Justice

Voleuse impénitente ? "victime" (!) compulsive ? Une affaire bourrée de flous

Jeudi 1 Juin 2017 - 15:02

Une accusée qui se défend bec et ongles de n’être pour rien dans cette affaire mais qui propose quand même de tout rembourser, on peut trouver ça surprenant, pas vous ?

Une affaire au départ banale

N.H., 24 ans, plusieurs fois maman, ne se laisse pas appréhender aisément, dans tous les sens du terme : les gendarmes ont dû s’y reprendre des années avant de lui mettre la main au collet ; quant à ce qu’elle raconte, il y a à boire, à manger et à digérer.

L’affaire remonte au mois de juillet 2014 à Saint-Pierre. Une banale affaire de chèques volés puis contrefaits, simple comme tout, du moins au premier abord. Si elle a mis tant de temps à passer au tribunal, c’est qu’il a fallu démêler le vrai de l’à peu près et attraper l’accusée, qui a passé son temps à changer de domicile et de téléphone chaque mois que diable fait.

Un précis du biais. Un traité du flou. Comment tondre un œuf et noyer un poisson dans l’eau, voilà en quoi se résume l’histoire !

Un géomètre s’aperçoit en juillet 2014 qu’il lui manque un chéquier mais aussi pas mal d’argent sur son compte bancaire. Des témoins disent avoir vu N.H. entrer dans son cabinet et donnent d’elle une description très précise.

" J’avais peur "

N.H., en fin de compte, est considérée comme la coupable et les gendarmes se mettent en chasse. Ce qui se révèle chose ardue malgré leurs qualités admises de fins limiers. C’est que, plusieurs fois, N.H. ne se rend pas aux convocations de la gendarmerie. Pourquoi ?

" Parce que j’avais peur. J’ai quatre enfants dont un handicapé et je redoutais d’être séparée d’eux ".

Mais pourquoi ne pas répondre au téléphone, alors ? Le mystère est vite résolu : elle change de téléphone chaque mois. Pourquoi ? Parce qu’elle en avait envie. La présidente Dinot a alors une question dont la malice n’échappe à personne… sauf à l’accusée : " Où achetez-vous vos téléphones ? " Réponse sans fards : " A la boutique ". Ben tiens ! A la suite de quoi la remarque de la présidente tombe comme un couperet :

" Vous êtes capable d’aller à la boutique mais pas chez les gendarmes ? "

Le 3è homme

Il s’avère en fin de compte que neuf chèques auront été honorés par la banque, pour plusieurs milliers d’euros. Notamment pour acheter des pièces détachées de voiture. Alors que la prévenue n’a pas de véhicule ! Ce qui aura été mentionné plusieurs fois au cours de cette audience paranormale : pour qui ces pièces détachées ?

La réponse fuse : " Pour celui qui m’a donné les chèques et m’a demandé d’acheter les pièces pour lui ".

Bon ! On entend bien, mais encore ?

On n’en saura pas plus, même si le nom du 3è homme a été prononcé mais que ce mystérieux personnage n’a pas été inquiété. Ce qui semble plus que suspect lorsque la victime elle-même, épouse du géomètre, dit ne pas croire à la culpabilité de la prévenue. S’ensuit tout in tas èk in paquet d’affirmations jamais éclairées. Ainsi, le 3è homme, celui dont on parle mais qu’on ne voit jamais, " aurait été " l’amant de l’épouse de la victime. C’est lui qui a pris le chéquier, c’est lui aussi qui a donné les chèques à l’accusée, et c’est à lui qu’elle a remis les pièces détachées. Vous n’auriez pas une aspirine ?

La prévenue, qui se défend de quoi que ce soit, finit par présenter ses excuses à la victime ET de rembourser quand même. Même si elle se dit innocente de ce dont on l’accuse. Bizarre, vous avez dit bizarre ?

Un Jugement de Salomon

Le procureur Saunier a été une des rares personnes audibles dans cette salle d’audience qui n’a toujours pas réparé sa sono ! Evoquant les explications " plus ou moins vaseuses de la prévenue ", M. Saunier s’est dit convaincu " qu’il y a forcément un complice dans cette histoire car cette dame n’a pas besoin de pièces détachées ! " Et de réclamer 3 mois avec sursis, 1000 euros d’amendes, et l’interdiction d’émettre des chèques 5 années durant.

Me Khlifi-Ethève, qui sait aussi se faire entendre sans micro, a habilement joué sur les nombreuses contradictions du dossier, notamment un concubin invisible ; et sur le fait que les chèques n’ont jamais servi à l’accusée.

La cour a établi ce qui ressemble à un Jugement de Salomon : 3 mois avec sursis et l’indiction bancaire pendant 5 ans. Plus le remboursement de 2160 euros à l’épouse qui ne croit toujours pas en la culpabilité de N.H. " que je n’ai jamais vue ; c’est la 1è fois aujourd’hui ! ".

La perplexité était à l’ordre du jour, ce matin.

P.S. : Il n’y avait pas que la perplexité. Les maux d’oreilles aussi, à force de tendre ces dernières. Car malgré tout ce qui a été dit, malgré les coups de gueule, le tribunal de Saint-Pierre n’a toujours pas réglé son problème de sono : on n’entend rien. On a beau vitupérer, autant souffler dans une contrebasse. Ou pisser dans un violon. C’est du pareil au même. J.B.
Jules Bénard
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1.Posté par Jose le 02/06/2017 07:21

Il serait idiot qu'elle s'arrête en si bon chemin, avec une justice aussi laxiste, pourquoi se priver ?

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