi comprends toujours pas".

- "C’est inquiétant, vous ne trouvez pas ?" surenchérit la présidente.

- "Ah oui ! Lé inquiétant minm. Mi entendais minm pas elle quand elle i criait"…

Effectivement, ça fout les jetons.

"Laissez les places aux vrais criminels !"

Pascal T. s’est copieusement fait assaisonner par la partie civile (une Me Brigitte Hoareau très incisive), par un procureur remonté comme un pneu de grand-prix.

Le vice-procureur Saunier n’y est pas allé avec le dos de la cuillère, sollicitant 5 ans d’emprisonnement avec mandat de dépôt à l’audience "car vous représentez une réelle dangerosité, monsieur. On n’est pas passé loin d’un drame affreux et il est inquiétant que vous ne compreniez pas. Etiez-vous amoureux ? Jaloux ? C’est le sens d’une de vos réponses aux enquêteurs".

Son canard lété noir. Mais ce serait mal connaître Me Idriss Issé, lequel n’a pas pour habitude de refuser une bonne petite confrontation avec l’impossible. On dirait même que ça l’excite et c’est tout à son honneur que de défendre l’indéfendable !

Il a présenté un accusé "anéanti, qui ne vit que par le regret". Puis s’en est ensuite directement pris au vice-procureur "qui essaie de faire mieux que les psy experts". Puis, revenant sur la légalité et les textes, l’avocat a précisé que "Pascal T. n’était accusé que de violences volontaires, pas d’assassinat. Et que sa victime n’a eu qu’une ITT de 3 jours ! Même les psy n’ont aucune explication sinon son alcoolisation, pour laquelle il se soigne d’ailleurs".

Et d’invoquer le "syndrome de Korsakov", un truc à vous casser les noisettes, selon lequel certaines personnes sont frappées d’amnésie suite à un événement aussi brutal qu’inexpliqué.

En terminant par : "Obligez-le à continuer ses soins, oui ! Mais la prison, non ! Laissez les places aux vrais criminels !"

Ce diable de petit bonhomme a ainsi permis que la sentence soit amoindrie : 5 ans dont 2 avec sursis ; pas de mandat d’arrêt à l’audience ! et 6.000 euros de dommages-intérêts divers en lieu et place des 10.000 réclamés par la partie civile.
Jules Bénard
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1.Posté par Cocorico ! le 27/01/2017 13:29

Voilà une fort compréhensible et élégante manière de coucher du créole sur la toile. En effet, pas besoin de déchiffrage ici, et encore moins de traducteur... fût-il adepte du kadoublevézed.
Cocorico !

2.Posté par Jules Bénard le 27/01/2017 18:02

à posté 1 "cocorico" :

Nous sommes très nombreux à penser que changer d'écriture pour le plaisir de changer, pour le plaisir de "laisser un nom dans l'Histoire", est totalement stupide !

D'abord, l'orthographe n'a pas pour but de rendre compte d'une prononciation ! Exemple : les poules du couvent couvent.

Ensuite, puisque 95% des mots créoles viennent du français, pourquoi les écrire autrement ? La case et le soi-disant "la kaz" veulent dire la même chose ; pourquoi les écrire différemment sinon pour introduire un trouble supplémentaire dans la tête de nos enfants ?

Donc, je suis pour une écriture étymologique du Créole et n,on pas pour les fadaises en KWZ. Pourquoi pas un double slash, tant qu'on y est ? Sinon le tilde ?

Bien à vous.

3.Posté par L'Ardéchoise le 27/01/2017 18:31

Quelle délectation jubilatoire !
Je ne m'en lasse pas, de lire et de relire encore ces comptes-rendus, encore plus lorsque j'y trouve un clin d'oeil...

4.Posté par Jules Bénard le 27/01/2017 19:43

à l'Ardéchoise :
quel clin d'oeil ? où est mon 4è degré ?

5.Posté par Grangaga le 27/01/2017 19:44

Cocorico, gouyav' de Frans' lé pli dou é byin pli gro ke satt' La Rényion mo fra, la ziska fé oubli a nou la kons'tipacyion noutt' Momon, noutt' Papa la sibi.

6.Posté par Grangaga le 27/01/2017 20:07

.............................Mové z'arm'....................................................

Konbyin la pa rantt' d'Gran-Bénarr'
Y rodd' ankorr' somin
Egaré y plèrr' lo swarr'
Ou y trans'form' an poussin
Kan la pa la sènn' y soukoué somin travèrr'
Sinon in bèff' ou ténirr' la min
La viand' putréfié dann' bèr'tèl' ou rès'pirr'
Po di a ou oussa zot' y vyin

Bon-Dié la pa vouli ramass' a zot'
De pi gainll' sipor'té mèm' si té pa zot' fott'
Si glasson té pi fré parr' kèl' maléré sorr'
Warr' la pènn' zot' nouvo-né zot' la préfèrr' la morr'

Y fo pa atann' fénwarr'
Si toué la pwin lé kèrr' po warr'
Ke satt' lé an pirgatwarr'
Ou malfondé la bezwin d'in gayiarr'
Sapèl'-Pwinti sou pié d'bwa aprè sizèrr'
Soval' y di y sortt' an l'èrr' branss' po kass' kolé a tèrr'
Mé lo pirr' dé fénomènn' si la routt' Simityièrr'-Vilèl'
Nou koné pa zot' la viv' kèl' sènn' konm' Ti-Bazil' y mank' a l'apèl'

Y fo pa atann' ti brinn'
Lo syièl' assonbri la linn'..............................

Cocorico........mwin la trouv' in bon l'èk'zanp' pou ou, satt' là y vyin pa de gouyav' de Frans' sa, mé byin dé Kadoublévézède konm' ou di.

7.Posté par L'Ardéchoise le 27/01/2017 20:19

Jules, il est fort difficile de sortir du KWZ lorsque l'on veut écrire en créole : "akoz, èk, zot..."
En fait, c'est le W le plus facile à éliminer.
Le K et le Z viennent assez naturellement.
Mais il est vrai que jusqu'à présent aucune graphie n'a pris le dessus, la bataille des chapelles est récurrente !
Autant laisser à chacun l'écriture qui lui convient tant qu'on est pas arrivé à un consensus.

Toutefois, pas vraiment d'accord sur le trouble provoqué chez les enfants par l'utilisation du KWZ car ce que je lis là et qui me ravit ne pourrait faire l'objet d'un apprentissage de la lecture et de l'écriture dans les "normes" du français...

Je complète, ton nouveau post venant d'arriver : Hercule (après Miss Marple), ai-je pensé, mais je me suis sans doute fourvoyée, tant pis, tant pis !

8.Posté par Josette le 28/01/2017 11:37

Bravo pour ce "conte" rendu Mr Bernard, toujours très drôle et imagé !

Par contre 0 pointé au poste 6, j'ai essayé de le lire, trop chiant à décrypter, le Réunionnais parlé, oui, écrit, non, sauf quand Jules est au violon !

Et tiens, pour ceux qui aiment l’orthographe approximatif:

Je me suis fait un jeûne ce jour !

9.Posté par Grangaga le 30/01/2017 13:56

Ou la zamé antann' bann' gramounn' di ke ..."la pacianss' y guéri la gal' "....Mme Josette.
Mèm' dok'tèrr' y koné...........

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