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Washington révoque le statut spécial de Hong Kong en riposte à une loi contestée de Pékin


- Publié le Mercredi 27 Mai 2020 à 23:49 | Lu 412 fois

Des manifestants pro-démocratie installent un barrage de fortune dans le quartier de Mong Kok à Hong Kong, le 27 mai 2020 - ISAAC LAWRENCE / ©AFP

(AFP)

Les Etats-Unis ont formellement conclu mercredi que Hong Kong ne jouissait plus de l'autonomie promise par la Chine, ouvrant la voie à de possibles représailles commerciales, dans une première riposte spectaculaire à une loi sécuritaire controversée voulue par Pékin.

Signe du regain de tension dans l'ex-colonie britannique, la police a déployé un important dispositif autour du Parlement local et procédé à des centaines d'arrestations pour dissuader les militants pro-démocratie de manifester contre l'examen d'un autre projet de loi, criminalisant tout outrage à l'hymne national chinois.

Mais c'est le texte annoncé la semaine dernière par le Parlement chinois, amené à l'examiner dès jeudi, qui a remis le feu aux poudres. Ce projet de loi sur "la sécurité nationale" à Hong Kong vise officiellement à interdire le terrorisme, la sécession, la subversion et l'ingérence étrangère.

Réponse aux mois de manifestations pro-démocratie monstres et parfois violentes dans le territoire semi-autonome, c'est un moyen de contourner les autorités hongkongaises. D'autant qu'il permet pour la première fois à la Chine d'autoriser ses services de sécurité et sa police secrète à s'implanter ouvertement à Hong Kong.

- "Décision désastreuse" -

"Cette décision désastreuse de Pékin n'est que le dernier d'une longue liste d'actes qui sapent fondamentalement l'autonomie et les libertés de Hong Kong, et les promesses faites par la Chine elle-même au peuple de Hong Kong" dans le cadre de textes internationaux, a déclaré le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo.

Selon une loi adoptée l'an dernier par le Congrès des Etats-Unis, le secrétaire d'Etat était tenu de "certifier" si le territoire jouissait toujours de son autonomie. Il a donc décidé que ce n'était pas le cas.

"J'ai certifié au Congrès que Hong Kong ne continuait pas à mériter le même traitement" que Washington lui octroyait jusqu'ici, a-t-il expliqué. "Aucune personne sensée ne peut soutenir aujourd'hui que Hong Kong conserve un haut degré d'autonomie par rapport à la Chine, au vu des faits sur le terrain".

Concrètement, l'administration de Donald Trump peut désormais mettre fin au statut commercial préférentiel accordé à l'ex-colonie britannique en raison de son autonomie.

Mais elle n'a pas encore dit si elle mettrait cette menace à exécution.

"Le président décidera exactement les mesures que prendra le gouvernement américain", a expliqué le secrétaire d'Etat adjoint pour l'Asie, David Stilwell, évoquant des représailles économiques, des sanctions ciblées ou des interdictions d'entrée aux Etats-unis.

"Ces mesures seront aussi ciblées que possible pour obtenir un changement d'attitude", a-t-il dit à des journalistes, tout en reconnaissant qu'un retour en arrière de Pékin était peu probable.  

Dans ce climat explosif entre les deux premières puissances mondiales, le Congrès américain a en outre adopté mercredi une loi pour sanctionner des responsables chinois pour "l'internement de masse" des musulmans ouïghours.

- "Loi martiale" -

A Hong Kong, des barrières entouraient le bâtiment du Conseil législatif (LegCo), la police multipliait contrôles et fouilles. Des rassemblements spontanés ont eu lieu dans certains quartiers, parfois dispersés par des tirs de billes de gaz poivré irritant.

La police a annoncé avoir procédé à plus de 300 arrestations pour rassemblement illégal.

Le mouvement pro-démocratie avait appelé à une vaste mobilisation mercredi, à l'occasion de la deuxième lecture -- sur trois -- au LegCo d'un projet visant à punir le non-respect de l'hymne national chinois. Ce délit serait passible de trois ans d'emprisonnement. 

"Le gouvernement doit comprendre pourquoi les gens sont vraiment en colère", a déclaré à l'AFP Nathan Law, une figure du mouvement pour la démocratie, dénonçant "un couvre-feu de facto".

"Il y a des policiers à chaque coin de rue, c'est comme si la loi martiale était en vigueur", a ajouté une femme, Bean, après avoir été fouillée.

Dans un communiqué, la police a affirmé "respecter le droit de la population d'exprimer pacifiquement ses opinions mais (...) dans un cadre légal".

La Chine est motivée par la crainte d'une jeune génération de Hongkongais qui "n'accepte pas le système politique du Parti communiste", a expliqué Hua Po, commentateur politique indépendant basé à Pékin.

"S'ils perdent le contrôle sur Hong Kong, l'impact sur le reste de la Chine sera énorme. Donc le Parti communiste va serrer la vis politiquement à Hong Kong et ouvrir les vannes économiquement", a-t-il estimé.

En vertu du principe "un pays, deux systèmes", Hong Kong jouit depuis sa rétrocession à la Chine en 1997 et jusqu'à 2047 de certains droits inconnus ailleurs en Chine, notamment la liberté d'expression et un système judiciaire indépendant.

Cette disposition a contribué à faire du territoire une place financière internationale majeure qui offre à la Chine une porte d'entrée économique sur le monde.

La remise en cause de l'autonomie suscite donc l'inquiétude des investisseurs étrangers et des gouvernements occidentaux, comme l'a illustré vendredi le plus fort décrochage de la Bourse de Hong Kong en cinq ans.

Francesco FONTEMAGGI avec Jerome Taylor et Su Xinqi à Hong Kong



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